Pourquoi avoir choisit d’adapter « Un barrage contre le Pacifique»?
C’est un livre auquel je pensais depuis un certain temps même si j’avais d’abord des choses à régler avec mon pays: le Cambodge, et une histoire: le génocide khmer rouge. Ma rencontre avec Marguerite Duras s’est faite par le cinéma:
Hiroshima Mon Amour, magnifique film réalisé par Alain Resnais. Cette rencontre était rendue possible à travers une sensibilité commune vis-à-vis de la souffrance et de la guerre. L’univers et les grands thèmes de l’œuvre de Duras se trouvent déjà dans
Un Barrage Contre Le Pacifique, comme dans une partition de jeunesse. C’est dans ce livre qu’elle exprime le plus précisément ses engagements anticolonialistes. Ce qui me touche infiniment dans son travail, c’est qu’il est à fois fiction et documentaire. Duras a vécu l’histoire du
Barrage, et elle en a fait un roman. Avec la liberté de la fiction, elle parle de la réalité et lui confère une portée symbolique universelle, accessible à tous. J’aime beaucoup cette manière de respecter la réalité tout en la transcendant. Avec cette adaptation, j’ai voulu tourner un film ouvert, généreux, populaire, à l’image du roman de Duras: un drame familial, une histoire sentimentale, et aussi une description sans concession du système colonial.