Le Coeur des Hommes 3
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Interview

Entretien avec Marc Esposito

Aviez-vous dès le tournage du Cœur Des Hommes 2 l’idée du Cœur des hommes 3 ? Si non, à quel moment le déclic a-t-il eu lieu ?

J'ai toujours espéré pouvoir faire plusieurs films avec Le Coeur Des Hommes, depuis le premier. Donc je savais que si Le cœur des hommes 2 marchait, j’aurais envie d’en faire un troisième, c'était une évidence. Mais je n’ai jamais un épisode d’avance. A la fin de chaque Coeur des hommes, je ressens le besoin de laisser du temps, de travailler sur d’autres projets, avant de pouvoir me remettre à l’écriture du Cœur suivant… En avril 2009, quand Mon Pote a été reporté, j'ai écrit le début du Coeur des hommes 3 - vingt pages - et je l'ai envoyé à (producteur des Cœur). J'ai relu ces vingt pages récemment, plusieurs scènes sont toujours dans le film fini, quatre ans plus tard.

Dans ces vingt pages, le personnage de Jeff, joué par Gérard Darmon, avait déjà disparu ?

Pas du tout. Nous étions en froid, Gérard et moi, depuis l’été 2008. Mais ce n'était pas la première fois que cela nous arrivait en vingt-cinq ans d'amitié, et je me disais justement que la seule façon possible de nous réconcilier était de faire Le Cœur 3. Donc, le personnage de Jeff était bel et bien là. Il apprenait aux trois autres, dès la première scène du film, qu'Elsa l'avait quitté... Après Mon Pote, l'été 2011, quand j'ai vu que je n'arriverais pas à monter le film que j'espérais (Ma Copine), et comme je ne voulais pas qu'il s'écoule trop de temps entre chaque épisode, je me suis remis au travail sur le script du Coeur 3. Quand j'ai eu fini une version que je jugeais présentable (la n°5), je l'ai faite porter aux quatre acteurs par coursier, en même temps. Bernard, Jean-Pierre et Marc ont lu très vite, ils étaient emballés, mais Gérard ne m'a jamais appelé. Il m'a même d'abord fait dire par son agent qu'il ne lirait pas le scénario, et puis finalement, il l’a lu, il a vu , qui m'a rapporté qu'il était toujours remonté contre moi, mais que si je l'appelais, peut-être... Je ne l'ai pas appelé. Puisqu'il n'avait pas envie, moi non plus. Il fallait tourner la page pour de bon. J'ai dit à , à Bernard, Jean-Pierre et Marc qu'il n'y avait plus que deux solutions : soit on faisait le film sans Gérard Darmon, soit on ne le faisait pas. Evidemment, mes trois camarades étaient consternés, et à ce moment-là, je crois bien que j'étais le seul à croire que Le Coeur des hommes 3 se ferait. Comme tout le monde était contre le fait de faire jouer le rôle de Jeff par un autre acteur, je leur ai dit : "Je vais écrire une autre version avec un nouveau personnage. Si ça ne vous plaît pas, on laisse tomber". Et je me suis remis au travail. J’ai gardé une partie des situations que j’avais imaginées pour les autres personnages, et dont certaines sont un peu plus dramatiques, un peu plus émouvantes que dans les deux premiers épisodes, ça me semblait une évolution normale, mais j'ai découvert que l'arrivée d'un nouveau personnage me permettait de traiter un thème que je n'avais pas abordé auparavant : on peut se faire des amis à tout âge. C'est mon cas : les quatre acteurs de ce Coeur 3 font aujourd'hui partie de mon cercle proche, alors que je n'en connaissais aucun d'entre eux quand j'avais 45 ans. Le travail sur cette nouvelle version sans Jeff et avec Jean m'a incroyablement excité, passionné. Fin 2011, j'ai fait lire cette nouvelle version avec Jean à mes trois camarades, et, ouf, ils l'ont aimée autant que la précédente avec Jeff, peut-être plus, pour certains. Il aurait suffi que l'un des trois n'aime pas, et tout tombait à l'eau. Dans mon esprit, on pouvait faire une suite cohérente avec un nouveau, pas avec deux.

