Le Coeur des Hommes 3
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Interview

Entretien avec Eric Elmosnino

Quelle a été votre réaction lorsque vous a contacté pour faire partie de l’aventure du Cœur des hommes 3 ?

Nous nous étions rencontrés une première fois lorsqu’il préparait Ma Copine et nous nous étions très bien entendus. Nous nous sommes même quittés en ayant l’impression de nous connaître depuis dix ans. Le film ne s’est pas fait et un jour, des mois plus tard, j’allais voir Danièle Thompson et je tombe sur Marc dans la rue qui me dit qu’il allait justement m’appeler pour me parler d’un projet, sans me dire de quoi il s’agit. Quelques jours après, il m'a appelé, on a déjeuné... Quand il m'a dit qu’il s’agissait du Cœur des hommes 3, qu’il n’y avait plus Gérard Darmon, qu’il avait donc imaginé un nouveau personnage, et qu’il voulait que je sois ce personnage-là, je me suis dit : «Ah la vache ! »

Pourquoi ?
Parce que… Le Cœur Des Hommes, quand même ! [Rires.] J’avais vu les deux premiers et je les avais beaucoup aimés. Pour moi, ils s’inscrivent dans la tradition d’Un Éléphant, Ça Trompe et de Nous Irons Tous Au Paradis, ces films d’Yves Robert qui m’ont fait délirer lorsque j’étais jeune… Le côté “la bande de potes avec laquelle on a envie d’être”… Les Cœur des hommes m’avaient procuré le même sentiment. Et tout d’un coup, on me proposait d’être vraiment avec eux ! Me voilà donc parti pour découvrir ce Jean…C’est la première fois que j’ai eu, à la lecture d’un script, le sentiment de retrouver des choses de moi. Marc s’était en effet servi de ce qu’il savait de moi pour écrire Jean. Des petits détails comme le fait que j’ai 47 ans, que je fume beaucoup mais d’autres choses encore… Cela me faisait drôle et c’était très touchant... Bon, "la filière classique, l’ENA et Polytechnique...", c’est moins vrai ! Dès que j’ai lu cela, je me suis d’ailleurs demandé comment j’allais le dire sans faire rire !

Aviez-vous une petite appréhension de rejoindre cette bande-là qui existait déjà ou le désir d’en faire partie était-il plus grand que cette appréhension ?

Le désir était le plus grand. C’était évident que j’avais envie d’y aller. Après, il y avait forcément une appréhension – la seule d’ailleurs. Celle de se demander comment cela allait se passer avec les trois autres. En même temps, Marc m’avait déjà un peu rassuré puisqu’il m’avait dit que lorsqu’il avait cité mon nom, ils avaient tous bien réagi. Des trois, je ne connaissais que Marc [Lavoine] avec lequel nous avions participé à un petit festival dans le Sud, lui faisait un concert privé, moi une lecture et nous ne nous étions pas quittés de la nuit. Je sais que lui était spécialement enthousiaste à l’idée que je les retrouve. Mais Marc [Esposito] m’a dit que Bernard et Jean-Pierre aussi. Alors… Et surtout, il n’y avait pas que le désir de les rejoindre, il y avait ce scénario, et ce rôle de Jean qui, dès la lecture, me plaisait beaucoup…

Comment le définiriez-vous ? Qu’est-ce qui pouvait vous sembler le plus difficile à construire ? Et qu’est-ce qui vous touche le plus chez lui ?

C’est quelqu’un de plutôt solitaire qui, tout d’un coup, découvre l’amitié… Je sentais instinctivement qu’il était assez familier, assez proche, et que, justement, ce n’était pas vraiment un personnage qu’il fallait imaginer, construire ou fabriquer. Je me disais que si j’arrivais à exister avec les autres, comme ça, simplement, dans le présent, dans l’instant, eh bien l’essentiel serait fait. Je ne voyais pas d’autre difficulté. En dehors de cette phrase que j’étais censé dire naturellement, toujours la même : « Eh bien la filière classique, l’ENA, Polytechnique…» ! [Rires.] Ce que j’aimais beaucoup, c’était bien évidemment toutes ces scènes avec les trois… Ce qui me touchait aussi, c’étaient les rapports de Jean avec sa fille, avec son ex-femme, son côté un peu perdu dans sa vie personnelle... Un aspect secret que les trois autres ne connaissent pas. D’ailleurs, pendant le tournage, j’avais un peu l’impression de faire deux films et je pense que c’était la même chose pour les autres. Il y avait les jours où l’on était tous les quatre – et là, on est au cœur du Cœur des hommes – et il y avait les jours où on ne se voyait pas, où chacun vivait ses histoires en solo. La tonalité, la couleur, l’humeur des scènes n’étaient pas les mêmes. Et ce n’était d’ailleurs pas la même ambiance sur le plateau. Tout d’un coup, on se retrouvait seul. Enfin pas tout à fait, puisque moi, je voyais défiler de très jolies filles dans mon lit, ce qui n’était pas désagréable non plus… Mais quand même, ces jours-là, j’avais davantage le sentiment d’être seul, ce qui correspondait à ma vie dans le film, je me sentais un peu abandonné.

