"Utopia… ce mot ne veut pas dire que ça n'existe pas. Cela signifie "sans lieu". C'est quelque chose qui n'a pas de lieu, qui n'a pas encore eu lieu. Quelque chose qui aura lieu."
Entre réel et imaginaire, le film de Mario Ripoll surfe sur la nouvelle vague de l'excellent cinéma fantastique espagnol de ces dernières années. Reprenant chez ses pères (Jaume Balaguero, Alejandro Amenabar, Juan Carlos Fresnadillo…) certains thèmes et effets visuels et techniques, elle signe un film étrange, dans le fond comme dans la forme.
Certes, UTOPIA bénéficie d'une mise en scène élaborée et, disons, originale. La cinéaste semble en effet y avoir mis en 1h45 tous les effets visuels possibles et imaginables. Là où Jaume Balaguero jouait avec nos nerfs grâce à un montage nerveux et saccadé, la belle en jaune bleue hache menu, et en profite pour colorier son film à la gouache. D'une scène à l'autre, parfois d'un plan à l'autre, l'image se teinte de bleu, de jaune, de noir, de blanc, de vert ; et l’on ne sait plus très bien si c'est selon l'histoire, le temps qui passe ou les humeurs du monteur.
Avec ses flashs incessants, ses effets de lumière, de filtres, de couleurs, sans jamais d'images naturelles, UTOPIA, comme un mauvais clip vidéo à rallonge, finit par faire mal aux yeux. Malgré quelques bonnes idées, le scénario est globalement flou et survolé. À trop revenir dans le passé, le présent, le futur, on ne sait plus très bien si la chose a eu lieu, ou aura lieu ou non. Les personnages, trop nombreux, sont mal définis, et leurs actions sont parfois difficilement compréhensibles. A noter cependant le charisme surprenant de
José Garcia, magnifique dans son rôle de méchant à l'accent hispanique.
Résultat, UTOPIA se donne des allures de film d'action, de drame psychologique, d'histoire d'amour impossible, de thriller fantastique… Mais finalement le film sonne creux et fait mal à la tête. Peut-être était-elle là, l'utopie.
Aurélie Maulard