Comment avez-vous pensé à ?

Dans Ma Copine, que j’avais envisagé de tourner juste après Mon Pote, il y avait un second rôle masculin important, que j'avais proposé à Eric, et qu'il avait accepté. Du coup, nous nous étions rencontrés, dans un café, et il m'avait dit tout de suite qu’il aimait beaucoup les Cœur des hommes. Pendant deux heures, on s'était raconté nos vies, une vraie conversation, presque intime, comme si nous nous connaissions depuis longtemps... Ma Copine ne s’est pas fait, mais j’ai pensé à lui tout naturellement pour ce personnage qui se découvre trois nouveaux amis. J'étais sûr qu'il s'entendrait bien avec les trois autres. Et puis, alors que j'étais en train de peaufiner le scénario avant de l'appeler, je l’ai croisé dans la rue, dans un quartier qui n’était ni le sien ni le mien. J’y ai vu comme un signe qu'il allait dire oui ! Et il l’a dit moins de vingt-quatre heures après avoir reçu le scénario ! Bernard, Jean-Pierre et Marc ont été très heureux, très flattés qu'il ait envie de cette aventure avec nous.

Ils le connaissaient ?

Marc le connaissait parce qu’ils avaient participé ensemble à un petit festival. Eric faisait une lecture et Marc chantait. Ils avaient beaucoup aimé leur prestation respective, s’étaient beaucoup appréciés et ne s’étaient pas quittés de la nuit. Ils étaient donc contents de se retrouver. Ni Bernard ni Jean-Pierre ne le connaissaient mais étaient fans de lui comme acteur. Tous étaient curieux et excités de le rencontrer et de jouer avec lui. Il a une aura de grosse pointure !

En fait, vous avez vécu l’histoire même que raconte le film, en tout cas la même situation : un nouvel élément qui entre dans la bande…

Exactement. Mais ce n’était absolument pas prémédité, je ne m'en suis rendu compte qu’après l’écriture, lorsque nous nous sommes retrouvés tous les cinq le temps d’un week-end à Cabourg pour faire des lectures. On a lu tout le film deux fois, on a pris tous nos repas ensemble, on a beaucoup parlé, beaucoup bu, beaucoup rigolé… Immédiatement, le courant est passé entre eux. Comme dans le film. C’est d’ailleurs la clé de l’amitié, surtout à cet âge-là : soit cela se passe très vite, soit cela n’arrive pas. Je pourrais même dire que c’est arrivé dans la vie dix fois plus vite que dans le scénario. Dès la fin du premier déjeuner entre Bernard, Eric et moi, puisque Marc et Jean-Pierre n’ont pu arriver qu’au café, c’était scellé ! Très vite, nous étions dans quelque chose d’intime et de fort, dans de vraies confidences… Eric est sans doute le plus introverti des quatre, le plus sombre aussi, mais c’est un gentil, et au contact de ces trois mecs-là qui sont aussi des gentils, qui ne se placent jamais sur le terrain de la compétition, qui sont très humbles, il est devenu très enfantin, très lumineux, très simple. Ils se sont aimés, tout simplement. Il y a eu immédiatement entre eux des connexions naturelles, qui ne passaient d’ailleurs pas par moi. Auparavant, c’était le plus souvent moi qui initiais les rencontres avec les quatre, là, c’est la première fois où il m’est arrivé, après le tournage, d’être invité par eux à des dîners, à des soirées dont je n’étais pas l’organisateur et qui auraient eu lieu même si je n’avais pas été là.

A la sortie des épisodes précédents, les quatre acteurs disaient qu’ils vous retrouvaient dans chacun de leur personnage et dans la somme des quatre. C’est toujours vrai aujourd’hui avec ce nouveau personnage ?

