Genre : Comedie - Durée : 1H49 mn
Sortie en salles le 25 Avril 2012 - en VOD/DVD le 19 Septembre 2012
Presse ★★★
Spectateurs ★★★

Interview

Entretien avec Patrick Bruel

La pièce de théâtre «Le Prénom» marquait votre retour au théâtre. Vous avez enchaîné directement avec le tournage du film.

À la première lecture de la pièce, j’ai tout de suite su que nous en ferions un film ! Souvent, en jouant sur scène, je pensais à l’adaptation pour le cinéma et aux différentes options qui pourraient se présenter sur le tournage. Le film reste très proche de la pièce, évidemment, mais le cinéma, grâce à la liberté qu’offre la caméra, crée une intimité différente. Le point de vue change, ça oblige à se réinventer, à trouver une musique différente, même si les émotions que l’on veut faire passer restent les mêmes.

Qu’est-ce qui vous intéressait tant dans cette histoire ?

Au départ, il y avait cette impossibilité à finir les répliques tant nous étions emportés par les fous rires ! Le jour de la première lecture avec mes partenaires, devant les auteurs et les agents, ça en devenait presque inquiétant : je n’arrivais pas à terminer une phrase !

La force de cette histoire, c’est son universalité : ça nous est arrivé à tous ! Une anecdote, une phrase, une connerie au cours d’un repas, un soir, entre copains ou en famille et tout d’un coup, un cataclysme qui se déclenche… Dans ce groupe-là, il y a eu trop de non-dits. Avec la famille ou les amis, on avance parfois les uns à coté des autres, sans se voir ni se parler vraiment. Ce soir-là, en allant dîner chez sa sœur, Vincent est dans un mode léger, comme à son habitude, il a envie de se marrer, sauf que cette fois, il va un peu trop loin. Et ça déclenche un conflit disproportionné. La construction, l’évolution du Prénom intègre beaucoup de choses sous-jacentes, reflets de notre société. C’est très bien vu, c’est drôle, intelligent, cruel, violent parfois…

Il y avait évidemment l’idée de troupe au théâtre. En voyant le film, même si est arrivé plus tard dans le projet, cette notion de groupe crève, elle aussi, l’écran.

C’était très agréable de vivre cette aventure collective. On a vraiment fonctionné comme une troupe, c’était même essentiel : dans l’histoire, nous incarnons des amis de 30 ans, une vraie famille. Il fallait que ça passe à l’image, bien au-delà d’une simple relation entre acteurs. Et c’est vrai qu’on s’est bien trouvé ! Au théâtre, nous avons joué 250 fois, sans anicroche, en ayant toujours l’idée de faire mieux, d’avancer, de s’aider et le tournage s’est bâti sur cette dynamique-là. Charles est arrivé en cours de route, avec un regard neuf, et il s’est tout de suite intégré à la bande. On s’est très bien entendu. Ça a été formidable de jouer avec lui.

Vincent, votre personnage dans Le Prénom, est un type qui a réussi, qui a de l’argent, du pouvoir, de la séduction… Étrangement, ce sont des clichés qui vous collent parfois à la peau en tant que !

Ah bon ? (Rires) On a tous des étiquettes qui nous collent à la peau que cela nous plaise ou non ! Il vaut mieux en rire et c’est ce que nous avons essayé de faire avec les réalisateurs. On s’est amusé de ces clichés, surtout dans la manière dont le personnage est présenté, au début du film. Vincent apparaît très sûr de lui, à la limite de l’arrogance, mais je vous rassure, ça ne dure pas ! Après, il prend très très cher !!! C’est ce qui est intéressant dans cette histoire : tout le monde est tour à tour bourreau puis victime…

Cet homme-là, dans votre méthode de fabrication du personnage, il correspond à des gens que vous connaissez, que vous avez croisés ? Il vous ressemble ?

J’étais convaincu que non, mais comme deux ou trois amis m’ont dit que si, soit je change d’avis soit je change d’amis ! (Rires) En fait, le personnage de Vincent est tellement écrit et précis que je me suis laissé porter par ce que les auteurs avaient imaginé. Je me suis juste dit qu’il devait rester touchant et sympathique parce que sinon, il pouvait devenir insupportable ! Heureusement, il a le charme pour rattraper tout ça ! C’est probablement un môme qui a toujours été en recherche d’autorité et qui était le chouchou de ses parents. Anna, la femme qu’il a choisie, a cette autorité. Elle n’est pas comme les autres, elle a du caractère et sait le recadrer…

Ce rôle de Vincent vous va bien. Diriez-vous qu’il est tombé au bon moment dans votre vie et votre carrière ?

Un rôle comme celui-ci tombe bien à n’importe quel moment dans n’importe quelle carrière. C’est un véritable cadeau. Ma seule vertu est de ne pas l’avoir laissé passer. Je suis très heureux que le film soit réussi, à la hauteur de la pièce ; Matthieu et Alexandre, les réalisateurs, ont une telle intelligence qu’ils se sont parfaitement adaptés à la situation. C’est leur premier film ensemble et dans le moindre détail, la moindre référence, ils avaient tout préparé. Nous, les acteurs, avons accompagné ce projet. J’ai été là quand ils avaient besoin de moi, j’ai donné mon sentiment, des idées bonnes ou mauvaises… Ils ont su générer l’enthousiasme de toute une équipe, de leurs techniciens, de leurs producteurs, des distributeurs. À l’arrivée, on n’a pas l’im- pression de voir un premier film, c’est très maîtrisé. J’ai été très impressionné.