En fait, avec les trois autres acteurs, vous viviez la même chose que votre personnage avec les trois autres personnages du Cœur

Exactement. C’est pour cela que je dis que c’était moins la construction du personnage qui comptait que le fait de rester connecté avec ce qui m’arrivait dans la vie. Bernard, Jean-Pierre et Marc m’accueillaient comme Antoine, Manu et Alex accueillent Jean. On se rencontrait, on devenait proches… Je n’avais qu’à me laisser guider par ce sentiment-là.

Vous êtes-vous senti immédiatement à l’aise avec eux qui ont l’habitude de travailler ensemble ?

Franchement, oui ! J’étais très excité à l’idée de travailler avec eux trois, d’être là, dans leur bande. En plus, Jean-Pierre et Bernard, que j’ai plus vu jouer, et Marc, dans les Cœur, ce sont des acteurs que j’adore… Ce qui pouvait être un peu troublant au début, c’est de sentir qu’eux, ils étaient non pas intimidés mais un petit peu quand même… Cela s’est très bien passé entre nous “en vrai”- sinon on se serait débrouillé pour faire semblant, cela arrive parfois sur les films, mais cela aurait été moins drôle. Je crois, en fait, que ce sont les deux jours de lectures que nous avons passés à Cabourg qui nous ont immédiatement soudés.

Dans quel état d’esprit étiez-vous arrivé à Cabourg ?

Dans mes petits souliers… Je n’avais pas très envie de faire le malin ! Je suis parti en voiture avec Marc [Esposito] et je me souviens d’arriver dans le restaurant et de voir Bernard, assis tout seul à une table au fond. J’étais un peu comme une jeune fille qui se rend à son premier rencard ! Et puis, plus tard, au café, Marc et Jean-Pierre nous ont rejoints. Tout s’est fait simplement, on a parlé, bu quelques verres, beaucoup travaillé et… c’était bien ! J’ai toujours besoin de voir avant les gens avec qui je vais tourner des scènes importantes. Histoire de se renifler, de sentir à qui on a affaire… C’est toujours plus simple ensuite au moment de jouer.

Etait-ce un sentiment particulier d’entrer comme acteur dans un univers que vous connaissiez bien comme spectateur ?

Bien sûr. Les premiers jours, on se dit qu’on passe de l’autre côté, qu’on entre dans le poste ! Plus jeune, j’aurais tout donné pour aller avec les Lanoux, Brasseur, Bedos, j’avais envie de ça. Le Cœur, c’est pareil. Je me disais : « La vache, je vais être assis à côté d’eux au bord de la piscine, les pieds dans l’eau ! » Ce sont des trucs de môme, mais ce n’est pas anodin. Ce qui a été plus troublant pour moi, même si cela n’avait rien à voir avec le boulot - encore que c’est pris en charge aussi par le scénario et que c’était naturel pour eux de glisser de la fiction à la vraie vie - c’est lorsqu’ils se sont mis à parler un peu de Gérard [Darmon]. Dans ces cas-là, je ne savais pas trop quoi dire et je me tenais en retrait. Comme mon personnage, qui n’est pas censé savoir grand chose. Ce n’est pas son histoire, ce n’était pas la mienne non plus. Et d’ailleurs, dans le film, je trouve que Marc s’en sort très bien. Il évacue le problème dès les premières scènes, comme cela il n’y a plus de suspense. Il y a un ami qui part, il y en a un autre qui arrive, et voilà… En plus, il a été malin, il a tourné le début de notre histoire à quatre dans l’ordre. J’ai démarré par la scène où Jean est présenté par Antoine aux deux autres. Et après, c’était parti ! Nous n’avions qu’à nous laisser porter par les situations.

Vous avez aussi beaucoup de partenaires féminines…

Oui et cela a fait aussi partie du plaisir du film. C’était même amusant de tourner toutes les scènes de lit dans la même journée avec à chaque fois une fille différente et presque les mêmes dialogues. Elles étaient toutes formidables. Sans parler de la petite fille, Nora, qui joue ma fille, avec laquelle cela a été un vrai bonheur, ce qui n’est pas toujours le cas avec les enfants au cinéma. Sans parler non plus bien sûr d’Alexandra [London] qui joue mon ex. Elle est incroyable dans la scène de nos retrouvailles. Première prise ! Et quasiment la première fois où l’on se voit ! C’est très beau ce qu’elle fait…

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris sur le plateau ?