J'ai – ou plutôt : j'ai eu – beaucoup de points communs avec le personnage de Jean [], mais finalement pas plus qu’avec les autres. C’est donc toujours vrai : je suis toujours dans ces quatre personnages, j'ai toujours agi comme eux quand j'ai été à leur place – ou… j'agirais comme eux si j'étais à leur place !

Cette arrivée d’un nouvel “équipier” a-t-elle changé la manière dont vous travailliez jusque-là avec les acteurs ?

Sur le 1, je passais beaucoup de temps avec les acteurs entre les scènes. Sur le 2, je l’ai fait beaucoup moins et sur le 3, plus du tout. Ils sont tellement bien entre eux qu’ils ont moins besoin de moi. Comme avec Eric, tout a été tout de suite très harmonieux, je les ai laissés vivre leur vie. D’autant que comme je tourne quasiment tout le temps à trois caméras, cela me demande beaucoup de travail, et de concentration. Je suis très accaparé sur le tournage par la mise au point de cette méthode de travail que j’ai beaucoup peaufinée depuis Le Cœur Des Hommes 2.

C’est-à-dire ?

Avant, je déterminais les places des caméras, et on tournait, mais je me suis rendu compte au montage qu’il y avait beaucoup de moments filmés qui ne servaient à rien. Du coup, pour être plus efficace, j’ai établi des plans de travail pour chaque caméra, pour qu'elles fassent des plans différents à l'intérieur de la même prise, et qu'elles ne fassent pas la même chose d'une prise à l'autre. En général, les metteurs en scène utilisent plusieurs caméras pour tourner un plus grand nombre de plans. Moi, c’est pour faire en même temps les quelques plans que je veux, et seulement ceux-là. A chaque scène, je veux trouver une solution pour la tourner en entier, en plan-séquence, sans avoir à changer de dispositif en cours de route. Parfois, bien sûr, ce n’est pas possible, mais c’est rare - finalement, ce n'est arrivé que trois ou quatre fois sur ce Cœur. Les acteurs adorent ça, jouer ensemble ce n'est pas pareil que de jouer l’un après l’autre. C’est vrai dans les scènes à quatre, mais aussi dans les scènes à deux où l’on peut profiter pleinement des inventions de l’un ou de l’autre et des réactions qu’elles suscitent…

Cela doit compliquer aussi un peu la tâche de Pascal Caubère, votre complice directeur de la photo…

Oui et … en même temps, cela la simplifie aussi, puisqu’il y a tellement de contraintes qu’il n’a pas beaucoup le choix ! Mais il est devenu très fort avec cette manière de tourner. Il arrive à faire de belles lumières, et de plus en plus sophistiquées, malgré toutes les contraintes, tout en privilégiant ce côté réaliste, qui est primordial. Nous avons beaucoup travaillé ensemble en amont du tournage, en comparant par exemple les deux premiers épisodes, et en cherchant ce qui nous plaisait le plus dans l’un ou l’autre. Par exemple, dans les scènes 1 à 4 du Cœur 1, j’avais surtout monté des gros plans alors que dans le 2 j'avais privilégié les cadres à deux, et quand on regardait les mêmes scènes des deux films, parfois dans les mêmes décors, c'était évident que c'était mieux avec des gros plans, et du coup, j'ai organisé mes plans de travail en privilégiant les gros plans plutôt que les cadres à deux. Ces séances comparatives m'ont permis aussi de voir que le 2, à cause des décors, des costumes, de la météo, était moins colorié, moins lumineux que le 1, et je voulais retrouver ces couleurs éclatantes, cette lumière d'été. Au bout de cinq films, j'essaye de travailler le plus possible en amont, pour perdre le moins de temps possible, et être le plus détendu possible sur le plateau, et pouvoir être totalement attentif au travail des acteurs entre "Moteur" et "Coupez". J'adore ce moment. Sauf dans les scènes d'émotion où j'essaye de faire le moins de prises possible, dans les scènes de comédie je fais souvent pas mal de prises, dix ou douze, de la scène en entier je le rappelle, pas parce qu'il me faut dix ou douze prises pour être satisfait, mais parce que j'aime laisser les acteurs s'améliorer, faire des variantes. J'aime les voir jouer. Et comme je monte finalement beaucoup de dernières prises, et très peu de premières, je ne suis pas près de passer au système "one shot" façon Eastwood ! Mais avec les acteurs, l’essentiel du travail a été fait avant le tournage. Lors des lectures à quatre, mais aussi des lectures individuelles.


