Interview : Le Prénom

    en DVD le 19 Septembre 2012

Entretien avec Matthieu Delaporte & Alexandre De La Patellière

Vous êtes les auteurs du Prénom, qui, avant de devenir un film, a été un immense succès au théâtre…

Alexandre : C’est vrai que ça a été incroyable d’un bout à l’autre. La rencontre et le travail avec Bernard Murat, les premières lectures, les répétitions dans cette mythique salle Édouard VII…

Matthieu : Passée l’angoisse terrible de la première, quand on se demande de quel pont on va aller se jeter si personne ne rit, on a vécu une année extraordinaire ! Les représentations complètes tous les soirs, la vie quotidienne en coulisses… Et puis de savoir que la pièce serait jouée dans le monde entier !

A : Dès la première semaine, on a été contacté par des théâtres allemands et israéliens, les premiers à réagir. C’est là qu’on a compris qu’il se passait vraiment quelque chose.

À quel moment avez-vous décidé d’adapter la pièce pour le cinéma et ensuite de réaliser le film vous-même ?

M : On vient du cinéma, mais on avait envie de changer d’air. On est parti dans l’écriture de cette pièce sans savoir du tout ce qu’elle allait devenir. On voulait écrire sur des gens comme nous, parler un peu différemment des liens familiaux et le faire sans les contraintes du cinéma, sans avoir de compte à rendre… En même temps, l’envie de l’adapter au cinéma est venue dès que la pièce a été terminée.

A : L’écriture de la pièce est née d’une envie d’indépendance, et c’est ce même désir qui nous a convaincus d’en réaliser l’adaptation. Ce même désir et, pour être honnête, , notre producteur !

On sait qu’une bonne pièce de théâtre ne fait pas forcément un bon film : aviez-vous cette crainte à l’esprit ?

A : Ce qui était très excitant dans cette aventure, c’était aussi de se confronter à un genre très particulier : le passage de la scène à l’écran. Nous avons donc «fait nos devoirs», en revoyant des pièces aussi différentes que «Mélo» de Resnais, «Le Limier» de Mankiewicz, «Le Dîner de cons», «Le Père Noël est une ordure», les Bacri-Jaoui, mais aussi beaucoup d’autres un peu moins réussies…
Nous nous sommes rendus compte que les adaptations que nous aimions le plus, qui nous paraissaient les plus justes, étaient celles qui assumaient à la fois le huis-clos et le temps réel, et qui restaient fidèles à la dynamique de leur concept d’origine.

M : C’est vrai qu’il y a parfois la tentation de diluer l’histoire en rajoutant des flash-backs, en multipliant les intrigues, en saisissant le moindre prétexte pour sortir du décor… Notre parti-pris a été de conserver le cœur du récit, la musique du texte, mais en insistant énormément sur le rythme et le naturel du jeu des acteurs. Il fallait faire comme si ces dialogues très écrits tombaient directement de leur conscience. En comédie, tout est une histoire de rythme, un mélange de liberté et de précision. Il faut laisser la vie entrer pour éviter le côté mécanique ou théâtral et en même temps éviter de tomber dans le naturalisme ou le bavardage. Il fallait trouver une écriture cinématographique adéquate… C’était une obsession, partagée par notre chef opérateur David Ungaro, et elle passait par l’utilisation de toute la grammaire du cinéma : le travelling, la caméra à l’épaule, le plan large, le plan serré, le plan séquence… Nous avons également énormément travaillé sur le rythme avec notre monteuse Célia Lafitedupont.

Avec un atout essentiel : votre texte de base, à partir d’une intrigue de comédie évoquant l’amitié ou la famille, est un reflet assez fidèle de la France d’aujourd’hui. Quelle était votre idée de départ ?