Deux choses. Les trois caméras et l’ambiance. Marc a décidé de tourner l’essentiel des scènes, au moins des scènes à quatre, avec trois caméras et c’est un principe formidable – peut-être pas sur tous les films mais sur celui-là où l’écoute est aussi importante que la parole, c’était vraiment l’idéal. Une fois que l’installation, qui peut durer un petit moment, est terminée, on peut enchaîner, tranquille, les scènes dans la continuité. D’ailleurs, ce qui m’a beaucoup plu et touché dans le travail au quotidien avec les garçons, c’est l’écoute de chacun, l’attention qu’il y avait à chaque fois sur l’autre, sur les autres. Il n’y a pas un moment où l’un d’eux se dit « OK, on est quatre mais ma gueule alors ? » Jamais. C’est non seulement très classe mais très agréable. Et c’est aussi ce qui me touche le plus dans le film lui-même. Cette attention, cette écoute, ce regard qu’ont les personnages les uns pour les autres… Entre les quatre bien sûr – rien que de penser à la scène où Jean-Pierre/Manu craque au pied de l’arbre, j’en ai encore la chair de poule - mais aussi entre les autres personnages. Il faut dire que Florence [Thomassin] et Catherine [Wilkening] sont formidables. J’aime beaucoup ce qu’elles font. Quant à l’ambiance du plateau, lorsqu’on arrive comme moi de l’extérieur, on sent immédiatement que tous ces gens sont contents de travailler ensemble, qu’il y a une véritable aventure commune…ça se voit, ça se sent, ça s’entend. J’aimerais jouer au grand acteur extrêmement secret, mystérieux, qui reste dans sa caravane mais… ce serait faux ! Moi, et encore plus sur ce tournage-là, au bout de deux minutes, je parle à tout le monde, je bois des coups avec tout le monde. Au bout d’un après-midi, j’avais l’impression d’être avec eux depuis toujours. Sauf que dans Le Cœur 2, j’avais l’air plus vieux, des gros sourcils et une voix un peu plus grave… [Rires.] En tout cas, tout de suite et de la part de tout le monde, je n’ai senti qu’une chose : de la bienveillance…

Quel est selon vous le meilleur atout de comme metteur en scène ?

Eh bien, je crois que cela a à voir justement avec cette ambiance, cette bienveillance, cette écoute… C’est quand même lui qui donne la tonalité, qui donne l’humeur. Il est très précis, exigeant, mais toujours à l’écoute. De le sentir si content d’être là quand on arrive le matin, on n’a qu’une envie : tout donner pour qu’il soit encore plus content. Il faut dire aussi que nous avons été de très bons élèves. A un moment, les quatre, nous aurions pu partir en vrille, en crise de fous rires, etc.. Nous avons bien déliré à côté, mais jamais dans le travail ! Quelque chose s’est passé entre nous dans la vie comme dans le film, aussi rapidement. Un vrai lien s’est créé, ce n’est pas si courant. Je me souviens du dernier jour de tournage où on est partis tous les quatre en voiture, en chantant sur une chanson des Beatles à fond. C’était magnifique ! J’ai tout filmé avec mon portable, mais hélas, je l’ai perdu depuis… Je vois souvent Bernard depuis la fin du tournage, on a peut-être gratté un peu plus ensemble des choses intimes, mais, avec Marc et Jean-Pierre aussi, on rêve de nouvelles aventures que nous pourrions partager…

Comme vous le savez, il y a un fort lien affectif entre les spectateurs et les Cœur des hommes, est-ce que cela vous met une pression particulière à la veille de la sortie du film ?

C’est trop tard, il fallait y réfléchir avant ! En même temps, j’entends une petite voix dans ma tête qui dit : « Maintenant que j’ai été accepté par les trois, est-ce que je vais être accepté par les quelques millions de fans des Cœur des hommes ? » Il y a forcément, pour moi plus que pour les autres, un petit passage d’examen !

Etes-vous prêt pour le 4 ?

A mort ! [Rires.] Juste pour cela, ce serait génial que les gens nous donnent la possibilité de nous retrouver. Faites le pour nous ! Qu’on puisse se retrouver dans deux ans au bord de la piscine, les pieds dans l’eau…

Entretien avec Marc Esposito

Aviez-vous dès le tournage du Cœur Des Hommes 2 l’idée du Cœur des hommes 3 ? Si non, à quel moment le déclic a-t-il eu lieu ?

