Le Coeur des Hommes 3
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Interview

Entretien avec Marc Lavoine

Quelle a été votre réaction quand vous a parlé du Cœur des hommes 3 ?

J’étais immédiatement partant et forcément excité de découvrir ce qui allait advenir à Alex et aux autres personnages. Bien sûr, le fait que Gérard [Darmon] et Marc qui étaient en froid ne se soient pas réconciliés a perturbé un peu le processus. J’ai essayé de les rabibocher mais j’ai vite réalisé que Gérard n’en avait pas vraiment envie… Et c’est là que Marc a eu l’idée de ce nouveau personnage, Jean, qui rejoignait la bande. J’ai trouvé l’idée tellement bonne que je me suis dit que, même si Gérard avait fait le film, il aurait fallu faire entrer un cinquième dans la bande…

Et lorsqu’il vous a parlé d’ pour interpréter Jean ?

Dès que Marc m’a parlé de lui, j’ai défendu cette idée corps et âme. Nous nous étions rencontrés à Nîmes, lors d’un spectacle organisé par un ami commun. Il faisait une lecture, je chantais, nous avions passé toute la soirée ensemble ensuite et je l’avais tout de suite beaucoup aimé… J’étais sûr que cela se passerait bien avec les autres. Il a suffi de deux jours à Cabourg ensemble pour sentir que c’était gagné ! Cabourg, pour Le Coeur Des Hommes, c’est un lieu emblématique. Dans le film, c’est là que les quatre se retrouvent sans les femmes, sans les enfants, pour prendre leurs distances avec leur vie parisienne, pour faire le point, pour fêter quelque chose ou parce que l’un d’eux veut parler aux autres d’un sujet qui lui tient à cœur. Et bien, cette fois-ci, Cabourg a joué le même rôle dans la vie ! D’autant que Marc a été suffisamment malin dans le scénario pour jouer de ce parallèle entre la vie et le film, entre l’arrivée d’un nouveau personnage et l’arrivée d’un nouvel acteur. Cette place qui était vide à cause du départ de Gérard, elle a été partagée très naturellement entre nous. Je me suis rapproché de Jean-Pierre [Darroussin] qui s’est rapproché de Bernard [Campan] dont je me suis aussi beaucoup rapproché et nous nous sommes tous rapprochés de Marc. Et Eric est comme un nouveau frère. Il s’est intégré à cette bande qui ressemblait d’ailleurs à une famille qui se serrait les coudes. En effet, entre les Cœur des hommes, la vie est passée, nous avons tous eu des soucis ou des chagrins personnels, cela aussi nous a resserré davantage. Les histoires se ressemblent, se rassemblent autour de nos propres histoires. Donc un ami est parti – mais la porte reste ouverte, il peut revenir dans le 4 ou dans le 5 ! - un autre arrive. Justement son arrivée a fait l’effet… d’une fenêtre ouverte ! Quelque chose de rafraîchissant, de stimulant… Eric est une telle pointure que c’était très excitant de jouer avec lui.


Avez-vous été surpris de ce qui arrive à Alex dans ce troisième épisode ?

Rien ne me surprend parce que j’ouvre toutes les pistes. Mon personnage peut tout devenir sauf qu’on peut être sûr qu’il ne bougera plus sur le domaine de l’amitié et de la paternité. Sur les femmes, il est lui-même toujours en interrogation. Il aime profondément son épouse, Nanou [], c’est sa famille, c’est son socle, il a toujours pour elle du désir, même au bout de vingt-cinq ans de vie commune. Il s’est beaucoup calmé par rapport aux deux premiers épisodes mais il y a toujours des complications qui le guettent… [Rires] D’ailleurs, j’ai hâte de faire le quatrième pour savoir comment tout cela va évoluer…

Vous vous abandonnez donc totalement à l’imagination de alors que vous pourriez vous mêler de son avenir puisque c’est un personnage que vous connaissez bien, peut-être mieux que même, puisque c’est la troisième fois que vous l’interprétez…

