Un film de
Istvan Szabo, avec
Harvey Keitel,
Moritz Bleibtreu,
Stellan Skarsgard...
Sortie en salle le mardi 30 avril 2002
SYNOPSIS

Berlin, 1946. L’Allemagne panse ses plaies et entreprend de régler ses comptes avec le fascisme. Sous l’égide des Alliés, une vaste campagne de dénazification s’organise à travers le pays pour désigner et punir les coupables, éradiquer les racines du mal, restaurer les valeurs démocratiques. Le commandement américain désigne le major Steve Arnold pour instruire le dossier du plus prestigieux des chefs d’orchestre allemands : Wilhelm Furtwängler. Demeuré en Allemagne de 1933 à 1944, Furtwängler passe aux yeux des Américains pour l’emblème culturel du régime nazi, la vivante illustration de la lâcheté complice de son peuple. Arnold doit faire du « cas Furtwängler » un exemple. Rustre, gouailleur, fier de son pragmatisme, le major ne recule devant aucune forme de pression et d’intimidation. Sous le regard consterné de sa jeune secrètaire Emmi et de son officier de liaison David Wills, il abat méthodiquement les défenses de l’artiste, dénichant derrière ses invocations idéalistes les motivations les plus basses : carriérisme, peur, jalousie. Deux mondes s’opposent, qui ne se rejoindront jamais. Quelle vérité peut émerger de leur face à face ? Celle des vainqueurs ? Celle des vaincus ? celle des victimes ou celle des morts ?
L’AVIS DE LA REDACTION :
Grand chef-d’orchestre allemand, Wilhelm Furtwängler est surtout connu des mélomanes pour son orchestration impétueuse des œuvres de Mozart, Beethoven et quelques autres, qui jalonnent le film du réalisateur hongrois
Istvan Szabo.
Estimant que l’art devait coûte que coûte rester indépendant du pouvoir politique, Furtwängler voua sa vie à la musique, et décida, durant les sombres années 30 et 40, de rester en Allemagne. Un choix ambigu, en forme de profession de foi, qui lui fut ensuite vigoureusement reproché. Montré du doigt et mis au banc des accusés au lendemain de la guerre, pour ses "accointances" présumées avec le régime nazi, on a fait de lui un symbole de l’embrigadement culturel. Il tente ici de sauver sa dignité déchue d’artiste incompris…
Inspiré de la fameuse pièce de théâtre "A torts et à raisons", et comparable en bien des aspects à l’excellent
Amen de Costa-Gavras (on y retrouve d’ailleurs Ullrich Tukur dans un rôle secondaire), TAKING SIDES est une œuvre magistrale et bouleversante. Une sorte de symphonie décadente aux couleurs automnales, qui a le mérite de ne pas trancher, tout en soulevant un vrai dilemme, autour de la question de la connivence et de la culpabilité. On assiste notamment à un terrifiant face à face entre Fürtwangler et le major américain chargé d’instruire son dossier, dont les méthodes controversées n’ont rien à envier à celles d’une quelconque milice fasciste…
Les deux acteurs sont extraordinaires, tant
Harvey Keitel que
Stellan Skarsgard qui prouve, une nouvelle fois, qu’il est sans aucun doute l’un des acteurs les plus doués de sa génération ! Il interprète ici le rôle de Furtwängler avec une vibration saisissante, comme s’il faisait littéralement corps avec son personnage.
On remarque que cette période obscure est de plus en plus fréquemment abordée au cinéma, comme si l’on cherchait, plus que jamais, à exorciser le passé. Heureusement, l’emphase et l’émotion qu’elle suscite, aujourd’hui encore, n’empêchent pas le recul et la pondération. Il y a, en l’occurrence, dans le film de
Istvan Szabo, un côté "curatif ", qui ne peut pas faire de mal par les temps qui courent… !
Laurence Berger
FICHE ARTISTIQUE :
Harvey Keitel :Major Steve Arnold
Moritz Bleibtreu : Lt. David Wills
Stellan Skarsgard : Dr. Wilhelm Furtwängler
Birgit Minichmayr : Emmi Straube
Ulrich Tukur : Helmut Rode, second violoniste
Oleg Tabakov : Colonel Dymshitz
Hanns Zischler : Rudolf Werner
Armin Rohde : Schlee
R. Lee Ermey : Général Wallace
August Zirner : Capitaine Ed Martin
Daniel White : Sergeant Adams
Thomas Thieme : Reichsminister
Jed Curtis : Colonel Green
Garrick Hagon : Major Richards
Robin Renucci : Capitaine Vernay
FICHE TECHNIQUE :
Istvan Szabo : Réalisateur
Lajos Koltai : Directeur de la photographie
Ronald Harwood : Scénariste
Ken Adam : Producteur
ENTRETIEN AVEC LE REALISATEUR : István Szabó
Etes-vous d’accord avec Ronald Harwood pour dire que « TAKING SIDES » vise davantage à susciter des interrogations chez le spectateur qu’à lui fournir des réponses ?
« Je ne m’érige pas en juge, je ne donne pas une leçon au public. Mon travail consiste à poser au spectateur des questions claires ; à lui des se faire sa propre opinion. »
Avez-vous discuté avec Harwood des raisons qui l’ont poussé à traiter du « cas » Furtwängler plutôt que de celui de tel ou tel industriel complice du régime nazi ? »?
« Je peux seulement vous donner ma propre réponse. Pourquoi s’être focalisé sur un chef d’orchestre ? Parce qu’un chef d’orchestre est, par vocation, un intellectuel, un leader, voire un dictateur, qui impose sa vision à une collectivité. Il doit pouvoir analyser une œuvre, la posséder dans les moindres détails, puis coordonner et contrôler le travail d’un groupe de cinquante, soixante ou cent exécutants. Cela lui confère une position à part. »
Vous avez demandé à Ronald Harwood d’ajouter quatre ou cinq scènes clés à sa pièce. La plus éclairante, par rapport au contexte historique et moral, est celle qui oppose Arnold au colonel russe – un personnage dont le réalisme et le pragmatisme contrastent puissamment avec la fureur vengeresse de l’Américain »
« C’est effectivement l’ajout le plus significatif. Je ne voulais pas faire un film d’époque sur le nazisme, comme on en a vu des dizaines. Je voulais donner une dimension contemporaine à cette histoire en y incluant le point de vue russe. Il fallait en effet élargir le débat en parlant d‘autres régimes autoritaires et dictatoriaux. Le colonel Dymshitz est un intellectuel russe qui sait ce que c’est que vivre, travailler et survivre sous une dictature. Il essaie d’expliquer à l’Américain ce contexte particulier, il l’incite à plus de prudence dans ses jugements, il lui demande de prendre en compte des facteurs politiques, des données culturelles propres à l’Europe. »
L’AVIS DE LA PRESSE :
Les Inrocks :
« Tiré d’une pièce de théâtre basée sur des faits historiques, le film de Szabo ne quitte jamais les rives balisées du plus pur académisme théâtreux – comme s’il s’agissait d’un sacerdoce – et pose, avec lourdeur et dans la plus grande confusion, beaucoup de questions graves mais aussi très convenues (pourquoi un SS pleure-t-il quand il écoute du Sccubert et pas quand il tue des humains ?), sans jamais tenter de répondre à aucune d’entre elles. »
Jean-Baptiste Morin (article entier disponible dans Les
Inrocks n°336, page 63)
Première :
« Dommage que la mise en scène trahisse l’origine théâtrale de cette hhistoire édifiante. »
C.N. (article entier disponible dans
Première n°302, page 64.)