Un petit village de pêcheurs perdu dans un fjord d'Islande. Le village est géré principalement par un homme, Thordur, le propriétaire d'une conserverie. Tyrannique et plaçant le travail au-dessus de tout, cet homme ne veut pas se soumettre aux nouvelles réalités économiques et techniques que l'un de ses fils essaie de lui inculquer.
Un conflit va bientôt déchirer les membres de sa famille le jour où le Père les réunit tous dans sa maison. Depuis des années il les a humiliés et quasiment réduits à néant, ne laissant en leur cœur que honte, colère et frustration.
Et les vieux démons, cachés ou tus, refont surface.
L’AVIS DE LA REDACTION
Baltasar Kormakur fait partie de ces jeunes réalisateurs qui bonifient de film en film. De 101 REYKJAVIK, vision déjà acidulée, mais un peu trop édulcorée, de la société islandaise à THE SEA, un grand pas a été franchi dans la maturation créatrice du cinéaste. Le premier plan – l’incendie criminel d’une poissonnerie – donne le la : c’est du détergent inflammable que
Baltasar Kormakur va déverser sur ses congénères, avec une acidité corrosive, mais néanmoins légère, sans l’amertume misanthrope à laquelle cèdent parfois certains satiristes.
Dans cet espace coupé du monde qu’est l’Islande rurale, confiné dans un entrelacs de fjords et de bords de mer désertés, la vie prend une dimension toute singulière. En témoignent les personnages en scène, dont la morne existence camoufle des secrets dévastateurs. Femme alcoolique, jeune fille violée, lâchetés éhontées et sentiments exacerbés… La famille qui se trouve réunie pour une obscure question d’héritage dans la maison du patriarche a bien du linge sale à laver !
De fait, on marche sur des braises et le scénario s’enflamme dans une implosion imparable : règlements de compte assassins, révélations fracassantes, aveux mesquins… La vérité, trop longtemps étouffée, fuse de toute part et égratigne un tantinet sur son passage. D’ici et d’ailleurs, THE SEA n’est pas sans rappeler le redoutable FESTEN de Vinterberg, autre partie de campagne vitriolée du cinéma scandinave.
Un regard réfrigérant sur le monde, tempéré par un souffle d’humanisme à chaud. Un iceberg au beau milieu d’une mer calme en apparence, des remous d’écume scintillant sous les reflets mordorés du soleil septentrional, l’œil du cyclone avant la tempête, c’est ce qui caractérise cette cinglante comédie de mœurs, dont on se délecte de la brillante répartie.
Baltasar Kormakur est une fine lame de l’humour – et surtout de l’humeur – noirs… Le saumon d’Islande a rarement été aussi fumé !
Laurence Berger
NOTES DU REALISATEUR :
"Un des plus gros problèmes en Islande, et des plus controversés, est le changement radical de la politique officielle de la pêche instaurée il y a quelques années. Ce changement a été le facteur de traumatismes et de confusion dans les plus petits villages des côtes islandaises et à contribué à perturber considérablement l'infrastructure de la société islandaise.
Un par un, les village des pêcheurs ont cédé leurs quotas aux grosses sociétés de pêche de la capitale et leurs habitants ont quitté en masse leurs maisons fortement dévaluées et des conserveries à moitié vides. C'est le système des "quotas" instauré par les autorités qui est responsable de cette mutation".
"Mon intention n'était pas de faire un drame glauque. Je ne suis pas particulièrement intéressé par le docu-drama et surtout pas dans le cadre d'une fiction pour le cinéma. Je pense que c'est à la fois plat et ennuyeux. J'ai toujours besoin d'injecter une certaine dose d'absurdité dans mes films.
Ce qui m'intéressait était de situer ce drame dans un de ces magnifiques paysages de fjords islandais. Là où les maisons délabrées et les horribles usines forment avec le panorama un contraste que je trouvais intéressant.
Baltasar KORMAKUR
FICHE ARTISTIQUE
Gunnar Eyjolfsson: Thordur
Hilmir Snaer Gudnason: Agust
Gudrun S. Gisladotti: Ragnheidur
Sigurdur Skulason: Haraldur
Hélène De Fougerolles : Françoise
Kristbjorg Kjeld: Kristin
Nina Dogg Filippusdottir: Maria
Sven Norden: Guomundur
Herdis Thorvaldsottir: Kata
FICHE TECHNIQUE
Réalisation:
Baltasar Kormakur
Scénario:
Baltasar Kormakur, Olafur Haukur Simonarson
Producteurs:
Jean-françois Fonlupt,
Baltasar Kormakur,
Co-producteur: Egil Odegard
Musique: Jon Asgeirsson
Montage:
Valdis Oskarsdottir
Décors: Tonie Zetterstrom
Directeur de production: Agnes Johansen
L’AVIS DE LA PRESSE :
Première :
" Invoquant Festen et quelques thèmes chabroliens, The Sea dresse un tableau peu ragoûtant du pays des geysers. Pas un personnage pour rattraper l'autre! Construite classiquement sur le mode de la montée paroxystique et sur un rythme soutenu, l'intrigue laisse en définitive peu de place à la surprise."
C.N. (article entier disponible dans
Première n°313, page 54)
CinéLive:
" Un sous Festen étouffé par un foissement de personnages plus givrés les uns que les autres, jusqu'à un final nauséeux"
Sandra Benedetti (article entier disponible dans Cinélive n°67, page 58)
Télérama :
"Secrets de famille en Islande : un patriarche, propriétaire d'une conserverie de poissons menacée par les quotas de pêche, réunit sa marmaille. Vendre ou garder l'affaire ? S'engueuler ou se rabibocher ? C'est Festen avec du social. Sauf que Baltasar Kormákur (déjà réalisateur de 101 Reykjavik et star locale) n'arrive pas à approfondir ses personnages et dose mal le tragique et le cocasse. Reste l'effet carte postale, forcément dépaysant, d'une Islande folklorique où l'on mange, en grimaçant, du requin pourri. Insuffisant."
Aurélien Ferenczi (article entier disponible sur le site de
Télérama)