Rencontre avec Michael Douglas, quelques jours avant Deauville
Charmant, disponible, simple. Oui, c’est bien Michael Douglas qui nous accueille dans le discret salon d’un hôtel huppé de la Capitale. Quelques mots baragouinés en français (« Pas de vacances au mois d’août ? ») et le voici qui s’inquiète de savoir si nous seront nous aussi à Deauville : " Venez, ça va être sympa en plus il y une belle affiche : George Clooney, Brad [Pitt]… Oh Matt [Damon] vient ? Vous l’avez déjà rencontré ? Il est super : c’est un gentleman. Le plus calme, il attire moins l’attention. Il est plus East Coast. Et puis, vous avez vu le nouveau Bourne ? Woa, ce Paul Greengrass a pondu un de ces trucs ! "
Une crème puisqu’on vous le dit. A l’occasion de sa présence au Festival du Cinéma Américain de Deauville, où il sera honoré lors de la présentation de son King Of California, Michael Douglas se confie : sa famille, son jeu d’acteur, sa carrière.
En toute simplicité…
Qu’est-ce que ça vous fait d’être honoré au Festival de Deauville ?
Très heureux. Concernant l’hommage… [Cherche ses mots] Disons que… vous savez, un tel prix (pour l’ensemble de sa carrière), on a toujours l’impression d’être trop jeune pour le recevoir. Je me suis mis à réfléchir et là je me suis dit « Hey, attendez une minute : mon père l’a reçu à l’age de 60 ans (en 1978). Il en a aujourd’hui 91. Alors disons que ça me portera peut-être chance pour une vie longue et prospère.
Et puis Deauville… La France a toujours été bonne pour moi et ma famille. Sans oublier que j’ai rencontré ma femme [L’actrice Catherine Zeta-Jones, ndlr] à Deauville.
Le fait que le film aborde la question de générations (passée, future) et de l’histoire de la Californie ? C’est quelque chose qui vous attirait ?
Vous savez, quand le matériau de départ est bon, il vit avec vous. Dans le cas de King of California, il y avait tellement de thèmes : notamment la relation « père-fille » qui est unique, la question du passé, le côté très Don Quichotte de mon personnage, et au loin, le problème de l’urbanisation du sud de la Californie, etc. Beaucoup de pistes et en même temps, beaucoup d’humour. Ce n’était donc pas « trop parfait » ou moralisateur. J’aimais également le ton et le côté imprévu de cette aventure. On était tous un peu nerveux d’être sur une première réalisation (et premier scénario), avec un délai de tournage très court, mais Mike s’est révélé être une bonne surprise. Sans compter que la (courte) durée du tournage nous permettait/encourageait à jouer de façon plus instinctive. Vous savez, j’ai fait tellement de films pour lesquels vous tournez, puis vous allez vous regarder au moniteur… Là, on n’avait pas le temps.
Justement, en tant qu’acteur confirme (récompensé d’un Oscar pour Wall Street d’Oliver Stone), qu’est-ce qui vous a pousse a accepter de jouer dans un premier film ?
Que ce soit lorsque je joue ou lorsque je produis, je veux juste faire le meilleur film. Je me préoccupe moins de ma performance que de l’ensemble du film qui reste ma priorité. Dans le cas présent, Evan Rachel Wood est une actrice incroyable - l’une des plus talentueuses jeunes comédiennes que je connaisse, le script est béton et Mike Cahill a fait un boulot fantastique. Alexander Payne fut également un véritable réconfort en tant que producteur. L’expérience fut vraiment très bonne.
Il semblerait que vous ayez joui d’une très grande liberté sur le tournage. Comment vous êtes vous préparé à un tel personnage ?
Il y a quelques années, j’ai produit Vol Au Dessus D'Un Nid De Coucou [En français] dans un hôpital psychiatrique. Et puis j’ai parlé à des thérapeutes, j’ai lu sur le sujet. La folie est un état d’excitation cyclique. Je devais donc trouver une forme de rythme pour ne pas fatiguer le spectateur, ainsi qu’un équilibre pour être « assez » fou, tout en restant suffisamment lucide pour rendre la relation entre Charlie et sa fille crédible. Pour la préparation, je suis toujours le même schéma : avant le début du tournage, je m’assois autour d’une table avec le réalisateur et nous parlons du film, nous relisons le scénario, c’est une sorte de petite répétition particulière autour d’une partition. Au final, lorsqu’on commence à tourner – dans le désordre – on a une certaine idée de l’intensité à trouver.
Je fais ça parce que j’ai très souvent tourné dans des films où j’étais dans chaque plan, des films qui reposaient complètement sur mes épaules - sauf pour Wall Street où je tenais un rôle génial, mais dans lequel toute la pression était sur Charlie Sheen qui était dans chaque scène. Je tiens donc à cette préparation, d’autant que je savais que le tournage de King of California serait très court (31 jours). Et pour finir, et bien, j’a suivi mon instinct. Je retrouvais ici les expériences du début de ma carrière avec des plateaux très courts, peu de moyens, … On se disait « c’est parti » et on y allait sans filet. Maintenant, j’ai une femme et des enfants, alors si c’est un désastre, je survivrai [Rires].
