Avant d'être un sage chauve se baladant en fauteuil roulant, affublé d'un patronyme qui pourrait porter à confusion, le Professeur X était Charles Xavier (
James Mcavoy), un dragueur télépathe super intelligent et profondément humaniste.
Avant d'être un vieil aigri infréquentable mystérieusement casqué, Magneto était Erik Lehnsherr (
Michael Fassbender), jeune homme irrésistible (dans tous les sens du terme) mais totalement torturé genre bad boy.
Avant d'être des ennemis jurés, ces deux-là étaient amis. Des frères, même.
Mutants ? Juste une question de point de vue...
Il aurait été aisé pour
Matthew Vaughn de se laisser couler dans le moule "Film de super-héros" et de pondre une version propre et sans risque de ce prequel aux
X-men. Après tout,
Bryan Singer avait déjà tout bien balisé avec ses deux premiers opus (on préfère oublier le
X-men L'Affrontement Final de Brett Ratner). Mais il aurait été tout aussi facile pour le réalisateur de
Kick-ass de se viander en beauté, écrasé par la pression pesant sur un tel
reboot.
Pourtant, c'est - on aurait presque envie de dire "sans surprise" - avec un flegme déconcertant que Vaughn s'est offert le luxe de prendre une troisième voie... autrement plus efficace.
S'éloignant sensiblement du modèle préfabriqué tendance Ikea du "film aux super-pouvoirs pétant tout sur son passage", tout en conservant les codes et le noeud dramatique fondamental (la question de la Différence),
Matthew Vaughn réussit sa pirouette et nous sert un
X-men : Le Commencement à la fois surprenant et familier.
Mieux, le réalisateur bidouille astucieusement son film (en prenant de sérieuses libertés avec le mythe Marvel) au point d'en faire un hommage groovy au cinéma des 60's-70's (souvent proche d'un James Bond ou d'un Derek Flint).
Mariant la tension émotionnelle inhérente à nos mutants à un humour décomplexé (les clins d'oeil fusent !), union servie, en plus, par une intrigue maligne (les missiles cubains devenant le prétexte des adieux déchirants de Charles et Erik), des scènes d'actions efficaces et un casting quasi-impeccable (gros bémol toutefois pour une
January Jones littéralement insipide), Vaughn assure.
Layer Cake et
Kick-ass nous avaient prévenus.
Eléonore Guerra