Le Coeur des Hommes 3
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Interview

Entretien avec Bernard Campan

A quel moment vous a-t-il parlé du Cœur des hommes 3 ? Et quelle a été votre réaction ?

Très vite. Dès qu’on a vu que le Coeur 2 marchait, on a su qu’on allait faire le 3. Après, c’était entre les mains de Marc, il voulait faire d’autres films entre les deux, il fallait qu’il l’écrive… Mais c’est difficile de parler du 3 sans évoquer l’épisode Gérard [Darmon]. Dans le premier scénario que j’ai lu - et aimé - Jeff était là. Et puis, quand j’ai appris que Gérard ne faisait pas le film, j’ai pensé qu’on ne le ferait pas non plus. En tout cas, ça me paraissait impossible de garder le scénario que j’avais lu et de remplacer Gérard par un autre acteur. Marc a alors eu l’idée de réécrire un scénario sans Jeff – et où l’on raconte, sans trop donner de détails, qu’il s’est fâché avec les autres. Comme Marc l’a dit à Jean-Pierre qui, lui aussi, voulait essayer de le réconcilier avec Gérard : "Non, il n’y a pas moyen. Et si on se fâche dans la vie, eh bien on peut se fâcher dans un film !" Et il a écrit cette histoire de l’arrivée d’un nouveau dans la bande. Je dois avouer que j’étais sceptique bien sûr. Je me disais "Ce n’est pas possible, on ne va pas pouvoir faire le film, ça ne va pas fonctionner …" Et puis, progressivement, je me suis laissé embarquer par la confiance et l’enthousiasme de Marc… Pour en arriver, pendant le tournage, à sentir qu’il se passait là, sur le plateau, et dans le film aussi, quelque chose de neuf, de fort.

En plus, c’est vous, enfin votre personnage, Antoine, qui a en quelque sorte la charge de passer le relais d’un personnage à l’autre puisque c’est vous qui introduisez Jean dans la bande…

Oui. Mais ce nouveau personnage ne remplace pas Jeff. C’est d’une autre nature. Je ne l’ai pas compris tout de suite, comme si j’avais un peu de mal à me faire à cette idée. Je trouvais que, dans le scénario, leur amitié naissait et se développait trop vite, sans obstacles... Et puis les choses se sont déroulées dans la vie comme dans le scénario : Eric est arrivé et a fait immédiatement l’unanimité. Comme Jean auprès de Manu, Alex et Antoine. C’est la vision que Marc avait de son film avant même le tournage, la suite a montré qu’il avait raison. C’est là-dessus d’ailleurs que je trouve le film très fort. Le choix d’ n’est bien sûr pas étranger à cette réussite-là. Elmos connaissait, aimait les Cœur des hommes, donc ça lui faisait un peu peur de débarquer dans cet univers et, en même temps, ça lui était presque naturel. Comme s’il était toujours dans ce parallèle entre la réalité et le film : moi, comédien, je vais essayer de m’inclure dans un groupe existant, et puis moi, Jean, je vais essayer de m’intégrer dans ce groupe d’amis… Finalement, tout s’est fait très simplement. Et en ce moment, avec Elmos, on ne se quitte plus, on se retrouve en terrasse, on boit des coups, on parle… J’adore ça. Il est très doux. J’aime beaucoup la scène où, pour me montrer qu’il a compris ce qui se passait entre Lucie [Phan] et moi, il dit : "Je ne sais pas si tu es au courant que X % de couples se rencontrent sur leur lieu de travail" et que j’essaie de faire l’étonné, et qu’il continue en me disant : "Tu vois, j’ai là un organe qui s’appelle un œil…". C’est le genre de situations qu’on pourrait vivre aujourd’hui dans la vie. Il me taquine, je le chambre, nous sommes finalement très proches de ce que nous avons ressenti dans le film. Et puis, sa présence, son parcours, son talent ont apporté sur le plateau un souffle nouveau…

Quel est selon vous son meilleur atout ?

En tant que comédien ou en tant qu’être humain ?

Les deux.

Comme comédien, dans le jeu, il est très haut, il est vraiment excellent. Cette manière de ne pas en faire beaucoup et pourtant de faire passer tant de choses, tant de subtilité dans un regard, dans une expression… On pourrait presque croire à première vue qu’il n’y a rien et il y a tout à l’intérieur, avec des tas de nuances… C’est très stimulant de jouer avec lui, ça met la barre haut. Son meilleur atout est d’être une bonne pâte humaine, d’être plein d’humanité, d'être quelqu’un qui se pose des questions… Ça a forcément changé l’alchimie du groupe et son énergie. L’image qui me vient à l’esprit quand je pense à ce qui s’est passé sur le film, c’est que lorsqu’on était avec Gérard, on était tous les quatre l’un à côté de l’autre, sur une rangée, à se tenir la main. Avec Elmos, c’est comme si on était tous les quatre à se tenir la main mais en rond. On fait la boucle. Quelque chose circule dans tous les sens… C’est dû sans doute à ce qu’il est, à ce qu’il a apporté de douceur, d’humanité, de tendresse. Je me souviens d’un jour, dans le Luberon, lorsqu’on court et qu’on est filmé depuis l’hélicoptère, qu’à la fin de la séquence, Elmos qui était pourtant toujours le dernier à vouloir courir, a dit : "Moi je rentrerais bien en footing" - notre camp de base était à 3 km. Darroussin a dit OK, moi aussi. Lavoine ne pouvait pas, il avait mal au genou, il a d’ailleurs un bandage dans la scène. Et on est partis tous les trois, à la grande surprise des assistants. Trois bornes dans les collines, avec un sprint à l’arrivée parce que chacun de nous voulait gagner ! J’ai le souvenir aussi d’une virée en voiture, Jean-Pierre conduit, Marc est à côté, et on est derrière avec Elmos qui filme avec son téléphone. On a mis une chanson des Beatles, on roule les fenêtres ouvertes, il y a un air de vacances…