Ce film est-il le début d’une nouvelle carrière ?
Depuis mon mariage, je n’ai plus beaucoup tourné. Mes priorités ont changé. Avant, ma carrière était la chose la plus importante à mes yeux, devant ma famille. Du coup - je ne le réalise que maintenant - cet état d’esprit vous rend carrément plus relax. Vous vous en foutez ! Ce n’est pas que je me moque de ma carrière, mais il m’est devenu plus difficile de quitter la maison, je préfère rester jouer avec mes enfants. Donc, oui, en ce sens, c’est un changement. En même temps, j’ai toujours aimé cette « peur » de plonger dans différents genres de films. Celui-ci me rappelle Wonder Boys…
Après une trilogie du sexe (Liaison Fatale, Basic Instinct et Harcelement) et une sur le business, serait-ce le début d’une nouvelle trilogie ?
Je ne pense pas. Vous savez, la seule raison pour laquelle nous avons fait la « SEX TRILOGY », c’est parce que ces films étaient des succès et qu’ils faisaient parler d’eux. Mais le sexe est difficile à montrer au cinéma. Je n’ai jamais été un très bon juge de ma propre carrière, j’essaie juste de me concentrer sur les bons projets, les scénarii qui me plaisent.
Celui-ci m’a plu, le rôle m’a plu.
Le film aborde la complexité des rapports parent-enfant - Miranda souffre notamment de l’écrasante personnalité de son père. Au regard de votre famille, était-ce un élément important dans la façon dont avez abordé le rôle de Charlie ?
Un homme possédé par son propre univers, ses démons intérieurs, sa carrière… ce sont des choses que je pourrais relier à ma vie. Et le fait d’être fou vous « autorise » une forme de liberté que j’ai appréciée. Mais ce qui m’a le plus surpris, c’est que j’ai enfin pu réellement comprendre la relation très spéciale existant entre un père et sa fille : comment un père – en tant que premier homme – peut avoir une influence aussi grande dans la vie d’une femme, dans ses choix.
Ce qui est drôle dans le film c’est la façon dont Charlie met sa fille dans les pires situations. Comme elle le dit, toutes ses folles idées, ses projets bizarres ont toujours échoué. Du coup, l’important était de convaincre ma fille – de même que le spectateur – de me suivre dans cette aventure « s’il te plaît, crois-moi, il faut que tu me croies ». Et si vous y parvenez, ne serait-ce qu’un peu, vous trouvez quelque chose à creuser et vous découvrez que, malgré toutes les fois où elle a été déçue, malgré tous les ennuis qu’elle a pu avoir, elle décide tout de même de le suivre une dernière fois.
Compareriez-vous ce film à Chute Libre (dans lequel un homme apparemment sain d’esprit bascule subitement dans la folie) ?
Oui. Chute Libre, Wonder Boys et celui-ci… La voilà votre trilogie [Sourire]. J’aime les personnages un peu « dangereux », bizarres. Ceux dont vous n’êtes pas trop sûrs si vous pouvez les prendre dans vos bras en toute sécurité.
Pensez-vous, comme Charlie, qu’une vie sans rêves ne vaut d’être vécue, même si cela détruit les gens qui vous entourent ?
C’est « vrai », mais comme Miranda le lui fait remarquer, il n’a pas de boulot ! On ne peut pas vivre (et assumer) ses rêves seul. C’est l’un des aspects de la folie qui vous rend insupportable pour les autres, mais qui pourtant vous rend heureux.
Vous allez être honoré à Deauville et certains de vos films vont être projeté pour l’occasion. Quel serait votre « préféré » ou, en tout cas, le plus emblématique ?
[Rires] Aïe, aucun de mes films ne pourrait être vu par mes enfants. Je les ai emmenés au Museum d’Histoire Naturelle de New York, voir un film Imax sur des dinosaures et auquel j’ai prêté ma voix (mon fils adore les dinosaures), mais mes enfants ne savent pas exactement ce que leur père fait pour vivre, ils n’ont vu aucun de mes films. Je ne sais pas… je suis fier de mon CV, quand je regarde la liste des films que j’ai tournés, je trouve qu’il y en a beaucoup de bons. Globalement, je n’ai pas à grimacer, même s’il y a bien quelques bides qui traînent. Mais bon, après tout, on apprend autant de ses échecs que de ses succès. Il y en a que j’aime particulièrement à cause de leur ton : King of California, La Guerre Des Rose [En français], Chute Libre, etc. J’aime ce « rire nerveux » qu’ils provoquent, du genre « Ah, ah, ah, je crois que c’est drôle » [Rires].