Marco Tullio Giordana signe avec cette
histoire italienne une prouesse, entre fiction et réalité, où l’émotion est bien palpable. Jusqu’à nous remuer de l’intérieur. L’histoire illustre avec honnêteté l’image de deux stars du cinéma italien, Osvaldo Valenti et Luisa Ferida, à l’heure de la division entre fascistes et non fascistes. Une vision douloureuse de l’Italie des années 40 qui pose la question de la légitimité de ses emblèmes.
Monica Bellucci trouve sa juste place dans une distribution particulièrement réussie. Le personnage de Luisa Ferida oscille sans cesse entre perfidie et fragilité. On peut y voir un certain reflet de l’âme italienne de cette époque, tiraillée entre le fascisme (Osvaldo Valenti) et la résistance (Golfiero). Un rôle de composition qui est sans doute l’un des plus prestigieux de sa carrière.
Quant à
Luca Zingaretti, il est époustouflant dans le rôle d’Osvaldo Valenti. La puissance dévastatrice de son interprétation de l’acteur est fascinante. Parfois même, très violente. Il parvient très justement à alterner entre les effusions délirantes du personnage, ses prises de consciences révélatrices d’une intelligence perverse et narcissique, tout comme les moments d’incertitude et de réflexion profonde. Le personnage le fait remarquer justement, les acteurs sont les miroirs des fantasmes les plus refoulés de l’âme humaine.
Eux-mêmes sont victimes des tourments qu’ils s’infligent par plaisir. Plaisirs du vice, de l’argent, de l’assouvissement immédiat sans compromis. Les scènes d’ébats entre les deux acteurs sont violentes et morbides. Tout transpire la jouissance de la possession et du luxe, au point d’en faire éprouver du dégoût. C’est curieusement ce même dégoût qui provoque un sentiment de pitié chez le spectateur tout au long du film.
L’enchaînement des scènes est entremêlé d’archives et de reconstitutions d’images historiques comme pour laisser planer le spectre du passé.
Le tout offre une définition de l’ignominie et de la misère de cette histoire italienne, édifiante et tout à fait propice à la réflexion.
William Dubreuil