« Victoire, s’éveillant un matin de février sans rien se rappeler de la soirée puis découvrant Félix mort près d’elle dans leur lit, fit sa valise avant de passer à la banque et de prendre un taxi vers la gare Montparnasse. » Voilà un roman qui, comme toutes les sales histoires, débute abruptement. Dès ma première lecture d’
Un an, j’étais définitivement hanté par le mystère particulier qui y plane, par cette sorte d’étrangeté ordinaire, par cette atmosphère de bars vidés, d’appartements vacants, de plages désertes – métaphore efficace de l’apparente amnésie du personnage, du vide étrange qui me semblait régner dans sa tête. Et puis je pensais à Psychose, depuis le début du livre, à
Janet Leigh en fuite réfugiée dans un motel, tout en redoutant d’une page à l’autre une transposition de l’épisode de la douche. Comme les violons menaçants de Bernard Hermann dans le film d’Hitchcock, l’écriture terriblement précise d’Echenoz et ses digressions dérisoires désignaient à tout moment l’approche d’un événement cruel : la sonnette retentit dans la maison vide, Victoire entend des bruits non identifiables, son meilleur ami débarque comme un fantôme, lui recommande de rester cachée et puis s’éloigne. Dans quel étrange cerveau nous sommes-nous aventurés ? Quel dénouement cette longue attente à peu près irréelle annonce-t-elle ? À quelle sauce l’héroïne sera dévorée ? Mais d’abord : que s’est-il passé, vraiment ?