Vous êtes fan de Jeffrey Wigand, héros de
Revelations ? Vous vouez une admiration sans borne à
Erin Brockovich ? Nous vous présentons aujourd’hui Nick Naylor, leur exact opposé, l’homme que vous adorerez détester… ou détesterez adorer, au choix. Nick Naylor ou « l’homme qui réussirait à vous convaincre d’acheter un paquet de clopes à votre petit neveu de 8 ans ».
En 1994 sort aux Etats-Unis « Thank You For Smoking », pamphlet littéraire de Christopher Buckley dénonçant les abus du lobbying à outrance. Le lobbying - une activité décriée sur le Vieux Continent, mais véritable sport de niveau aux US - consiste pour des groupes de pression (tabac, alcool, etc.) à influencer les pouvoirs publics dans le sens de leurs intérêts. Grâce à sa charge satirique envers la culture capitaliste américaine, l’ouvrage est un succès critique et commercial et ne tarde pas à faire de l’œil à Hollywood. Après être passé par de nombreuses mains – dont celles de Mel Gibson – le projet est confié en 2002 à
Jason Reitman, petit nouveau ayant su se faire remarquer par des courts-métrages audacieux tels que
In God We Trust. Quatre ans plus tard, force est de constater que l’idée était loin d’être mauvaise !
Fini les bons sentiments – on préfère oublier la relation entre Nick et son fils, un peu trop sucrée – et la morale familiale :
Thank You For Smoking gratte là où ça chatouille. Et à ce jeu de massacre, même les petits cancéreux en prennent pour leur grade… Avec un cynisme jubilatoire et une irrévérence politique salutaire, Nick Naylor (
Aaron Eckhart délicieusement carnassier) nous susurre un discours odieux… mais tellement facile et vrai !
Bien entendu, fumer c’est mal et les multinationales du tabac sont des suppôts de Satan… mais de là à arrêter de fumer, euh… En grossissant le trait, on voit toute la monstruosité du système et on n’en est que plus scandalisés. Pourtant, le pire - et le plus drôle - dans cette réflexion caustique est qu’on se laisserait honteusement et facilement embarquer par les propos démagos et le sourire enjôleur de Nick. Et que dire du génial mais terrible Club des Marchands de Morts ?
Non, c’est trop. On vous l’avoue, pendant 1h30 on aurait envie de chanter en chœur avec Nick :
In Dollar We Trust… C’est vraiment pas beau…
Eléonore Guerra