Avec tous les acteurs ?

Avec tous ceux qui veulent. En général, Marc, par exemple, n’aime pas ça et préfère qu’on déjeune et qu’on parle du scénario à bâtons rompus. Mais là, on a fait une lecture de son rôle en entier à un moment donné, tous les deux. Avec Bernard aussi, j'ai fait deux séances de lecture de tout son rôle, comme sur les deux premiers films, et ça a été, comme les autres fois, très positif – on discute de tout. Là, en plus de nos séances individuelles, on a aussi fait une lecture avec , avec laquelle j'avais, au préalable, fait une lecture individuelle de son rôle. Jean-Pierre était trop occupé, nous n'avons pas trouvé le temps de travailler en duo, et sûrement qu'il n'en ressentait pas le besoin. Pas de lecture individuelle avec Eric non plus. Il aime l’idée de se plier entièrement à ce qui est écrit dans le scénario. J'ai fait des lectures individuelles avec presque toutes les actrices du film, c'est à la fois un travail nécessaire, et un grand plaisir. Tout au long de la préparation, avant le tournage, j’ai beaucoup déjeuné, dîné, bu des verres avec les acteurs, les actrices, même celles qui ont un petit rôle. Et puis, après toutes ces lectures en tête à tête, en trio, en quintet, il y a eu la lecture générale avec les vingt cinq acteurs du film, la veille du tournage ! C’était un très beau moment. Après un tel travail en amont, sur le plateau, théoriquement, il ne doit plus y avoir de problème : on a discuté de leur rôle en profondeur, ils savent que je les aime, ils sont en confiance, et c'est capital. Je prends de plus en plus de plaisir à tout ce travail. Il faut dire que je n’ai réalisé que six films, c’est peu.

C’est une aventure rare, dans le cinéma français, de retrouver, sur trois films, les mêmes personnages, les mêmes décors...

C’est vrai, il n’y a pas beaucoup d’exemples comparables dans notre cinéma... Yves Robert avec Un Éléphant, Ça Trompe Énormément et Nous Irons Tous Au Paradis, mais il s’est arrêté à deux ... Cédric Klapisch avec L'Auberge Espagnole, Les Poupées Russes et Casse-tête Chinois, mais il n’y a pratiquement que les trois héros qui soient récurrents, et à chaque fois, le contexte est différent et le titre aussi... Il y a "La vérité si je mens", qui est dans un registre encore plus "comédie" que nous, et qui traite une histoire principale différente à chaque fois... En fait, Le Cœur Des Hommes est plus proche de séries comme Friends ou Desperate Housewives, j'adore les deux, que de ces films-là. Nous sommes en effet exactement dans un schéma de série avec des décors récurrents, des problématiques récurrentes, des personnages récurrents – il doit y avoir une quinzaine d'acteurs communs aux trois films, jusqu’aux enfants qui grandissent et qu’on retrouve de film en film… Mais en tant qu'auteur, l'exercice est très différent d'une série télé. Eux racontent leur histoire au rythme de 50 minutes par semaine, moi c'est deux heures tous les quatre ou six ans !

Les deux premiers films sont devenus un vrai phénomène. Il y a des blogs, des groupes de fan… Comment expliquez-vous cela et qu’est-ce qui vous touche le plus dans ce que vous disent les spectateurs ?

Tout me touche. Cette relation affectueuse avec une partie du public compte beaucoup pour moi, comme elle comptait quand j'étais journaliste. Entendre des gens vous dire qu'ils ont vu vingt fois votre film parce qu'il leur donne la pêche, et leur fait penser que la vie est belle, c'est magnifique, j'ai beaucoup de chance.