A : En bons «bobos» que nous sommes, nous avons donné à nos enfants – 3 garçons pour Matthieu et 2 filles pour moi – des prénoms assez originaux. À l’occasion de vacances communes en famille, on a pu remarquer com- bien cela provoquait des réactions épidermiques, même dans un univers plutôt policé comme le nôtre ! Les autres se permettent alors de rentrer dans votre sphère privée pour donner leur avis sur la question ! Deux choses nous amusaient : que le choix du prénom soit à ce point un sujet sensible, parce qu’il raconte beaucoup de choses sur soi et sur ce que l’on projette de soi, et qu’on s’étonne, nous, que ce choix de prénoms bizarres fasse réagir !

M : On voulait écrire sur la famille et cette affaire de prénom ouvre une véritable fenêtre sur la société. Qu’il soit classique ou original, de toute façon c’est un choix vis-à-vis
des autres ! Il engage lourdement ceux qui le donnent comme celui qui le reçoit. Il y a là-dedans une dimension familiale, religieuse, sociale qui, de fait, condamne votre enfant à vie,
même si c’est fait au départ avec amour. Ça nous permettait également de rire de nous-mêmes et je dois reconnaître que l’on a pris un malin plaisir à se moquer de nos propres choix. Nous avons donc pratiqué une sorte d’humour sado-maso !

Et dans les choses qui font mal, à travers les per- sonnages de , ou , vous ajoutez des réflexions sur la gauche- bobo, le bling-bling, la place de la femme dans la société actuelle…

M : C’est vrai qu’on ne sait pas pour qui vont voter Charles et Patrick, mais par contre, leurs personnages, on en a une idée assez précise ! Nous sommes des enfants des années 70, issus de familles très politisées. Cela a irrigué notre jeunesse à grand renfort de soirées animées et d’empoignades familiales, donc nous avions envie de parler de ça. Et c’est au fond un sujet assez latin. D’ailleurs quand nous avons travaillé avec l’adaptateur allemand il nous a dit dès le départ : «La famille de la pièce ne peut être que française !» Ça n’avait rien à voir avec l’intrigue mais pour lui, c’était forcément une tribu latine. C’est vrai que ce texte-là renvoie un peu à la comédie à l’italienne où tout le monde tchatche, où le ton monte très vite et redescend aussi rapidement. C’est d’ailleurs une vraie référence pour nous car c’est un cinéma qui sait prendre son époque en flagrant délit, qui sait faire une satire des mœurs de la vie quotidienne avec un mélange de cruauté et d’affection.

A : Il est aussi question des masques que l’on se voit attribués dans une famille et que l’on porte quand on se réunit : le fils ou la fille préféré, celui qui est censé réussir, celui qui a la conscience morale… Ça m’a toujours fasciné de voir comment les rôles étaient distribués, comment chacun adopte sa propre caricature. Et dans l’affrontement entre Vincent et Pierre, au premier abord un bling-bling de droite et un intello de gauche, il y a aussi deux amis d’enfance qui aiment se déchirer, sans en mesurer les conséquences pour les autres ! Au-delà de leurs divergences politiques, ils partagent un même goût du combat verbal. Quels que soient leurs défauts, nous aimons ces personnages et on voulait éviter que le public ait un regard d’entomologiste sur eux, qu’au contraire, il s’y retrouve, qu’il ait l’impression de vivre ce dîner de l’intérieur, en pouvant s’identifier tour à tour à chacun des protagonistes.

Un des tours de force du film, sans que rien ne soit «surligné», est de réserver à tous les personnages son moment d’anthologie.

A : Dans une famille, on croit généralement savoir qui sont les chefs et les dominés, mais quand ces derniers sortent aussi leurs couteaux et leurs gourdins, ils font parfois plus mal que les premiers ! Nous avions donc la volonté de nous intéresser à tous les éléments de ce groupe, sans en oublier aucun, car c’est aussi le sujet du film.

M : C’est d’ailleurs pour cela que nous ne voulons pas communiquer en amont sur le fameux prénom qui est au cœur de la pièce et du film. Son annonce est une sorte de bombe assourdissante, qui détourne l’attention et nous permet de glisser discrètement des petites mines sur chacun des personnages, qui n’explosent que bien plus tard ! Nous avons toujours pensé ce film comme un film choral. D’ailleurs, du point de vue de la mise en scène, du découpage et du montage, les dialogues ont été autant privilégiés que les moments d’écoute car tous deux ont une importance essentielle sur ce qui est dit ou révélé. D’autant qu’au cours de cette soirée, les alliances entre les personnages ne vont cesser de varier.