Non je ne le connais pas mieux que lui ! Je ne suis pas propriétaire du personnage j’en suis locataire le temps de le faire. J’essaye d’apporter à Marc un corps, de l’humeur et des émotions. Le Cœur des hommes n’appartient à aucun des acteurs, il appartient à Marc. En tout cas, c’est comme ça que je le vois... En même temps, la grande qualité de Marc est sa capacité d’écoute. On peut lui faire des remarques sur le scénario, sur une phrase de dialogue, sur une situation ou sur un comportement, il les entend et après il décide ou non s’il en tient compte mais il est ouvert à nos propositions… Marc sait par exemple que je n’aime pas répéter les mêmes images sous deux formes différentes, il sait que je préfère toujours ramasser le texte… J’ai trouvé le scénario très fluide, très beau et j’ai aimé tout ce qui arrive aussi aux autres personnages. Chacun des rôles est très nourri, très fort, peut-être même un peu plus chargé en émotion. Les femmes aussi ont considérablement grandi dans le 3, elles sont épanouies. Cela devient aussi un Cœur des femmes, il y a un bel équilibre… J’ai même eu le sentiment que, sans que cela soit appuyé, on suivait l’évolution de la société – les familles monoparentales, les familles recomposées, les mouvements sociaux comme le projet banlieue dans lequel s’implique le personnage de Bernard [Campan] où on mêle l’emploi et le sport et qui se rapproche dans l’esprit de ce que je fais depuis huit ou dix ans avec ma fondation : ce n’est pas de l’assistanat mais on implique réellement les personnes concernées… En fait, à chaque fois, les films sont témoins de leur époque, témoins de ces interrogations sociétales qui alimentent nos conversations quotidiennes. On s’en amusait même avec Bernard, on disait tout le temps : «On est en train de faire un film philosophique et sociétal ! »


Est-ce un plaisir particulier pour un acteur de retrouver régulièrement le même personnage ?

Oui, c’est formidable et cela se fait tellement naturellement… Et puis il y a un immense plaisir à retrouver les autres personnages, les autres acteurs. C’est vraiment une aventure unique… Franchement, ce bonheur-là je le souhaite à tous les comédiens. D’autant que Marc a réussi à créer une vraie troupe autour de lui, c’est rare dans le cinéma. Les mêmes acteurs, les mêmes actrices, jusque dans les petits rôles – la maman et les enfants de Manu, ma fille, le fils d’Antoine… - les mêmes techniciens, le même directeur de la photo, Pascal Caubère... Caubère, c’est quelqu’un qui tient sa place sur le plateau. C’est un peu de Pagnol dans le film ! Il se moque de moi tout le temps, on rigole, il n’y a plus d’ego, il n’y a pas de gêne. Il y a une solidarité, une courtoisie entre les gens… C’est très émouvant de retrouver toutes ces familles. Je suis vraiment content d’être dans cette troupe. Et le mot est faible, heureux plutôt. Je pense que c’est ce qui a frappé Eric lorsqu’il est arrivé. Il n’avait jamais fait de film dans lequel il y avait un tel esprit. Il n’est pas entré dans une équipe, il est entré dans une famille où, à chaque poste clé, il y a quelqu’un qui est là depuis le début. A son tour, il est devenu tout naturellement membre de cette famille.

