Promenons-nous dans les bois… Un conte de fée sombre
Remarqué lors des
Festival De Sundance 2010 (Meilleur film et Meilleur scénario) et
36e Festival Du Cinéma Américain De Deauville 2010 (Prix du Jury), le
Winter'S Bone de
Debra Granik sort enfin en DVD. Et ça, c’est une très bonne nouvelle pour tout cinéphile qui se respecte, tant cette glaçante adaptation du roman de
Daniel Woodrell mérite d’être découverte encore et encore.
Plongés dans l’atmosphère incroyable du Missouri profond (filmé avec virtuosité par la cinéaste et son directeur de la photographie
Michael Mcdonough), on ne peut que se laisser sombrer au cœur de ce western moderne cruel et pourtant terriblement humain. Accrochés aux bottes désabusées de Ree, on suit, diablement envoûtés, ce récit initiatique aux allures de conte de fée noir qui hurle son besoin de survivre.
Des personnages forts : le « péquenaud » réhabilité
Car c’est avec autant de curiosité que de respect que l’on s’engouffre dans
Winter'S Bone. Ainsi, passée la stupéfaction de la beauté triste des montagnes qui emmurent Ree et les siens (la nature impériale du film est loin de se cantonner au simple rôle de décor), on part à la rencontre de ces oubliés du rêve américain citadin, ces hommes et ces femmes qui, certes, vivent dans la simplicité absolue, mais qui chérissent les valeurs de la famille comme celles de la musique (la bande-son du film mériterait tout un poème).
Si près et pourtant si loin des clichés que l’on croise à longueur de reportages télé en mal de bouseux, le film de
Debra Granik offre à l’éternel « péquenaud » une seconde vie. A la fois incarné par Ree (une
Jennifer Lawrence habitée) et son oncle Teardrop (
John Hawkes littéralement bluffant) comme les deux revers d’une médaille fêlée, celui-ci se réapproprie une dimension sociologique et cinématographique dépoussiérée. On en est ravis. Vraiment.
Eléonore Guerra