Lorsque Gina voit une voiture identique à la sienne rouler dans sa rue, elle est intriguée. Mais lorsqu’elle voit que la femme au volant de la voiture est sa copie conforme et que ce double parfait se rend chez elle, alors sa vie est chamboulée. Tout ça, c’était avant l’accident de voiture qui ne fera qu’ajouter à son trouble… Surtout qu’elle commence à se demander si son entourage est vraiment le sien et si la vie qu’elle croyait mener était vraiment la sienne…
Si l’importance des miroirs peut faire croire à une relecture, prématurée, du
Mirrors d’Alexandre Aja, il n’en est rien. Ce serait plutôt face à une adaptation officieuse d’une nouvelle de Philip K. Dick ou une nouvelle variation sur
L’Invasion des profanateurs de Jack Finney que nous nous retrouvons. Alors que ce roman a donné lieu à de nombreuses adaptations, plus ou moins réussies,
The Brøken se situe dans le haut du panier car, reprenant des thèmes et des idées du livre, il crée une œuvre réellement prenante et originale. On a une légère impression de déjà-vu mais l’approche, plus proche de l’inquiétante étrangeté de Freud que d’une énième histoire pour faire « peur », remporte l’adhésion… Certains plans fugaces et saisissants témoignent admirablement de cette idée de corruption du monde par une force inconnue et impalpable. Peut-être le Mal lui-même ?
Pour ne pas céder au sensationnalisme,
Sean Ellis, déjà réalisateur du mignon
Cashback, en montre le moins possible. Un pari risqué qu’il relève haut la main étant donné qu’il maintient constamment notre intérêt, nous poussant à nous questionner sans cesse sur ce que l’on voit tout en nous plongeant dans sa Londres, très froide et désertique. Comme si quelque chose se tramait, quelque chose dont nous ne saurons rien malgré quelques indices ici et là, aptes à faire travailler l’inconscient de façon durable. Citons par exemple ces inquiétants plans filmés depuis le monde intérieur des miroirs, comme si les protagonistes étaient observés par leurs Doppelgänger…
En plus de cela, ce film à l’ambiance de plus en plus pesante se ménage tout de même quelques scènes horrifiques du plus bel effet, comme une mise à mort radicale et salissante pour le carrelage de la salle de bains.
Les références affichées d’emblée, comme la citation d’Edgar Allan Poe mise en exergue dans le film, sont déjà rassurantes quant à l’ambition du réalisateur. Les références cinématographiques convoquant indirectement le cinéma de Kubrick, un soupçon de
Sueurs Froides d’Hitchcock et une pincée d’ambiance Lynchienne ne font qu’ajouter à la réussite du film.
Également, très esthétique, voire esthétisant diront certains, c’est à un véritable voyage que nous sommes conviés. Un voyage sensoriel, puisque outre l’importance de l’image et la mise en scène léchée de Ellis, l’ambiance sonore nous immerge vraiment dans ce film qui ne nous abreuve pas de dialogues, très peu nombreux, contribuant à l’angoisse sourde qui se fait de plus en plus prégnante, jusqu’à la chute digne d’
Au Delà Du Réel ou
La Quatrième Dimension. On est donc loin de la mouvance actuelle du cinéma fantastique ou horrifique qui consiste à essayer de dégoûter le spectateur, même si c’est aussi très cool.
Au final,
The Brøken est un film fantastique, éloigné des réussites actuelles du genre comme
Abandonnée de Nacho Cerda dont il reprend l’approche sensorielle et en y ajoutant une volonté de constamment stimuler le spectateur sur sa perception de l’histoire. Assez rare de nos jours pour ne pas être ignoré.
Nicolas Laquerrière