C’était pour une scène ?

Non, c’était juste un moment entre nous pendant le tournage. Je me souviens aussi d’un moment dans la loge où on est tous les quatre. Marc prend la guitare ou moi, on gratte des trucs, Jean-Pierre est là qui chante, Elmos filme… Ce sont des moments précieux.

Lorsque vous avez lu le scénario, avez-vous été surpris de l’évolution d’Antoine et notamment que son histoire d’amour avec Jeanne [Valérie Kaprisky] qui avait si bien démarré dans le 2 soit terminée ?

Non, cela m’échappe complètement. Je me laisse porter par l’imagination de Marc. Ce qui m’a surpris, c’est qu’Antoine ne soit plus prof mais travaille dans un ministère. Je ne m’y attendais pas du tout ! De toute façon, on n’a jamais exactement la même vision que le réalisateur. J’ai aimé ce qui arrive à tous les personnages dans ce film, toutes ces situations qui, en fait, rendent le film encore plus touchant. Ce qui est formidable avec Marc, c’est que dès le départ, une fois le scénario terminé, nous nous voyons tous les deux, nous en discutons, je lui dis ce que j’aime, ce que je sens moins. Il sait écouter ce qui ne veut pas dire… qu’il tient compte de toutes mes remarques ! [Rires] J’aimais beaucoup l’idée de Marc qu’Antoine et Estelle découvrent l’amour par le sexe. Cela m’intéressait…

Vous ne vous dites jamais qu’après tout, ce personnage que vous jouez pour la troisième fois, vous le connaissez autant sinon mieux que lui ?

Jamais ! Il a vraiment des idées précises et puis c’est un canevas entre tous les personnages… Mais comme je vous l’ai dit, il est très ouvert, il change ce qu’il peut changer et ensuite, je m’abandonne à lui complètement. C’est normal qu’on reste dans sa vision. Tout le monde s’y retrouve d’ailleurs.

Dans le 1, vous étiez un amoureux passionné, on avait le sentiment que vous ne vous remettriez jamais de votre rupture, et puis dans le 2, vous aviez un coup de foudre, et dans le 3 vous êtes celui qui butine le plus… Comme si plus l’histoire avançait, plus le sexe et l’amour vous épanouissaient…

C’est vrai, l’évolution est notable ! Il en est revenu de son idéal, une seule femme pour la vie ! Mais il faut noter que ce n’est pas un Don Juan pour autant : à chaque fois, il tombe vraiment amoureux ! En plus dans des conditions idéales… C’était formidable de jouer avec Lucie [Phan]. Nous avons commencé à tourner quelques scènes et très vite, j’ai voulu rompre la distance que je sentais, c’est normal, nous ne nous connaissions pas, et j’ai demandé à Marc s’il voyait un inconvénient à ce que je rencontre Lucie en dehors du tournage. Nous nous sommes vus, nous avons lu nos scènes ensemble, etc. Du coup, lorsque les scènes d’amour sont arrivées, la glace était brisée, nous étions en totale complicité, en totale confiance. Nous nous sommes toujours regardés avec beaucoup de bienveillance. Il faut dire, ce n’est pas une comédienne-comédienne, elle est aussi dessinatrice, elle écrit des livres pour enfants… Aussi bien Lucie que le personnage d’Estelle sont de belles personnes. Quelqu’un de droit, avec qui tout est simple, tout est fluide.

Y avait-il une scène que vous appréhendiez ?

Qu’est-ce que j’appréhendais ? [Il réfléchit] Peut-être la scène avec Elisa [Servier] lorsqu’il lui parle des femmes avec poils ou sans poils ! Bien que je partage absolument le point de vue d’Antoine [Rires.], je suis plutôt pudique personnellement sur ces choses-là. Je ne suis pas sûr que dans la vie je pourrais avoir ce type de conversation… Mais c’était finalement assez simple de la jouer avec Elisa. Avec elle aussi, les rapports sont simples.

En quoi diriez-vous que Marc a changé entre le 2 et le 3, s’il a changé ?