Le fait que les spectateurs soient autant attachés aux personnages vous impose-t-il des contraintes dans l’écriture ? On peut penser par exemple sans trop dévoiler le scénario que le public aurait été content de retrouver Antoine [] avec Jeanne [Valérie Kaprisky] dont l’histoire d’amour était si belle dans le 2…

Peut-être mais… le bonheur simple, c’est très vite ennuyeux au cinéma. Pour la suite, je ne voyais pas comment faire évoluer l’histoire d’Antoine et de Jeanne, j’ai préféré partir sur un autre cas de figure. J'avais envie de ce nouveau personnage féminin : une femme qui n’a jamais trompé son mari, et découvre l’amour par une relation sexuelle forte. Je ne fais aucun plan avant de commencer, je me laisse porter par mon inspiration, par mon imagination, par ce qui m’est arrivé, par ce qui est arrivé à des gens qui me sont proches, par des gens que je rencontre et qui me donnent une clé pour un personnage... C’est une sorte de flot qui coule naturellement et que je ne maîtrise pas vraiment. Je me laisse porter par l’écriture, par les personnages. Et après, je retravaille, je peaufine, je fais beaucoup de versions.

Concrètement, comment cela se passe-t-il ? Entre deux Cœur des hommes vous prenez des notes et vous puisez dedans au moment de l’écriture ?

Non, jamais. J’ai des idées dans un coin de ma tête et je démarre à la scène 1 puis j’enchaîne avec la scène 2, et ainsi de suite jusqu’à la fin de cette première version. Je n’écris jamais une scène en me disant : « Je verrai bien où je la mettrai ». Une fois ce premier jet terminé, je fais le tri et j’élimine beaucoup : je me rends vite compte de ce qui est utile, de ce qui est fort ou pas. Je tiens compte aussi des réactions de mes premiers lecteurs et je me remets au travail. Cela peut durer un an quasiment à temps plein. Pour le 3, nous avons tourné la version 10. Et quand je passe d’un numéro à un autre, cela veut dire qu’il y a eu des changements conséquents : des scènes ont été modifiées ou ont changé de place, d’autres ont disparu, des nouvelles sont apparues… Mais j’adore ça. Dans l'écriture de chaque rôle, il est également évident que les relations personnelles comptent aussi. Par exemple, si ce n’avait pas été Zoé [Félix], le personnage d’Elsa n’aurait peut-être pas été dans le film puisqu’il n’y a plus Jeff. Mais c’était bien qu’elle soit avec nous, qu’elle fasse partie, même un peu, de cette nouvelle aventure. J'aurais bien aimé embarquer aussi dans ce 3 Ludmila Mikael et Fabienne Babe, mais je n'ai pas réussi à leur faire une place digne d'elles dans cet épisode. C'est compliqué, on ne peut pas empiler les personnages, garder tous les anciens et en rajouter des nouveaux, à l'infini, je ne veux pas qu'un Cœur dure trois heures !

Les personnages de Juliette et de Nanou, jouées respectivement par et qui ont, chacune, des scènes très fortes, sont eux toujours là, et bien là !

Je sais dès le départ qu’elles auront forcément moins de scènes que les garçons, du coup je dois leur écrire des vraies scènes, excitantes à jouer. Elles ne peuvent pas être là juste pour attendre leur homme à la maison… D’autant que ce sont de fortes personnalités, l’une et l’autre. Je sais aussi que le public les aime bien toutes les deux. Et… moi aussi ! Elles sont devenues des amies. J'ai envie de leur faire plaisir, qu'elles soient contentes de la partition que je leur écris, j’essaie de les surprendre... Mais je ne leur fais lire le scénario qu’une fois que les quatre hommes ont dit oui, ensuite on discute, je rajoute, j’enlève, je peaufine…

Il y a beaucoup de personnages féminins nouveaux, dans cet épisode…

C'est surtout à cause du personnage de Jean, qui a plusieurs femmes dans sa vie...

Comment avez-vous trouvé les actrices pour interpréter ces personnages ?

