Interview : Ami-Ami une romcom résolument moderne ? Rencontre avec le réalisateur

mercredi 17 janvier 2018 - 18:18 | Interview
Alors que sort aujourd'hui Ami-ami, rom-com ancrée dans son temps au casting attachant, rencontre avec son réalisateur : Victor Saint Macary !



Pourquoi t’être lancé dans la comédie romantique ? Toi qui cite comme inspirations Lost Highway, Le Péril Jeune, Stalker...

C’est vrai que c’est un peu étrange ! J’avais déjà fait un court-métrage un peu aigre donc pour Ami-Ami, ça s’est imposé à moi. J’avais fait une colocation à 25 ans avec ma meilleure amie et à chaque fois que je parlais de cette cohabitation les gens me demandaient tout de suite “Mais est-ce que tu couches avec ?”. Il y avait cette ambiguïté permanente pour les autres mais pas pour moi. En même temps, j’avais une amitié tellement fusionnelle avec que j’avais l’impression de la tromper quand j’étais en couple, presque d’être coupable. Ça m’a donc très rapidement intéressé de traiter de cette frontière amitié/amour. Puis je suis fan de comédies romantiques comme Quand Harry rencontre Sally. Dans ce film, Billy Crystal dit “L’amitié entre les hommes et les femmes n’existent pas” et je voulais en 2017 donner tort à cette phrase. Donc le choix de la comédie romantique s’est fait naturellement, même si je trouve aussi qu’on manque de films du genre en France. Puis ce côté buddy movie garçon/fille dans Ami-Ami existe peu dans le cinéma. On en a des unisexes, Tout ce qui brille par exemple, mais rarement l’inverse. Avec mon producteur, Pierre Guyard, on s’est dit qu’il y avait quelque chose à exploiter ! Quelque chose qui permet certaines situations, un côté marivaudage aussi… mais plutôt moderne.

Ami-Ami est un film très moderne, ancré en 2017. Les iPhone, le personnage de Jonathan Cohen à fond sur Tinder. Et à côté, tu as celui de William Lebghil qui reste “dans la vraie vie”, va draguer à la superette du coin ! Puis cette phrase de Camille Razat “on est en 2017, on couche le premier soir”.

C’est vrai. Le personnage de William a quelque chose d’anachronique, très romantique. Alors je trouvais que lui remettre 2017 en pleine gueule était quelque chose d’intéressant ! Il y a évidemment un “truc” très moderne dans le film sur la façon de se rencontrer, les parents de Vincent qui vivent un second mariage très libéré, la musique etc. Je trouve vraiment que la comédie française souffre de ce manque d'ancrage dans la réalité. Le point de départ, comme je l’expliquais, est quant à lui réel.

Il faut absolument qu’on parle du running-gag des voisins acrobates sexuels...
(Rires) Les gags partent souvent des personnages. D’un côté, on a celui de William qui ne bande que lorsqu’il est amoureux qu’on confronte à une image assez porn, celle des voisins qui font l’amour d’une façon crue. C’était aussi le mettre face à son romantisme, son sentimentalisme. Il fallait aussi le confronter à sa meilleure amie - jouée par Margot Bancilhon : ils peuvent mater des gens faire l’amour de manière hard et ça ne crée pas de désir chez eux ! Ils ne franchissent jamais la ligne. Pour revenir à ce running-gag, il ne devait au début exister qu’à ce moment là puis on les a mis un peu partout car on trouvait ça drôle. A chaque fois que les deux colocs regardent par le fenêtre, le couple en face est en train de baiser.

Comment s’est passé le casting avec William lebghil, Margot Bancilhon, Camille Razat…

William je l’ai vu dans SODA. Ensuite, dans des films plus auteurs comme Jacky au royaume des filles ou Les Combattants. C’est Pierre Guyard, qui a produit ce dernier mais aussi Ami-Ami, qui m’a conseillé William. On lui a envoyé le scénario et ça s’est passé naturellement. J’avais totalement oublié que c’était un acteur, je m’attendais à un mec un peu simplet alors qu’au contraire, il est très vif et percutant. Il a beaucoup offert au personnage de Vincent avec ce côté Pierre Richard. Quant aux filles, j’ai fait des castings et entre Margot et William il y a tout de suite eu un “truc”, une alchimie, qui était l’un des enjeux du film. Il fallait que leur amitié imprime la pellicule, il y avait un plaisir de jeu très fort entre les deux. On a ensuite fait un week-end tous les trois pendant lequel on a bu, mangé, maté des films, ça nous a soudé. Pour Camille, c’est le directeur de casting qui me l’a montré et alors qu’elle jouait la scène des caddies, c’est la seule qui a rigolé. Donc il y avait ce truc très vivant, elle a apporté beaucoup au rôle en terme de malice alors que son personnage est au début très lisse.

Et Jonathan Cohen ? On connait son amour pour l’improvisation !

Ça a été un peu mon rôle de le brider sur Ami-Ami. Y’a beaucoup de choses écrites et d’autres improvisées. Il fallait trouver le juste équilibre car Jonathan peut partir et on en oublie l’histoire. William était quant à lui friand pendant les improvisations. C’était à moi de prendre ce dont j’avais besoin et parfois retourner des scènes car Jonathan ne lisait pas bien le texte. Mais il me surprenait souvent et j’aime, en tant que réalisateur, rire alors que je m’y attendais pas.

Comment écrit-on une comédie romantique ?

On était quatre en tout. Tous écrivaient pendant une phase différente. Thomas Cailley, qui a réalisé Les Combattants, était le premier. Il m’a aidé à muscler la dramaturgie au scénario, des points de nerfs. Il avait une vraie technique je n’avais pas du tout - même si j’ai lu des scénarios pendant des années chez Gaumont. Ensuite est venue Audrey Diwan, une connaissance de longue date, qui m’a dit “Victor y’a pas grand chose à faire” mais est finalement restée six mois et a tout cassé ! Je lui faisais énormément confiance, je connais son intelligence. Sans oublier qu’elle a un goût prononcé pour la comédie romantique. Pour finir, il y a eu Benjamin Charbit, qui lui est venu un mois avec son recul et a donné la dernière impulsion pour faire décoller le scénario de Ami-Ami. Il a beaucoup musclé le côté comédie romantique et m’a dit d’y aller franco.




Propos receuillis par Nassim Chentouf (17 janvier 2018)

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