Du fait de votre expérience, de votre carrière et de votre place dans l’industrie du spectacle, cette équipe, justement, semble avoir été impressionnée par votre capacité d’écoute.

Il faut être au service du film. Sur un tournage, je ne m’occupe pas que de moi ou de ce que j’ai à faire. L’intérêt de se mettre à la disposition d’un metteur en scène, de son rêve, de ses fantasmes c’est un privilège extraordinaire. Quand je suis chanteur, je suis totalement à mon service ! C’est moi qui décide, qui mets en scène, qui choisis l’ordre des chansons ou de la salle… Moi, moi, moi tout le temps ! Donc, si je n’ai pas au moins une activité dans laquelle je suis au service des autres, où est ma thérapie ? (Rires) J’aime vraiment la vie du plateau, j’apprends sans cesse, j’aime m’enrichir auprès des gens, comprendre… La technique par exemple m’intéresse beaucoup : les focales, les angles, la direction d’acteurs. Et un jour peut-être…

Vous passerez à la mise en scène ?

Oui, mais ça devra répondre à une urgence. Il ne faut pas faire un film pour faire un film ! Ça doit répondre à un besoin de dire, de raconter, ça doit vous réveiller la nuit. Un vague potentiel ne suffit pas, j’ai monté beaucoup de mes clips, j’en ai même filmé certains mais ça ne fait pas encore de moi un réalisateur.

Un livre d’entretiens, «Conversation» avec Claude Askolovitch, Le Prénom puis un nouvel album et une tournée : 2012 est-elle une année à part pour vous ?

Oui, mais je fais toujours beaucoup de choses, peut-être un peu trop d’ailleurs, malgré cela, je ne me lasse de rien. J’ai de l’appétit, de la curiosité, de l’enthousiasme, j’ai une vie professionnelle intense et je m’occupe beaucoup de mes enfants. Il me faudrait juste apprendre à me laisser du temps pour ne rien faire, mais ça c’est le sujet du livre… (Rires) Vous savez, même si je remonte à mes 15 ans, je n’ai jamais été un glandeur ! C’est dommage parce que c’est une grande qualité : se lever tard, regarder un film, aller déjeuner avec un pote, boire un verre, lire…

Pour terminer, puisque vous parliez de vos enfants, quel souvenir gardez-vous du choix de leurs prénoms ?

Il n’y a eu aucun débat ! J’ai compris très vite qu’il ne fal- lait rien dire ! Une fois que c’est fait, le pire que vous puissiez entendre est : «C’est pas mal». Ce sont ceux qui détestent ! Pour mes deux enfants, ça s’est passé à chaque fois de la même façon, en feuilletant «Le livre des prénoms» ! On est tombé sur Oscar, on s’est regardés, c’était évident. Deux ans plus tard, même chose pour Léon. Notre seul cahier des charges était que leur prénom ne suscite pas de diminutifs car je déteste ça ! Le prénom, c’est notre premier fardeau, plus ou moins léger à porter, il dit des choses. Dernièrement, j’ai fait une séance de dédicace pour mon livre à Lyon. Une dame est arrivée et m’a demandé de signer pour ses 5 enfants. Vous n’avez pas idée des prénoms ! Le premier et le plus simple, c’était Enguerran ! Je lui ai conseillé d’aller voir le film avec eux…

Entretien avec Matthieu Delaporte & Alexandre De La Patellière

Vous êtes les auteurs du Prénom, qui, avant de devenir un film, a été un immense succès au théâtre…

Alexandre : C’est vrai que ça a été incroyable d’un bout à l’autre. La rencontre et le travail avec Bernard Murat, les premières lectures, les répétitions dans cette mythique salle Édouard VII…

Matthieu : Passée l’angoisse terrible de la première, quand on se demande de quel pont on va aller se jeter si personne ne rit, on a vécu une année extraordinaire ! Les représentations complètes tous les soirs, la vie quotidienne en coulisses… Et puis de savoir que la pièce serait jouée dans le monde entier !

Entretien avec Dimitri Rassam

Vous êtes un jeune producteur, dans tous les sens du terme ! Quel a été l’élément déclencheur qui vous a fait choisir cette aventure-là ?

Je n’ai pas eu à chercher très loin : voilà plus de 6 ans que mon bureau est à 10 mètres de celui de Matthieu et Alexandre ! Je dirais que l’aventure humaine avait commencé bien avant le film… Quand ils m’ont invité à voir leur pièce, il y a eu comme une évidence et deux mois et demi plus tard, nous entrions en préparation du tournage ! Notre idée commune était de proposer un vrai film de cinéma, d’où l’envie de s’entourer d’une équipe technique talentueuse et reconnue comme Benoît Pilot à la direction de production, Marie Cheminal aux décors, David Ungaro à la lumière ou Célia Lafitedupont au montage… Il fallait aussi préserver l’équilibre de la pièce, donc nous avons fait très peu de changements sur son «ADN» mais en repartant tout de même de zéro par rapport à l’excellente mise en scène de la pièce signée Bernard Murat… Honnêtement, mon principal travail a été de donner le temps et les moyens de bien faire à Matthieu et Alexandre parce que la force motrice de ce projet, c’est eux !

