Difficile de donner un avis objectif sur ce genre de film. Le genre que l’on déteste et que l’on aime à la fois. Le genre malsain, gratuit, mais qui suscite en nous comme un intérêt coupable. Encore que je pencherais plus du côté du rejet envers cette violence crue que l’on nous balance sans concession. En 2 heures de film, au rayon cruauté, atrocité, et sauvagerie, on a largement notre compte : images et bande-son s’allient pour nous servir un plat bien saignant sorti tout droit de la boucherie du coin. Violence gratuite, vengeance surhumaine, quiproquo malchanceux, et du rouge, beaucoup de rouge, font du quotidien de ce petit bonhomme vert – et du notre - un véritable enfer. Mais, au bout du compte, avec ce trop plein d’images horribles (des talons écartelés), de bruits répugnants (une cage thoracique ouverte pour une autopsie), on finit par atteindre l’overdose. Et, chose horrible, à en être blasé. Après l’onde de choc initiale, décharges électriques, coups de couteau, de fusil, de batte de base-ball, on finit par tout accepter, froidement, simplement. Ces yeux que l’on détournait sont à présent rivés sur l’écran. C’est sans aucun doute le détail le plus dangereux de
Sympathy for Mr Vengeance. Arriver à nous faire voir toute cette violence à travers des yeux… habitués.
Cependant, quoi que l’on dise sur la portée de son film, le cinéaste a eu son lot d’éclairs de génie au long du tournage. L’esthétique sonore n’est pas sans rappeler des passages de
Sur Mes Lèvres ; la qualité de certains plans, imaginatifs et extrêmement travaillés, frôle la perfection. Mais est-ce réellement suffisant pour rattraper un choc des cultures pas forcément habituées à la même ultra-violence ? Que les âmes sensibles s’abstiennent. Que les plus courageuses s’accrochent.
Aurélie Maulard