Difficile de trouver plus incroyable que
Mélanie Laurent dans la nouvelle génération de comédiennes de notre cher pays. En plus d’être extraordinairement belle, naturelle et spontanée, Mélanie est tout ce qu'il y a de plus simple, de plus gentil, de plus accessible. Du haut de ses 23 ans, elle jette un regard sur sa déjà belle carrière, pense à l’avenir, garde ses rêves et cultive ses espoirs. Car elle a beau nous emmener sur un nuage lorsqu’elle joue, elle a les pieds bien sur Terre. Impressions à chaud à quelques heures de la cérémonie des César, et à quelques jours de la sortie en DVD du film qui l’a fait exploser au grand jour,
Je Vais Bien, Ne T'En Fais Pas, en plein tournage de
La Chambre Des Morts et du prochain film de Cédric Klapisch…
Nommée comme Meilleur espoir féminin aux César...
Salut Mélanie ! Alors, comment tu te sens à quelques heures des César ?
Bah… ca va…
"Je vais bien"…
(rires)
C’est quoi la première chose qui t’est passée par la tête lorsque tu as appris ta nomination ?
… Euh… Le choix de la robe ? Non sérieusement, les César, c’est un peu un rêve de petite fille… Donc j’ai surtout pensé à ne pas gâcher l’instant, genre attention de ne pas se casser la gueule en arrivant, à ne pas trop pleurer… Me voir en situation en fait. Mais maintenant je me suis conditionnée en me disant que je ne l’aurais pas, donc… Je ne pense plus à tout ça ! Je me méfie un peu de tout ce qui se dit un peu partout, et je n’ai pas envie de tomber dans le "C’est toi, c’est sûr"...
Donc pas de discours préparé alors ?
Non !
(rires) De toute façon, lors de mes dernières remises de prix, j’avais préparé un discours… Et à chaque fois j’arrive et je me mets à pleurer… ! J’imagine même pas si je dois monter sur scène pour les César, ohlala ! Je ne sais pas si tu te souviens du sketch des Robins des Bois sur "ce qu'il ne faut jamais faire aux César"… La fille qui pleure tellement qu’elle renifle et tout… J’suis persuadée que moi ce sera plutôt ça !
Et si tu l’as ou pas, fondamentalement, ça va changer quelque chose ?
Non. Par contre, je suis très honnête avec ça, je sais que sur le coup, je vais être très déçue si je ne l’ai pas, mais deux jours après ce sera passé, tout ira bien, j’ai plein de projets de films, finalement ça ne change rien… C’est juste que… J’ai tellement regardé les César, j’ai tellement pleuré avec les gens qui pleurent… C’est quelque chose que je trouve très très fort. Mais bon, j’ai 23 ans… Il peut se passer plein de choses encore.
Comment on vit une telle reconnaissance ?
Bah, en fait je le vis comme quelqu’un qui a commencé il y a dix ans… J’ai fait quinze films déjà, même si c’est surtout le film de
Jacques Audiard que les gens ont retenu. C’est pas comme si le succès était arrivé de nulle part… Alors c’est vertigineux évidemment, puisque je suis passée de l’ombre à la lumière en un film en fait, grâce à
Philippe Lioret… Mais c’est juste très agréable à vivre, j’ai eu des jolis prix, des lettres, des gens qui viennent me voir dans la rue, qui ont fondu en larmes dans mes bras… Mais c’est sûr que
Je Vais Bien, Ne T'En Fais Pas a changé complètement ma vie, car ce film a bouleversé les gens…
Elle va bien, ne vous en faites pas
… Tu avais réagi comment en lisant le scénario de Je Vais Bien, Ne T'En Fais Pas ?
Boh… j’ai pleuré !
Comme tout le monde alors ! Pourtant il y a une chose amusante dans le making-of, c’est que…
Je me marre tout le temps ??
Oui ! Alors qu’on n’imaginait pas du tout cette ambiance-là…
En fait, le détonateur de tout ça, c’est évidemment Kad. Ca n’aurait pas été la même ambiance sans lui ! Ca a été notre exutoire ! J’ai découvert que passer du fou rire nerveux à la scène de larmes, le pas était facilement franchi. Donc je me suis servi de tout ça.