Comme ma directrice de casting, Adèle Esposito, est aussi ma fille, j'ai pu travailler avec elle très en amont, plusieurs semaines avant le début officiel de la mise en production. La difficulté, quand on a autant de personnages féminins qui ont des rôles courts, c'est qu'elles soient toutes vraiment différentes, pour que le public ne les confonde pas. Ça m'était arrivé sur Le Coeur 1, où je m'étais rendu compte, avec stupeur, qu'une partie du public avait cru qu'Alice Taglioni et Valérie Steffen jouaient le même personnage ! Elles ne se ressemblent pas du tout, elles ont quinze ans d'écart, mais elles sont blondes toutes les deux, et on les voyait dans le même décor, avec le même partenaire (Alex-Marc). Depuis, je suis très vigilant là-dessus !

Vous êtes toujours aussi rétif aux essais ?

Toujours. Je ne fais passer des essais qu'à ceux, à celles dont je n'ai rien pu voir d'un peu consistant. Aux enfants, par exemple. Et dans cet épisode, il y avait deux nouveaux enfants à trouver, avec des rôles importants. Là, forcément on a fait beaucoup d'essais, d'abord Adèle seule, puis avec moi, puis avec leurs pères de cinéma. Pour les nouvelles actrices, c'est arrivé sur quelques rôles, mais pour toutes celles que j'avais déjà vues au cinéma ou au théâtre, nous n'avons pas fait d'essais. Je pars du principe que si une actrice a été bien une fois, n'importe où, il n'y a aucune raison pour qu'elle soit mauvaise avec moi. Les essais sont faits pour rassurer les réalisateurs qui ont peur de se tromper sur un choix. Moi je pense que c'est plutôt à moi de rassurer les actrices que je choisis. En les engageant sans essais, même quand elles ont fait très peu de choses, je leur envoie un signal de confiance qui les booste, j'en suis convaincu. Et j'essaie de passer du temps avec elles avant le tournage (lectures, déjeuners...), pour qu'elles soient à l'aise avec moi, qu'elles ne soient pas trop intimidées quand elles arrivent sur le plateau... J’ai beaucoup aimé que ce soit un film avec plus de filles que les précédents. C’est en cela aussi qu’il est différent. Et cela a beaucoup embelli ma vie pendant le tournage, je suis devenu très copain avec plusieurs d'entre elles.

Vous avez fait appel aussi à un nouveau compositeur pour la B.O….

Je voulais réutiliser les thèmes des deux premiers Cœurs composés par Béatrice Thiriet, mais je savais qu’ils ne suffiraient pas et je voulais une nouvelle musique qui soit de la même famille, tout en étant différente. Grâce à Albane Duterc, j’ai découvert et rencontré Philippe Montparnasse, qui donnait un concert. J’ai beaucoup aimé ce qu’il faisait, on est devenus copains, il était fan des Cœurs, alors je lui ai proposé de m’envoyer des maquettes de thèmes, je les ai essayés sur les images et… c’était pile ce que je voulais !

Il y a aussi comme toujours beaucoup de chansons…

J'adore ça. Dans mes films et dans ceux des autres. En plus, j’ai le sentiment que… cela fait partie de la bible du Cœur des hommes ! Tous les gens qui aiment mes films me disent qu’ils aiment aussi la B.O.... J’écoute sans arrêt de la musique. Sur mon scooter, en travaillant, en rêvant… Je télécharge, j'achète beaucoup d'albums, et j'ai plusieurs copains ou copines qui, sachant que je recherche toujours des chansons pour mes films, et surtout des voix de filles, m'en envoient, m'en recommandent... J'ai toujours un dossier "B.O." sur mon film en cours, et pendant les mois, voire les années qui précèdent la mise en production d'un projet, dès que j'entends une chanson qui me plait, hop je la mets dans mon dossier "B.O.". Pour ce Coeur 3, avant même le début de la préparation, j'ai donné une liste de cinquante chansons (il y en a vingt dans le film), pour commencer les recherches sur les droits, pour savoir lesquelles étaient dans nos prix, lesquelles pas. J’aurais bien voulu, par exemple, qu’il y ait deux ou trois chansons d’Adèle, que j’ai aimée dés son premier album, mais entre temps, elle est devenue top star et… beaucoup trop chère !

