Voleurs de chevaux est un film d’époque qui explore la fraternité sous tous ses angles. Avec une brochette de belles gueules pour interpréter les personnages principaux, ce premier long-métrage de
Micha Wald offre un voyage dépaysant dans la Russie du XIXème. Il raconte le périple à travers les rudesses de la vie de deux « couples » de frères. Présenté en triptyque, séparé par des cartons
« Lui »,
« Eux » et
« La Traque », on rencontre d’abord Jakub et Vladimir. Ces deux jeunes vagabonds rejoignent les rangs de l’armée des Cosaques et se retrouvent confrontés aux dures épreuves de l’autorité militaire et à l’adversité, face aux autres soldats. De leur côté, Roman et Elias survivent dans la forêt en volant des chevaux. Comme blessé par la vie, l’aîné, Roman, se sent une certaine responsabilité envers son petit frère, qui frise parfois la possessivité. Lorsque Roman tue Vladimir en volant leurs chevaux, la traque commence. Jakub se lance à la poursuite de l’assassin, obsédé par la vengeance.
Sur fond de paysages magnifiques et d’une bande-son inventive, le film décrit toutes les facettes de l’amour fraternel, de ce sentiment inconditionnel, de cette solidarité aveugle, mêlé aux rapports de force entre ces frères qui restent des hommes. Le cinéaste maîtrise parfaitement dans ses images les éléments de la nature, l’eau sous toutes ses formes en particulier, pour retranscrire la beauté et la violence des sentiments des quatre frères.
Malheureusement, dans ce film à la fois lent et rythmé, sorte de western transposé dans la Russie tsariste, si l’indestructibilité de la fraternité est largement dépeinte, l’exploration du désarroi et du sentiment de vengeance de Jakub à la mort de son frère manque un peu de profondeur. Mais
Voleurs de chevaux reste une œuvre splendide, une allégorie sur l’adolescence, sur l’apprentissage de la vie, sur l’endurcissement de jeunes hommes contraints de se défaire de leur innocence pour se confronter aux réalités du monde.
Lorraine Creaser