J'ai toujours espéré pouvoir faire plusieurs films avec Le Coeur Des Hommes, depuis le premier. Donc je savais que si Le cœur des hommes 2 marchait, j’aurais envie d’en faire un troisième, c'était une évidence. Mais je n’ai jamais un épisode d’avance. A la fin de chaque Coeur des hommes, je ressens le besoin de laisser du temps, de travailler sur d’autres projets, avant de pouvoir me remettre à l’écriture du Cœur suivant… En avril 2009, quand Mon Pote a été reporté, j'ai écrit le début du Coeur des hommes 3 - vingt pages - et je l'ai envoyé à (producteur des Cœur). J'ai relu ces vingt pages récemment, plusieurs scènes sont toujours dans le film fini, quatre ans plus tard.

Entretien avec Bernard Campan

A quel moment vous a-t-il parlé du Cœur des hommes 3 ? Et quelle a été votre réaction ?

Très vite. Dès qu’on a vu que le Coeur 2 marchait, on a su qu’on allait faire le 3. Après, c’était entre les mains de Marc, il voulait faire d’autres films entre les deux, il fallait qu’il l’écrive… Mais c’est difficile de parler du 3 sans évoquer l’épisode Gérard [Darmon]. Dans le premier scénario que j’ai lu - et aimé - Jeff était là. Et puis, quand j’ai appris que Gérard ne faisait pas le film, j’ai pensé qu’on ne le ferait pas non plus. En tout cas, ça me paraissait impossible de garder le scénario que j’avais lu et de remplacer Gérard par un autre acteur. Marc a alors eu l’idée de réécrire un scénario sans Jeff – et où l’on raconte, sans trop donner de détails, qu’il s’est fâché avec les autres. Comme Marc l’a dit à Jean-Pierre qui, lui aussi, voulait essayer de le réconcilier avec Gérard : "Non, il n’y a pas moyen. Et si on se fâche dans la vie, eh bien on peut se fâcher dans un film !" Et il a écrit cette histoire de l’arrivée d’un nouveau dans la bande. Je dois avouer que j’étais sceptique bien sûr. Je me disais "Ce n’est pas possible, on ne va pas pouvoir faire le film, ça ne va pas fonctionner …" Et puis, progressivement, je me suis laissé embarquer par la confiance et l’enthousiasme de Marc… Pour en arriver, pendant le tournage, à sentir qu’il se passait là, sur le plateau, et dans le film aussi, quelque chose de neuf, de fort.

Entretien avec Jean-Pierre Darroussin

J’imagine que vous n’avez pas été surpris lorsque vous a parlé d’un Cœur des hommes 3

Non, pas vraiment, même si nous avons davantage parlé du 4 sur le tournage du 3 que du 3 sur le 2 ! Je pense qu'après le succès du 2, l’idée d’une série est vraiment devenue évidente pour Marc… Je crois qu’il a pris conscience que l’aventure des Cœur devenait pour lui une œuvre essentielle, que… c’était son destin ! Quand il m’a dit que Gérard ne serait pas du 3, j’ai été bien sûr étonné et contrarié, car j’ai toujours tendance à penser que les gens vont finir par s’entendre, surtout autour d’un projet comme Le Cœur des hommes. Cela n’a pas été le cas, malgré mes propositions d'intervenir pour permettre une réconciliation. Mais finalement, j’ai compris que Marc réagissait en auteur, sans tenir compte du « produit» qui existait, sans préoccupation commerciale, et que son plaisir était essentiel. Il ne pouvait pas seulement réagir de manière professionnelle à cette situation, il devait avoir aussi du désir et de l’envie. De réattaquer avec un nouveau personnage, avec un nouvel acteur, cela lui permettait de se renouveler comme auteur, comme metteur en scène.

Entretien avec Marc Lavoine

Quelle a été votre réaction quand vous a parlé du Cœur des hommes 3 ?

J’étais immédiatement partant et forcément excité de découvrir ce qui allait advenir à Alex et aux autres personnages. Bien sûr, le fait que Gérard [Darmon] et Marc qui étaient en froid ne se soient pas réconciliés a perturbé un peu le processus. J’ai essayé de les rabibocher mais j’ai vite réalisé que Gérard n’en avait pas vraiment envie… Et c’est là que Marc a eu l’idée de ce nouveau personnage, Jean, qui rejoignait la bande. J’ai trouvé l’idée tellement bonne que je me suis dit que, même si Gérard avait fait le film, il aurait fallu faire entrer un cinquième dans la bande…
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