En 1985,
Emir Kusturica recevait sa première Palme d'or pour
Papa Est En Voyage D'Affaires, où il parlait de la Yougoslavie des années 50 vue à travers les yeux d'un petit garçon. Une récompense qui avait soulevé pourtant moins de polémiques que
Underground , lui aussi Palme d'Or dix ans plus tard, que Michel Polac et bien d'autres condamnèrent comme pro-serbe. Le cinéaste fut d'ailleurs tenté de mettre un terme à sa carrière… Pourtant,
Underground est avant tout une furieuse comédie à feu et à sang, un opéra visionnaire et historique reprenant un par un les thèmes chers au réalisateur. Dix ans plus tard, ce bijou s'offre un écrin : une édition collector trois DVD avec packaging alléchant et prometteur. En consacrant deux DVD au film en lui-même (un pour la VF, l'autre pour la VO), l'éditeur nous convie à
un vrai spectacle visuel. Bien compressées, les images sont claires et nettes, légèrement floues par moment mais globalement chatoyantes et éclatantes, et ce malgré les différentes ambiances très différentes du film. Quelques griffures subsistent, mais trop peu nombreuses pour véritablement gêner. Côté bande sonore, la VF, claire mais pas assez fidèle à l'atmosphère, est difficilement acceptable si l'on veut s'immerger totalement dans l'univers du réalisateur…
Energie en revanche du côté des menus : originaux, colorés, loufoques et enjoués, ils sont particulièrement attrayants et restent très fidèle à l'esprit
underground d'
Underground . C'est côté
bonus que le bas blesse (un peu). Même si l'interview et le making of ne manquent pas d'intérêt, ils sont floués par une philosophie trop poussée, une analyse métaphysique et quasi surnaturelle de chaque plan du film. La voix off française du
making of vient expliquer chaque détail comme pour un exposé narratologique universitaire, ce qui ne peut qu'altérer la beauté des images du tournage. On y découvre tout de même un
Emir Kusturica pointilleux et perfectionniste, prêt à tout pour la réussite de son œuvre, engagé, calme ou sur excité, sûr de lui ou plongé dans le doute. Un homme que l'on a le loisir d'écouter dans
l'interview, chapitrée de titres pompeux mais qui part dans tous les sens. Intéressante, et lourdes de sous entendus elle nous dévoile l'état d'esprit du cinéaste sept ans après le tournage.
Malgré un rendu agréable et réussi, on aurait aimé pour cette édition dite "collector" un peu plus de suppléments sur les conséquences du film, les polémiques, la remise du prix à Cannes… Soyons pourtant réaliste : ce beau coffret a largement de quoi vous donner envie de plonger dans l'univers surréaliste de l'un de ces génies du cinéma actuel !
Aurélie Maulard