Je l’ai trouvé encore plus pointu. Tout son travail avec les trois caméras est fascinant. Comment il a mis ce processus au point, en décidant que telle réplique est filmée avec tel cadre puis telle autre avec un autre cadre, tout cela pendant la même prise… C’est quelque chose qu’il maîtrise maintenant très bien. C’est d’une précision hallucinante, d’une grande rigueur. J’imagine bien le travail que cela demande en amont. Pour les acteurs, c’est un plaisir total de pouvoir jouer ensemble les scènes dans la continuité… En même temps, j’ai eu le sentiment qu’il était plus apaisé, qu’il me laissait plus de liberté dans le jeu. À la fois plus pointu et plus détendu donc. Le Cœur des hommes est vraiment une aventure particulière. Nous avons beaucoup parlé entre nous, avec Lavoine, Darroussin et Elmos - même s’il vient d’arriver, il le ressentait aussi - de ce côté unique. Retrouver le même personnage tous les quatre ou cinq ans, retrouver la même équipe, les mêmes partenaires, sentir que les personnages touchent le public, que les spectateurs s’y retrouvent… Nous, nous sommes déjà partis pour un 4 ! Ce serait bien en effet que le 3 soit aussi bien accueilli que les deux premiers pour qu’on puisse en faire un autre. On se voit bien vieillir avec Le Cœur des hommes… Ce serait non seulement une formidable histoire de cinéma mais aussi une formidable histoire de vie.

Entretien avec Marc Esposito

Aviez-vous dès le tournage du Cœur Des Hommes 2 l’idée du Cœur des hommes 3 ? Si non, à quel moment le déclic a-t-il eu lieu ?

J'ai toujours espéré pouvoir faire plusieurs films avec Le Coeur Des Hommes, depuis le premier. Donc je savais que si Le cœur des hommes 2 marchait, j’aurais envie d’en faire un troisième, c'était une évidence. Mais je n’ai jamais un épisode d’avance. A la fin de chaque Coeur des hommes, je ressens le besoin de laisser du temps, de travailler sur d’autres projets, avant de pouvoir me remettre à l’écriture du Cœur suivant… En avril 2009, quand Mon Pote a été reporté, j'ai écrit le début du Coeur des hommes 3 - vingt pages - et je l'ai envoyé à (producteur des Cœur). J'ai relu ces vingt pages récemment, plusieurs scènes sont toujours dans le film fini, quatre ans plus tard.

Entretien avec Jean-Pierre Darroussin

J’imagine que vous n’avez pas été surpris lorsque vous a parlé d’un Cœur des hommes 3

Non, pas vraiment, même si nous avons davantage parlé du 4 sur le tournage du 3 que du 3 sur le 2 ! Je pense qu'après le succès du 2, l’idée d’une série est vraiment devenue évidente pour Marc… Je crois qu’il a pris conscience que l’aventure des Cœur devenait pour lui une œuvre essentielle, que… c’était son destin ! Quand il m’a dit que Gérard ne serait pas du 3, j’ai été bien sûr étonné et contrarié, car j’ai toujours tendance à penser que les gens vont finir par s’entendre, surtout autour d’un projet comme Le Cœur des hommes. Cela n’a pas été le cas, malgré mes propositions d'intervenir pour permettre une réconciliation. Mais finalement, j’ai compris que Marc réagissait en auteur, sans tenir compte du « produit» qui existait, sans préoccupation commerciale, et que son plaisir était essentiel. Il ne pouvait pas seulement réagir de manière professionnelle à cette situation, il devait avoir aussi du désir et de l’envie. De réattaquer avec un nouveau personnage, avec un nouvel acteur, cela lui permettait de se renouveler comme auteur, comme metteur en scène.

Entretien avec Eric Elmosnino

Quelle a été votre réaction lorsque vous a contacté pour faire partie de l’aventure du Cœur des hommes 3 ?

Nous nous étions rencontrés une première fois lorsqu’il préparait Ma Copine et nous nous étions très bien entendus. Nous nous sommes même quittés en ayant l’impression de nous connaître depuis dix ans. Le film ne s’est pas fait et un jour, des mois plus tard, j’allais voir Danièle Thompson et je tombe sur Marc dans la rue qui me dit qu’il allait justement m’appeler pour me parler d’un projet, sans me dire de quoi il s’agit. Quelques jours après, il m'a appelé, on a déjeuné... Quand il m'a dit qu’il s’agissait du Cœur des hommes 3, qu’il n’y avait plus Gérard Darmon, qu’il avait donc imaginé un nouveau personnage, et qu’il voulait que je sois ce personnage-là, je me suis dit : «Ah la vache ! »

Entretien avec Marc Lavoine

Quelle a été votre réaction quand vous a parlé du Cœur des hommes 3 ?

J’étais immédiatement partant et forcément excité de découvrir ce qui allait advenir à Alex et aux autres personnages. Bien sûr, le fait que Gérard [Darmon] et Marc qui étaient en froid ne se soient pas réconciliés a perturbé un peu le processus. J’ai essayé de les rabibocher mais j’ai vite réalisé que Gérard n’en avait pas vraiment envie… Et c’est là que Marc a eu l’idée de ce nouveau personnage, Jean, qui rejoignait la bande. J’ai trouvé l’idée tellement bonne que je me suis dit que, même si Gérard avait fait le film, il aurait fallu faire entrer un cinquième dans la bande…
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