Après deux œuvres très personnelles co-réalisées avec Marc Caro (
Delicatessen et
La Cite Des Enfants Perdus) et un block-buster américain très réussi dans son genre (
Alien La Resurrection),
Jean-pierre Jeunet a gagné le cœur de plusieurs millions de spectateurs à travers le monde lorsqu’il nous a raconté
Le Fabuleux Destin D'Amelie Poulain. Il est aujourd’hui attendu au tournant avec son nouveau film, UN LONG DIMANCHE DE FIANCAILLES, adapté du roman de
Sébastien Japrisot…
Autant vous prévenir tout de suite, les inconditionnels de cette fameuse Amélie – que ce soit du personnage, d’
Audrey Tautou, de l’esthétique, de la mise en scène, du scénario, des décors ou de la photographie – ne devraient pas être déçu du voyage dans le temps de leur héroïne. Ils trouveront en effet beaucoup de points communs entre ces deux films, aux histoires pourtant différentes mais à la réalisation très proche. Ceux qui avaient simplement aimé Amélie oscilleront probablement entre l’agacement du déjà-vu et l’appréciation certaine des multiples qualités du film, son casting de seconds rôles en tête, nous y reviendrons. Quant aux allergiques à Jeunet, qui n’accrochent pas avec l’esthétique et la mise en scène propres au cinéaste, n’essayez même pas, vous risquez l’overdose !
Mais pour nous, qui ne sommes ni accrocs ni réfractaires, le spectacle mérite plus qu’un détour…
Casting royal pour les seconds rôles
Si l’amère impression de déjà-vu tient sûrement en grande partie au fait que Jeunet ait choisi
Audrey Tautou pour incarner son héroïne Mathilde, on peut néanmoins lui tirer un grand coup de chapeau pour le reste de son casting. Non seulement, il déroule une liste de noms connus et reconnus, mais il a su trouver pour chacun le rôle le plus pertinent qui soit.
Ainsi, et nous ne citerons qu’eux, nous restons bouche bée devant les remarquables prestations de
Jodie Foster (en français) ou de
Marion Cotillard (dans un petit rôle très difficile), les classiques mais toujours aussi délicieuses interprétations d’
André Dussollier, de
Ticky Holgado et de
Dominique Pinon, ou encore le charmant facteur incarné par un
Jean-paul Rouve décidément très éclectique.
Une esthétique entre deux teintes & en demi-teinte.
Jean-pierre Jeunet, dont on connaissait le goût certain pour ses images aux couleurs souvent très marquées et son utilisation régulière de filtres aux tons sépia ou jaune, ne déroge en rien à son style avec ce nouveau long-métrage. Entre gris et jaune, le film ne propose pas une scène qui ne soit "colorée". Ainsi, toutes les séquences – très réussies – de guerre présentent une photographie aux tons dominants gris, très bien associés aux combats et aux tranchées. Mais, pour contraster littéralement avec ces images, Jeunet donne à toutes les autres une couleur jaune/marron très marquée, parfois même gênante. La Bretagne (où se déroule une grande partie du film) n’aurait-elle pas d’assez belles couleurs naturelles pour en rajouter autant ?
On retiendra donc plus volontiers les séquences dans les tranchées. Très réalistes, elles changent beaucoup des scènes de guerre que l’on a l’habitude de voir. Les explosions, associées à des bruits assourdissants, font littéralement trembler la salle. Jeunet réussit à montrer l’horreur des tranchées sans pour autant tomber dans l’effusion de sang et de cadavres, le film ne présentant que quelques scènes réellement difficiles.
Ni surprenant ni décevant, ce LONG DIMANCHE DE FIANCAILLES offre un spectacle réussi, qui devrait sans peine charmer un public nombreux mais souvent conquis d’avance.
Amélie Chauvet