Doctorat de philosophie en poche obtenu derrière les barreaux, Julien est remis en liberté conditionnelle après avoir purgé une peine de seize ans de prison. On ne sait pas encore ce qu’il a fait, on sait juste qu’il veut revoir une certaine Emilie. Emilie, vendeuse dans un magasin de vêtements, qu’il va suivre, observer et à laquelle il ne peut pas arrêter de penser…
Tant que le mystère demeure sur qui est cette Emilie, le film arrive à être prenant même si la réinsertion du personnage principal ne nous intéresse pas plus que ça. En effet, cette dernière se résume à nous montrer un peu ce que beaucoup de gens vivent sans avoir eu à aller en prison. Nous avons donc un personnage principal docteur es-philosophie que l’on voudrait faire travailler dans une usine où il n’utiliserait pas la moitié du quart du tiers de ses capacités. En plus de ça, beaucoup de redites parasitent le récit qui tient grâce à un équilibre précaire, jouant sur le mystère, pour nous spectateurs, concernant la fameuse Emilie.
La quasi-moitié du film fonctionne très bien. On veut savoir qui elle est. On espère qu’il va enfin l’aborder, lui parler, faire quelque chose. On voudrait qu’il fasse avancer l’histoire en fait. Surtout qu’on commence à s’imaginer qui elle pourrait bien être pour le héros. On se met alors à fantasmer sur un autre film, qui n’est pas celui qu’on est en train de voir...Car voilà une fois la révélation passée, le film s’enlise et devient vraiment lourd. Les dialogues ne nous épargnent que très peu de lieux communs, souvent déclamés sans trop de conviction par des acteurs par ailleurs assez bons dans le reste du film.
L’accumulation de clichés et autres détails glauques - comme l’anecdote de la prostituée moldave (
- Pourquoi elle parle jamais ? - Parce qu’on lui a coupé la langue. - Nan, déconne pas… - Si, c’est une Moldave, c’était une pute, ses macs l’ont retrouvée et lui ont coupé la langue.) - font que cela prête plus à sourire qu’à être ému ou quoi que ce soit. Ce qui n’était sans doute pas le but comme ces passages, répétés plusieurs fois, où le héros sort d’un endroit et pousse un petit cri, sensé montrer son désarroi mais marrant dans les faits.
L’émotion que le réalisateur essaye à plusieurs reprises de nous faire ressentir tombe souvent à plat, et malheureusement pas à moitié, accentuant dans ces moments-là la lourdeur du film. Les deux derniers tiers du film deviennent alors vraiment difficiles à suivre avec intérêt car on attend le prochain retournement de situation, que l’on en arrive à espérer plus énorme que le précédent (viol, grossesse surprise, grosses révélations, tentative de suicide, braquage : c’est un menu maxi best of).
Le passage du documentaire à la fiction ne se fait pas sans heurts pour Jean-Xavier de l’Estrade (réalisateur de l’excellent documentaire
Un Coupable Idéal) peu aidé par son scénario, qui s’il avait bénéficié d’un resserrage et évité plusieurs redites aurait sûrement été plus digeste. Pour le reste, que ce soit la réalisation, certains effets de mise en scène et beaucoup d’autres aspects, Jean-Xavier de l’Estrade fait un film assez intéressant. Malheureusement, ce vilain scénario donne au reste une méchante tête de téléfilm. Vraiment dommage.
Nicolas Laquerrière