Interview : Du jour au lendemain

    en DVD le 02 Octobre 2006

Notre interview de Benoît Poelvoorde !



Acteur incontournable du paysage cinématographique français, randonneur, VRP, Cycliste, Boulet, fan de Cloclo ou vétérinaire assez étrange, les rôles de Benoît Poelvoorde sont aussi étendus que ses talents. Drôlement naturel et naturellement drôle, Benoît Poelvoorde est avant tout un passionné, passionné par son métier, passionné par les autres, et tout simplement passionné par la vie.

Dans son nouveau film Du Jour Au Lendemain, il incarne un homme, François Berthier, dont la vie morose et malchanceuse change du tout au tout - du jour au lendemain -, pour devenir parfaite, trop parfaite pour lui. Un changement de vie qui ne convient pas du tout à Berthier… et qui ne plairait visiblement pas non plus à Benoît, plutôt heureux de ce qu'il a : « J'espère que ça ne changera jamais. J'adore ma vie, je la trouve formidable. Si je voulais que quelque chose change, ce serait la limitation de vitesse sur autoroute. Est-ce qu'on pourrait la monter à 140 ? Non parce que 130 c'est vraiment chiant ! »

Mais alors vous ne pourriez pas non plus tout plaquer du jour au lendemain pour changer de vie ? « Je ne pense pas que j'en aurai le courage. Je fais un peu partie de ce genre de personnage comme François Berthier qui ne sont pas capable de tout changer. C'est d'ailleurs l'une des caractéristiques qui nous rapproche. »

Et si tout s'arrêtait du jour au lendemain, le succès, les films ?
« Ça me ferait évidemment de la peine mais je m'y prépare, et donc à ce titre j'aurai déjà des réponses, des réponses personnelles. Ce serait dur car j'adore être regardé, mais ce n'est pas quelque chose que j'appréhende ; il y a des trucs qui me font bien plus peur. Je pense que j'arriverais à me retourner. »

Plutôt François Berthier du lundi ou François Berthier du mardi ?
« Le François Berthier du lundi a été plus dur à jouer car il m'est plus difficile d'interpréter des gars gentils. Ils sont toujours un peu éteints, manquent de couleur. Ce personnage m'intéressait justement parce qu'il avait plusieurs facettes. Si j'avais dû jouer un mec gentil du début à la fin, je me serais ennuyé profondément. Je préfère les méchants… »

Que pensez-vous de la phrase de François dans le film « Chaque fois qu'il m'arrive quelque chose d'agréable, je dois payer l'addition » ?
« Je peux comprendre que l'on puisse le dire car ça fait peur. On s'dit toujours, j'ai trop de bol et ça va pas durer, mais c'est faux. Je pense que l'on peut avoir beaucoup de chance, longtemps, mais cela ne suffit pas à faire ton bonheur. L'important, c'est la perception que l'on a des choses. Si elle n'est pas en adéquation avec ce qui t'arrive, tu ne seras pas heureux. Il faut être sûr que ce t'arrive, c'est bien ce que tu désires… Bon c'est un peu abstrait tout ça. »

Oui, c'est vrai… mais concrètement Benoît, le bonheur, c'est quoi pour vous ?
« C'est déjà de ne pas le chercher. Ne pas perdre son temps à courir après car nous sommes dedans sans s'en rendre compte. Donc de ne pas se poser la question. »

Et le malheur ?
« Le malheur n'est pas nécessairement le contraire du bonheur. Mais je crois ne l'avoir encore jamais connu. Pour moi le malheur, c'est ce qui pourrait m'arriver de pire, me faire le plus mal, c'est totalement abstrait mais le plus tard sera le mieux… Je ne peux donc pas répondre à cette question. »

Selon vous, souffre-t'on plus de trop de bonheur ou de trop de malheur ?
« Je pense que l'on peut souffrir de ne pas être préparé à vivre des choses dont on estime qu'elles correspondent au bonheur. Vous savez, nous ne sommes pas seuls dans la société. Nous sommes imprégnés d'une culture, d'autres gens, et l'on peut souffrir d'avoir fait des choix qui ne soient pas nécessairement bons pour nous (…), d'avoir été influencé.
Le tout, c'est d'être bien assis sur son siège. L''important n'est pas d'avoir un fauteuil design ou cher, mais d'y être bien assis, d'être sûr que l'on n'ai pas mal au cul… »


Et la dernière fois où vous avez eu mal cul ?
« C'est une question générale j'entend ? [rires] Oui, donc la dernière fois que je me suis trompé ? Très souvent, c'est sur les vacances que je me trompe. Je me fait un idéal du recueillement, de la sérénité, de la contemplation et au moment où j'y suis j'me fait chier comme un rat. Je déprime comme c'est pas permis, et ça me coûte la peau des fesses… Et oui, c'est sur les vacances la dernière fois que je me suis vautré ! »

Et aux César ?
« Ah non, je ne me suis pas vautré, je ne l'ai pas eu, c'est différent. Je ne me suis pas trompé sur ce que j'ambitionnais : je ne l'ai pas eu mais mon ambition était bien de l'avoir. Je me serais vautré si je l'avais eu et que je n'ambitionnais pas de l'avoir. Là, je souhaitais l'avoir et je ne l'ai pas eu .
C'est juste un chagrin de ne pas l'avoir (…), mais je suis encore dans l'attente de le recevoir un jour, donc je suis encore dans le désir, donc je suis encore heureux ! »


Vous ferez quoi quand vous aurez un César ?
« J'imagine que je serais moins heureux. Je perdrais une part de désir et donc une part de mes rêves. »

Espérons de notre côté qu'il soit un jour récompensé, mais qu'il ne perde surtout jamais sa bonne humeur, ses rêves… et ses films ! De quoi faire rire - et rêver - encore bon nombre de spectateurs.
Propos recueillis par Amélie Chauvet - Montage : Aurélie Maulard (Paris, mars 2006)
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 82 230 entrées
  • Cumul IDF : 131 899 entrées

  • 1ère semaine France : 308 489 entrées
  • Cumul France : 469 039 entrées