On retrouve dans Ulysse, Souviens-toi ! beaucoup d’éléments présents dans vos films précédents, mais c’est en même temps une oeuvre très différente en termes d’esthétique et de narration. Pourquoi avez-vous changé de style ?
C'est étrange, car je n’ai pas décidé consciemment de changer de style. Les avis peuvent diverger sur la question ; personnellement je ne pense pas l'avoir fait. J’ai simplement réalisé ce film comme il devait l’être. Je voulais travailler à partir des codes d’un genre. J’ai pensé aux films de gangsters, aux films de maisons hantées, et je me suis dit que les deux allaient bien ensemble. J’ai probablement rêvé de cette association, car je n’ai rien trouvé sur le sujet dans mes livres d’histoire. J’avais en tête les étonnants films hybrides du siècle dernier, tels que Deux nigauds contre Frankenstein ou Spooks Run Wilddans lequel les Bowery Boys, qui ne sont
PAS des gangsters, côtoient Bela Lugosi, etc. Le choix d'un genre hybride s'est donc fait très naturellement, d'autant plus qu’il incluait des fantômes, car j'en étais venu à me dire que j’étais moi-même hanté. Je ne m'en plains pas, loin de là. J'aime tous mes fantômes, et ils me manqueraient s'ils venaient à disparaître.
Vampyr de Cart Theodore Dreyer m’a aussi beaucoup apporté. C’est un film emblématique du genre “horreur”, mais c’est surtout un film abstrait et poétique, qui plonge le spectateur dans une errance en songe et s’attache à des émotions déstabilisantes et inconfortables.