Mike Leigh est un de ces cinéastes qui signe peu de films - son dernier, ALL OR NOTHING, remonte à 2001 -, mais qui ne déçoit jamais. Lauréat d'une Palme d'Or à Cannes en 1996 pour son sublime SECRETS ET MENSONGES, le réalisateur anglais revient sur nos écrans avec VERA DRAKE, un drame poignant couronné par un Lion d'Or au dernier Festival de Venise.
Vera Drake est une femme d'une cinquantaine d'années qui, dans l'Angleterre de 1950, aide clandestinement des femmes à avorter. En dehors de tout intérêt pécuniaire, cette mère de famille le fait par pure conviction,
«pour aider les jeunes filles à avoir de nouveau leurs règles», et ce depuis plusieurs dizaines d'années dans le secret de sa famille. La vérité éclate au grand jour lorsque l'une des jeunes filles frôle la mort. Entre incompréhension, morale et amour, la famille se divise.
Mike Leigh a choisi de situer son histoire en 1950, alors que l'avortement était illégal en Angleterre comme partout ailleurs en Europe. Il se dégage alors de tout effet de propagande, se cantonnant aux simples faits. Dans cette optique, le cinéaste choisit de nous montrer, dans une grande première moitié de son film, la vie de Vera avant qu'elle ne soit arrêtée. Le spectateur découvre ainsi une femme attachante, travailleuse, maternelle et militante. Cette longue mise en place permet au spectateur de comprendre son geste et non de le juger.
Si
Mike Leigh reste fidèle à son équipe de tournage, il choisit pour incarner Vera une actrice anglaise de renom, connue surtout outre-Manche pour ses rôles au théâtre, avec qui c'est sa première collaboration. Poignante et vraie, elle livre une interprétation sobre mais magistrale.
Et c'est tout en retenue que
Mike Leigh nous entraîne avec émotion jusqu'au dénouement, réaliste et sans effet larmoyant… Parfait.
Amélie Chauvet