Sur Le Cœur 2, vous étiez producteur exécutif. Sur le 3, vous voici producteur délégué…

Parce que, avec le parcours et l’âge – 61 ans – que j’ai, je ne me vis pas comme un pur esprit qui ne s’intéresse pas à l’argent, qui ne veut pas savoir combien les gens sont payés ni comment l’argent est dépensé sur ses films. Dans la presse aussi, j’étais devenu PDG. Je me vois plus comme un entrepreneur que comme un artiste. Avec tous les débats qui agitent aujourd’hui le cinéma français, on se rend compte à quel point l’économie d’un film est un sujet capital. Je trouve normal de m’en préoccuper. D’ailleurs, je m’en suis toujours mêlé, même sans être producteur. J’ai toujours refusé, par exemple, de faire des films où les gens n’étaient pas payés au moins au tarif syndical. Je trouve incroyable qu'il y ait tant de metteurs en scène en France qui acceptent de faire des films où les gens sont payés en dessous de ce tarif pourtant minimum. Il faut avoir une idée très très haute de son propre talent ! Moi, je n'oserais pas dire à une équipe que l'existence de mon film ou le plaisir de tourner avec moi méritent bien quelques efforts ou sacrifices. J'ai abandonné le projet Ma Copine quand j'ai compris qu'après l'échec de Mon Pote, je n'aurais jamais le budget (pourtant pas bien gros) dont j'avais besoin pour faire ce film en payant les gens normalement. Je suis très content que le gouvernement ait persisté dans son soutien aux techniciens, ça ne va pas "tuer" le cinéma français, comme beaucoup l'ont dit. Cela va juste obliger certains réalisateurs, certaines productions à changer leurs habitudes, ce qui ne fait jamais de mal !

Le premier épisode a attiré 1,5 million de spectateurs, le deuxième 1,8 million … Comment vous protégez-vous de la pression à la veille de la sortie du troisième ?

Je ne me protège pas ! Je crois toujours très fort au succès des choses que j'entreprends ! La veille de la sortie du premier numéro de Studio, j'ai fait la fête jusqu'à six heures du matin, j'étais joyeux et serein, j'étais sûr que ça marcherait. Du coup, l'échec de Mon Pote m'a vraiment surpris. Mais pas assommé, je m'en suis vite remis. J'ai connu des trucs plus douloureux que l'échec d'un film ! Là, ce Coeur 3 est fini, les quasi trois années que j'ai passées à le faire m'ont rendu très heureux, je l'aime beaucoup, maintenant il n'y a rien d'autre à faire que laisser la vie suivre son cours jusqu'à la date fatidique de la sortie, ça me va, je vais partir à Bali, je travaille depuis plusieurs mois sur d'autres projets, un autre scénario, je ne m'angoisse pas, j'ai confiance.

Quel va être le déclic pour que vous commenciez à écrire le quatrième ?

Déjà il faut que ce 3 marche. C'est sûr qu'on a tous très envie de se retrouver. J'aimerais beaucoup aller jusqu'à 5. Au moins !

Entretien avec Bernard Campan

A quel moment vous a-t-il parlé du Cœur des hommes 3 ? Et quelle a été votre réaction ?

