C’est la peur au ventre et l’esprit pas très tranquille que je suis allée à la rencontre de
Nacho Cerda, réalisateur de
Abandonnée, film d’horreur espagnol qui fait très très très peur…
Malgré mes angoisses, mes palpitations et mes sueurs froides, tout s’est très bien passé et la discussion a parfois pris des tournant très…philosophiques ! Si vous êtes prêts à être confrontés à vos propres angoisses, c’est parti…
Déjà je tiens à vous dire que ce film m’a fait extrêmement peur…j’étais accroché à mon siège pendant toute la séance…on va donc se faire une petite interview horreur, ok ?
(rires) D’accord !
Est-ce que l’ambiance sur le tournage était aussi angoissante que celle du film ?
D’après moi, c’était terrifiant parce qu’on avait très peu de temps pour tourner ! Et très peu d’argent… donc j’ étais vraiment terrorisé à l’idée de ne pas pouvoir terminer le tournage ! En plus on a tourné en Bulgarie, pays différent de l’Espagne… Et puis on a eu quelques petits soucis techniques, une série d’imprévus un peu tortueux…comme des inondations qui ont détruit nos décors par exemple ! Donc oui ça faisait peur !
Dans le film il y a beaucoup d’éléments caractéristiques des films d’horreur (une vieille maison abandonnée, une forêt angoissante et hantée, de l’eau, un lac profond et mystérieux, l’obscurité quasi-permanente), est-ce qu’on pourrait dire que vous êtes un spécialiste de l’horreur ?
Je ne crois pas que l’on puisse définir le genre de l’Horreur uniquement selon ces aspects-là (peu de lumière, une maison abandonnée…). Je crois qu’il y a un aspect beaucoup plus existentiel qui fait beaucoup plus peur : la peur de la mort, de l’existence. Dans
Abandonnée, il y a des choses qui renvoient bien sûr au film d’horreur, mais il y a une autre lecture qui a trait à l’identité, à la dépendance émotionnelle. L’idée que nous devons tous fermer un chapitre de notre vie pour pouvoir en ouvrir un autre parce que la vie est faite d’étapes. Et c’est ça qui peut faire peur… La sensation de se séparer d’une partie de notre vie…Cette sensation que l’on a tous eu quand nos parents nous ont laissé à l’école pour la première fois, ou même quand le médecin a coupé le cordon ombilical…Une sensation qui nous marque fortement depuis que nous sommes tout petit… Je crois que c’est ça l’Horreur.
Et vous avez un film d’horreur préféré ?
Oui !
Les Dents De La Mer. Je l’ai vu au cinéma quand j’avais six ans, mon oncle m’a emmené parce que j’avais insisté et parce qu’un jour j’ai fait une crise d’hystérie, il m’a dit que si je me calmais, il m’emmènerait voir le film, normalement interdit aux moins de 14 ans. Et ce fut un grand choc pour moi, je crois que ça a un peu déterminé ma manière de voir le cinéma. C’est une expérience que j’ai voulu revivre par la suite, pas seulement en allant voir des films mais aussi en en faisant. Dernièrement j’ai vu des films que je pourrais qualifier de film d’horreur alors que ce n’est pas vraiment le cas : comme
Vol 93 . Bien sûr il y a des films que j’ai vu étant adolescent qui m’ont marqué comme
La Chose ou
La Mouche de Crönenberg….
Et vous avez un monstre ou un personnage de film d’horreur fétiche ?
Le requin dans
Les Dents De La Mer ! Ce fut mon premier grand monstre ! Je crois que tous les gens qui vont se baigner pensent, à un moment ou à un autre, au requin du film… Je n’ai jamais vu de requin, mais je ne sais pas comment je réagirais si j’en voyais un …
En plus du requin, les personnages d’Horreur les plus terrifiants sont les zombies ! Ce ne sont pas des monstres, ce sont des personnes… c’est ça qui fait peur : un être humain qui se transforme en quelque chose d’hostile. La peur vient plus de l’intérieur de la personne…
Mais le requin est réel alors que les zombies sont surnaturels…D’où vient la peur ? Du réel ou du non-réel ?
Le zombie a des jambes, des bras, il a une apparence réelle : c’est ça qui fait peur… on peut s’identifier beaucoup plus qu’avec un extra-terrestre par exemple. Le film
Alien par exemple ne me fait pas peur, c’est un grand film, avec du suspens et tout ce qu’il faut…Mais ça ne me fait pas peur justement parce qu’il n’y a rien de réel..
Et vous avez peur du noir ?
Oui j’avais très peur du noir quand j’étais petit, maintenant nan ! Quand j’étais petit, j’éteignais la lumière, je me mettais dans mon lit et j’attendais, je pensais qu’on viendrait me tuer. Et un jour, je me suis fait une entaille sur le bras avec un crayon pour que celui qui viendrait me tuer pense que je suis déjà mort ! ! ! Mais maintenant le noir j’adore…
Et vous faites souvent des cauchemars ?
Non mais dernièrement, j’ai eu plusieurs réveils soudains et brutaux, avec des sensations bizarres. Il y avait un dicton qui disait : « la mort c’est comme dormir sans se réveiller » ou quelque chose comme ça ! C’est véridique…c’est terrifiant…
Et de manière générale, qu’est-ce qui vous fait peur dans la vie ?
La claustrophobie, la sensation de ne pas pouvoir s’échapper. Et le fait de ne pouvoir échapper à ma propre existence, à mon propre corps, c’est ça qui me fait le plus peur. Si tu te concentres, que tu réfléchis à un moment donné de ta vie et que tu te demandes qui tu es à ce moment là, je crois que tu peux avoir une attaque cardiaque !
Ce qui me fait peur aussi c’est tout ce qui a trait à la mort. Nous sommes ici, maintenant, nous vivons, mais nous savons que pour vivre, il faut mourir, sinon, rien n’existe. Et cette réalité me terrorise. C’est très bizarre, mais ça fait très peur…
Et à part l’Horreur, il y a d’autres genres cinématographiques qui vous attirent ?
Les thrillers, les films d’actions m’attirent aussi beaucoup. Le cinéma de David Fincher par exemple me paraît très intéressant. Je crois que j’aime tout, sauf les comédies. Ca divertie mais ça ne m’attire pas, en tant que réalisateur et spectateur. Ce que j’aime le plus ce sont les choses surréalistes. J’adore
Austin Power ou
South Park.
Et quels sont vos projets ? Est-ce que ça a encore à voir avec l’Horreur ?
Je pense que tous les films à venir auront en commun quelque chose d’émotionnel. Je ne veux pas faire un film pour de l’argent mais pour quelque chose qui surgit de ce que j’ai à l’intérieur, qui me préoccupe. Je ne veux pas que des éléments extérieurs (l’industrie cinématographique, etc..) ne viennent perturber mon chemin et c’est difficile parce qu’il y a beaucoup de pression. J’aimerais que mes prochains films correspondent à une sorte de catharsis de l’esprit…
Propos recueillis par Fanny Laredo (Mai 2007)