Vous retrouvez bien sûr une fois de plus

Elle m’épate à chaque fois davantage. Elle est très forte ! Ce qui est beau chez Catherine, c’est qu’elle ne perd jamais sa tendresse. Même quand elle explose, elle n’est jamais méprisante, il y a toujours entre nous quelque chose de physique. D’ailleurs, j’ai l’impression que nous avons tous les deux dans ce film franchi une étape. Je me suis rendu beaucoup plus disponible affectivement, comme si, émotionnellement, il fallait faire tomber une digue pour montrer à quel point c’était important qu’on se retrouve et à quel point je prenais du plaisir à jouer avec elle. Nous avons travaillé sur notre couple d’une façon différente de d’habitude, nous l’avons davantage construit – et cela m’a d’ailleurs été utile pour les films que j’ai enchaînés ensuite, que ce soit avec Elsa Mollien, dans la série Crossing Lines, ou avec Mathilde Seigner dans La Liste De Mes Envies… Je suis dans ma période couple ! J’ai 50 ans aujourd’hui et cela ouvre la porte sur d’autres rôles…

Le fait que tourne quasiment tout le temps à trois caméras affecte-t-il votre jeu d’une manière ou d’une autre ?

Moi ça me va très bien. En même temps, ce n’est pas devenu une obligation, ni un piège, il peut tourner aussi des séquences avec une seule caméra. Ce qui est sûr, c’est que cela augmente le sentiment que nous avons tous de jouer les uns pour les autres tout le temps. Il n’y a jamais de temps où l’un d’entre nous quatre est au point mort… Nous sommes en totale confiance les uns avec les autres, nous avons assez de rigueur et d’exigence pour nous poser les bonnes questions et nous permettre à la fois de prendre du plaisir, de nous amuser. Quand je m’interroge sur mon jeu et que je pose une question à Campan, je sais qu’il va me répondre la vérité. Nous nous faisons des confidences, nous nous disons la vérité en nous aimant. Il n’y a aucune jalousie, personne ne se dit : «Il a un rôle mieux que le mien.» Cela aussi est rare…

Vous êtes prêt pour le 4 …

Plus que ça, je l’attends ! J’espère que le 3 aura assez de succès pour qu’on en fasse un quatrième ! Je pense que Marc a passé un cap et assume aujourd’hui totalement de faire une série avec les Cœur… Ce n’est pas juste comme s’il enchaînait des films, il raconte une vie, des vies, sur la longueur comme on fait dans les romans… Mais franchement, je ne comprendrais pas que ça ne marche pas. Beaucoup de travail a été fait – et je crois au travail, plus qu’au talent. Il y a une mise en mouvement de chacun, je crois qu’il y a une amélioration à chaque niveau du film, à la mise en scène, à la lumière, tout a monté d’un cran… Ce serait génial d’en faire un autre parce que je pense que Marc a encore des choses à raconter, que ces personnages ont encore des choses à vivre qui peuvent nous faire rire et pleurer aussi… Il n’y a pas un concert où on ne me parle pas du Cœur des hommes. Il n’y a pas un autographe que je signe où on ne me dit pas « Alors Le Cœur des hommes ? » C’est un film qui a une histoire, un film qui bouge, un film vivant – et l’arrivée d’Elmosnino en est la preuve. Je paierais cher pour en faire un quatrième !

Entretien avec Marc Esposito

Aviez-vous dès le tournage du Cœur Des Hommes 2 l’idée du Cœur des hommes 3 ? Si non, à quel moment le déclic a-t-il eu lieu ?

J'ai toujours espéré pouvoir faire plusieurs films avec Le Coeur Des Hommes, depuis le premier. Donc je savais que si Le cœur des hommes 2 marchait, j’aurais envie d’en faire un troisième, c'était une évidence. Mais je n’ai jamais un épisode d’avance. A la fin de chaque Coeur des hommes, je ressens le besoin de laisser du temps, de travailler sur d’autres projets, avant de pouvoir me remettre à l’écriture du Cœur suivant… En avril 2009, quand Mon Pote a été reporté, j'ai écrit le début du Coeur des hommes 3 - vingt pages - et je l'ai envoyé à (producteur des Cœur). J'ai relu ces vingt pages récemment, plusieurs scènes sont toujours dans le film fini, quatre ans plus tard.