Entretien avec Valérie Benguigui

Babou est un personnage particulièrement intéressant car, de toute cette bande-là, c’est la seule que justement, on n’appelle pas par son prénom mais par un diminutif ! Comme si cette femme s’était laissée grignoter par ses proches…

Oui sans doute, mais elle l’a accepté ! Au départ, elle s’est greffée sur l’amitié des deux garçons, en tant que sœur de Vincent puis femme de Pierre. Avec le temps, elle a mis de plus en plus de choses de côté. On a tous nos secrets d’acteurs pour faire exister nos personnages, je me suis racontée une histoire à propos de Babou, je l’ai imaginée toujours en retrait, avec la volonté de faire partie de ce groupe dont les deux têtes fortes étaient son frère et son futur mari. En parallèle, elle a créé un lien plus intime avec Claude, qui est aussi plus doux, presque féminin. Donc elle s’est laissée dominer, elle a fait des enfants, elle a mis sa carrière entre parenthèses, acceptant ces compromis par amour et par facilité.

Entretien avec Charles Berling

Vous êtes «le nouveau» de cette aventure puisque vous n’étiez pas à l’affiche de la pièce de théâtre, qui mêle une intrigue typiquement de boulevard avec des réflexions plus profondes…

J’avais vu la pièce et j’avais été frappé par son rythme, cette impression de rebond permanent. Ce qui me plaît dans cette écriture, c’est qu’elle correspond à une peinture de la France d’aujourd’hui. C’était vrai sur scène et ça l’est à l’écran. Comme si certaines angoisses typiquement françaises se traduisaient par un jeu totalement débridé et assez violent, ce qui débouche sur une vraie drôlerie car cette violence est tout à fait assumée… Pierre, mon personnage, représente une France cultivée, qui travaille mais qui est aussi en perte de vitesse et de repères. Il s’oppose à Vincent, le personnage de , qui lui assume le fait de gagner de l’argent, qui ne s’embarrasse pas de principes et qui réussit dans notre société actuelle… Leur affrontement est formidable et d’ailleurs, l’énergie du tournage s’en est ressentie : elle correspond à l’écriture des auteurs et à la réalité qu’ils décrivent ! Le boulevard essaye toujours d’éviter les sujets qui fâchent : ici, même si la structure en effet est assez classique, Matthieu et Alexandre y ont ajouté des ingrédients plus cruels, presque trash. Et ce côté excessif m’a beaucoup intéressé !

Entretien avec Guillaume de Tonquédec

Comment parleriez-vous de Claude, votre personnage ? Pendant une bonne partie du film, on se demande s’il est juste discret ou franchement lâche…

Évidemment, on ne peut pas tout dire, donc c’est un peu compliqué… Mais Claude est celui qui se présente comme le «très bon ami», un peu lisse, ce qui lui permet de ne pas trop se démasquer. Il ressemble au plumage d’un canard sur lequel l’eau ou les événements glissent sans conséquence. Toujours heureux, ne prenant jamais mal les réflexions pourtant parfois blessantes. Celui sur lequel on peut compter et se déverser parce qu’il a ce don d’écouter et de rassurer les autres. Alors bien sûr on ne s’occupe pas trop de lui, mais en fait ça l’arrange, comme l’histoire le révèlera dans sa deuxième partie… Quand j’ai découvert ce personnage, j’ai immédiatement pensé à des gens que je connais qui ne peuvent jamais se dévoiler, qui aiment faire partie d’un groupe parce qu’on n’y parle jamais de soi de façon profonde et qui esquivent le domaine de la vie privée en cas de tête-à-tête plus intime. Ça leur permet sans doute de survivre…

Entretien avec Judith El Zein

Anna est un personnage intéressant parce que c’est la dernière arrivée dans cette bande d’amis… Elle a un côté pièce rapportée, ce qui lui permet de ne pas être dupe de leurs habitudes et de leur fonctionnement.

Elle les connait, mais elle n’est pas dans le mécanisme affectif de la famille. Ces rapports-là lui sont étrangers. Elle arrive vierge d’informations au moment où elle les rejoint dans la soirée, mais elle est vierge aussi des rancœurs intimes qui unissent les autres personnages ! Ce qui m’intéressait avec Anna, c’est qu’elle n’était pas la blonde idiote caricaturale, «femme de…». Dans une comédie conventionnelle, on pourrait s’attendre à ce que la femme qui se retrouve au bras de Vincent Larchet, personnage brillant, riche, arrogant et cynique, soit obligatoirement une bimbo sans répartie… comme si un caractère brillant appelait un pendant opposé… Eh bien non, au contraire !
Remonter