Très vite. Dès qu’on a vu que le Coeur 2 marchait, on a su qu’on allait faire le 3. Après, c’était entre les mains de Marc, il voulait faire d’autres films entre les deux, il fallait qu’il l’écrive… Mais c’est difficile de parler du 3 sans évoquer l’épisode Gérard [Darmon]. Dans le premier scénario que j’ai lu - et aimé - Jeff était là. Et puis, quand j’ai appris que Gérard ne faisait pas le film, j’ai pensé qu’on ne le ferait pas non plus. En tout cas, ça me paraissait impossible de garder le scénario que j’avais lu et de remplacer Gérard par un autre acteur. Marc a alors eu l’idée de réécrire un scénario sans Jeff – et où l’on raconte, sans trop donner de détails, qu’il s’est fâché avec les autres. Comme Marc l’a dit à Jean-Pierre qui, lui aussi, voulait essayer de le réconcilier avec Gérard : "Non, il n’y a pas moyen. Et si on se fâche dans la vie, eh bien on peut se fâcher dans un film !" Et il a écrit cette histoire de l’arrivée d’un nouveau dans la bande. Je dois avouer que j’étais sceptique bien sûr. Je me disais "Ce n’est pas possible, on ne va pas pouvoir faire le film, ça ne va pas fonctionner …" Et puis, progressivement, je me suis laissé embarquer par la confiance et l’enthousiasme de Marc… Pour en arriver, pendant le tournage, à sentir qu’il se passait là, sur le plateau, et dans le film aussi, quelque chose de neuf, de fort.

Entretien avec Jean-Pierre Darroussin

J’imagine que vous n’avez pas été surpris lorsque vous a parlé d’un Cœur des hommes 3

Non, pas vraiment, même si nous avons davantage parlé du 4 sur le tournage du 3 que du 3 sur le 2 ! Je pense qu'après le succès du 2, l’idée d’une série est vraiment devenue évidente pour Marc… Je crois qu’il a pris conscience que l’aventure des Cœur devenait pour lui une œuvre essentielle, que… c’était son destin ! Quand il m’a dit que Gérard ne serait pas du 3, j’ai été bien sûr étonné et contrarié, car j’ai toujours tendance à penser que les gens vont finir par s’entendre, surtout autour d’un projet comme Le Cœur des hommes. Cela n’a pas été le cas, malgré mes propositions d'intervenir pour permettre une réconciliation. Mais finalement, j’ai compris que Marc réagissait en auteur, sans tenir compte du « produit» qui existait, sans préoccupation commerciale, et que son plaisir était essentiel. Il ne pouvait pas seulement réagir de manière professionnelle à cette situation, il devait avoir aussi du désir et de l’envie. De réattaquer avec un nouveau personnage, avec un nouvel acteur, cela lui permettait de se renouveler comme auteur, comme metteur en scène.

Entretien avec Eric Elmosnino

Quelle a été votre réaction lorsque vous a contacté pour faire partie de l’aventure du Cœur des hommes 3 ?

Nous nous étions rencontrés une première fois lorsqu’il préparait Ma Copine et nous nous étions très bien entendus. Nous nous sommes même quittés en ayant l’impression de nous connaître depuis dix ans. Le film ne s’est pas fait et un jour, des mois plus tard, j’allais voir Danièle Thompson et je tombe sur Marc dans la rue qui me dit qu’il allait justement m’appeler pour me parler d’un projet, sans me dire de quoi il s’agit. Quelques jours après, il m'a appelé, on a déjeuné... Quand il m'a dit qu’il s’agissait du Cœur des hommes 3, qu’il n’y avait plus Gérard Darmon, qu’il avait donc imaginé un nouveau personnage, et qu’il voulait que je sois ce personnage-là, je me suis dit : «Ah la vache ! »

Entretien avec Marc Lavoine

Quelle a été votre réaction quand vous a parlé du Cœur des hommes 3 ?

J’étais immédiatement partant et forcément excité de découvrir ce qui allait advenir à Alex et aux autres personnages. Bien sûr, le fait que Gérard [Darmon] et Marc qui étaient en froid ne se soient pas réconciliés a perturbé un peu le processus. J’ai essayé de les rabibocher mais j’ai vite réalisé que Gérard n’en avait pas vraiment envie… Et c’est là que Marc a eu l’idée de ce nouveau personnage, Jean, qui rejoignait la bande. J’ai trouvé l’idée tellement bonne que je me suis dit que, même si Gérard avait fait le film, il aurait fallu faire entrer un cinquième dans la bande…
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