Entretien avec Bernard Campan

A quel moment vous a-t-il parlé du Cœur des hommes 3 ? Et quelle a été votre réaction ?

Très vite. Dès qu’on a vu que le Coeur 2 marchait, on a su qu’on allait faire le 3. Après, c’était entre les mains de Marc, il voulait faire d’autres films entre les deux, il fallait qu’il l’écrive… Mais c’est difficile de parler du 3 sans évoquer l’épisode Gérard [Darmon]. Dans le premier scénario que j’ai lu - et aimé - Jeff était là. Et puis, quand j’ai appris que Gérard ne faisait pas le film, j’ai pensé qu’on ne le ferait pas non plus. En tout cas, ça me paraissait impossible de garder le scénario que j’avais lu et de remplacer Gérard par un autre acteur. Marc a alors eu l’idée de réécrire un scénario sans Jeff – et où l’on raconte, sans trop donner de détails, qu’il s’est fâché avec les autres. Comme Marc l’a dit à Jean-Pierre qui, lui aussi, voulait essayer de le réconcilier avec Gérard : "Non, il n’y a pas moyen. Et si on se fâche dans la vie, eh bien on peut se fâcher dans un film !" Et il a écrit cette histoire de l’arrivée d’un nouveau dans la bande. Je dois avouer que j’étais sceptique bien sûr. Je me disais "Ce n’est pas possible, on ne va pas pouvoir faire le film, ça ne va pas fonctionner …" Et puis, progressivement, je me suis laissé embarquer par la confiance et l’enthousiasme de Marc… Pour en arriver, pendant le tournage, à sentir qu’il se passait là, sur le plateau, et dans le film aussi, quelque chose de neuf, de fort.

Entretien avec Jean-Pierre Darroussin

J’imagine que vous n’avez pas été surpris lorsque vous a parlé d’un Cœur des hommes 3

Non, pas vraiment, même si nous avons davantage parlé du 4 sur le tournage du 3 que du 3 sur le 2 ! Je pense qu'après le succès du 2, l’idée d’une série est vraiment devenue évidente pour Marc… Je crois qu’il a pris conscience que l’aventure des Cœur devenait pour lui une œuvre essentielle, que… c’était son destin ! Quand il m’a dit que Gérard ne serait pas du 3, j’ai été bien sûr étonné et contrarié, car j’ai toujours tendance à penser que les gens vont finir par s’entendre, surtout autour d’un projet comme Le Cœur des hommes. Cela n’a pas été le cas, malgré mes propositions d'intervenir pour permettre une réconciliation. Mais finalement, j’ai compris que Marc réagissait en auteur, sans tenir compte du « produit» qui existait, sans préoccupation commerciale, et que son plaisir était essentiel. Il ne pouvait pas seulement réagir de manière professionnelle à cette situation, il devait avoir aussi du désir et de l’envie. De réattaquer avec un nouveau personnage, avec un nouvel acteur, cela lui permettait de se renouveler comme auteur, comme metteur en scène.

Entretien avec Eric Elmosnino

Quelle a été votre réaction lorsque vous a contacté pour faire partie de l’aventure du Cœur des hommes 3 ?

Nous nous étions rencontrés une première fois lorsqu’il préparait Ma Copine et nous nous étions très bien entendus. Nous nous sommes même quittés en ayant l’impression de nous connaître depuis dix ans. Le film ne s’est pas fait et un jour, des mois plus tard, j’allais voir Danièle Thompson et je tombe sur Marc dans la rue qui me dit qu’il allait justement m’appeler pour me parler d’un projet, sans me dire de quoi il s’agit. Quelques jours après, il m'a appelé, on a déjeuné... Quand il m'a dit qu’il s’agissait du Cœur des hommes 3, qu’il n’y avait plus Gérard Darmon, qu’il avait donc imaginé un nouveau personnage, et qu’il voulait que je sois ce personnage-là, je me suis dit : «Ah la vache ! »
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