Philippe Lioret est quelqu’un de très exigeant, il est tellement sur tous les fronts qu’il ne peut pas supporter que l’on soit en dehors du film. Ca a été une rencontre magnifique… C’était pas tous les jours la grande rigolade, si y’avait pas Kad, c’était autre chose… Je me levais tous les jours à 6h, pendant 43 jours (sur 45 de tournage)… Forcément, la fatigue, le stress, y’a des tensions ! je vais faire une comparaison un peu bizarre, mais c’est un peu Loft Story, hein, du 24/24h avec plein de gens, plein de caractères qui se confrontent et c’est pas toujours évident… Mais bon, c’était réellement magique. J’ai vraiment compris pourquoi ce métier pouvait faire rêver.
Tu as revu le film depuis ?
Non. C’est très difficile…
Et tu avais dû perdre huit kilos !!
Oui ! … J’ai mis un mois à les perdre… Et je les ai repris en dix jours !
Les projets, elle, maintenant, après…
Quel est le dernier film qui t’as fait pleurer ?
En salles ? …
Ne Le Dis à Personne.
Ah ! Et sinon, tu as commencé le tournage de La Chambre Des Morts, c’est ça… ?
Oui ! Depuis mercredi !
Tu changes complètement de registre, là !
Oui ! Je joue une profileuse… Je suis très contente, je suis surexcitée ! J’ai vraiment de la chance en fait, car on ne m’a pas mis dans une case… J’ai pu jouer la pute de luxe dans le Audiard, la romantique dans le Michel Blanc, la jeune ado dans les films de Rodolphe Marconi… Et puis tout à coup, au moment où j’avais envie de faire des rôles un peu plus "femmes" dans des films un peu réalistes avec des scènes de flingue, on me propose ce rôle de jeune flic, mère de deux petites filles de huit mois… C’est comme si ma prière avait été entendue !
(rires) Donc ça c’est génial.
Avec qui aimerais-tu tourner ?
Bah je revoyais un film de Pedro Almodovar hier, et je me disais que vraiment… Ca me dirait bien !
(rires)
Tu peux nous parler du prochain Klapisch, Paris ?
… Oui ! C’est pas encore fini, il me reste quatre jours ! Bah… J’étais hystérique, complètement folle d’être dans un film de Klapisch… Le rôle est très agréable à jouer, pas de scènes de nu, pas de scènes de larmes… Et puis j’ai rencontré Cédric Klapisch, un être formidablement humain, très intelligent, car au-delà du fait qu’il sache raconter des histoires, et qu’il ait une vraie patte, il sait s’adapter aux personnes, aux caractères… C’est vraiment le film vacances si tu veux, le réveil a beau sonner tôt le matin, je suis contente d’y aller ! Et puis c’est assez spécial, le tournage dure très très longtemps, sur plusieurs semaines… Je l’ai commencé en octobre, et je termine en mars, c’est super long ! Mais en fait, j’ai à peu près deux jours par mois ! Donc c’est très bizarre, dans le cinéma on dit qu’on passe des journées à attendre, là c’est carrément des semaines entières ! C’est dur car il faut tout à coup retrouver la grande concentration le jour J, et en même temps je me marre toute la journée… Et puis c’est une équipe vraiment très joyeuse, très agréable, quand on fait des heures sup, on sent que ça fait chier personne…
C’est des belles rencontres…
Oui ! C’est comme lorsque j’ai appris que je tournais dans le film de
Jacques Audiard… Voilà, tout d’un coup… On touche au culte…. C’est quand même juste énorme à 23 ans d’avoir déjà fait tout ça ! Je veux dire, si je m’arrêtais demain, ça irait déjà !
(rires)
Oui, enfin ça serait un peu dommage quand même ! Bon alors, tu vas bien, pas besoin de s’en faire…
(rires) Non, non tout va bien… Je vais bien !
(rires)Propos recueillis par par téléphone par Aurélie Maulard (février 2007)