Les personnages justement : quelles étaient vos envies au moment de choisir les acteurs pour les incarner ?

M : La volonté de départ était de créer une famille. Un groupe homogène et cohérent. Il nous fallait des comédiens du même âge pour que l’on croie qu’ils aient pu grandir ensemble, puisqu’ils sont amis d’enfance. Il fallait aussi casser le rythme de la pièce et nous a servi de «bélier» ! Son arrivée a permis de redistribuer les cartes et a permis à chacun de se repenser, de changer de musique.

A : Le cinéma devait nous servir à apporter un degré de réalisme à cette famille par rapport à la pièce. Il fallait nous appuyer sur deux hommes qui sont donc très différents, à la ville comme à la scène, mais qui, en même temps, se res- semblent ! Et c’est vrai que comme sont deux boulimiques, deux incroyables amoureux de la vie. Nous étions certains que leur association ferait des étincelles et cela nous a donné à tous une nouvelle énergie. Charles, dans son brillant parcours d’acteur, a souvent été utilisé pour sa face sombre et cérébrale. Mais il y a chez lui une folie, une animalité, une énergie extrême que nous vou- lions à tout prix voir à l’écran. Il a donné à Pierre, qui est un personnage excessif, une sorte de Saint-Just du samedi soir, une dimension formidable, à la fois drôle et émouvante. Son entente personnelle et professionnelle avec Patrick a dépassé toutes nos espérances.

Et ?

A : Vous voulez dire Valérie «Rolls Royce» Benguigui ? Dès le départ, elle a donné une force incroyable à ce personnage, en puisant dans sa propre force et dans son humanité. En plus, elle n’a peur de rien donc on a pu l’emmener très loin, totalement au service du rôle de Babou.

M : Babou est le personnage central de ce groupe. C’est elle qui a invité tout le monde. C’est elle qui s’évertue à ce que tout se passe bien car c’est elle qui apparaît comme le garant de la cohésion familiale. Valérie a une puissance comparable à un volcan qui donne quelques secousses avant d’entrer en éruption ! Et en même temps, elle parvient aussi à exister dans des scènes où elle n’a que peu de dialogues ou juste un regard. Elle a un immense pouvoir de comédie tout en donnant beaucoup de chair et de réalisme à son personnage.

et ?

A : Claude, le personnage de Guillaume, est assez énigmatique, il a du mal à exister par rapport aux deux coqs de ce dîner ! Nous savions, depuis le théâtre, que Guillaume avait d’autres choses à lui apporter au cinéma, car lui aussi possède un fantastique sens du comique et une vraie folie.

M : Le personnage de Patrick dit de Claude, critiquant son apparente passivité : «On dirait un greffier», ce qui est parfaitement injuste car les autres, occupés à leur joute verbale, ne font jamais attention à sa présence. Or, il est bien là ! Guillaume joue d’une apparence lisse sur laquelle on peut projeter plein de choses et en même temps, dès qu’il accélère, il vous emmène où il veut ! C’est la même chose pour Judith et son personnage, Anna. Les apparences sont trompeuses. Au départ, on peut ne voir qu’une belle et élégante blonde, un trophée, mais très vite, le vernis craque et c’est l’aspect volcanique d’Anna qui prend le dessus. Anna est la nouvelle du groupe, elle cherche à s’intégrer, mais elle n’est pas prête à tous les compromis. Quand Pierre la provoque, elle n’hésite pas à entrer dans l’arène et à rendre les coups. Elle ne cherche pas le conflit, mais ne recule jamais. Judith a su apporter au personnage son humour et son caractère avec beaucoup de talent.

A : Le plaisir de travailler au quotidien avec des acteurs c’est aussi de les redécouvrir, d’utiliser autrement leur potentiel. Faire exploser les emplois habituels en montrant d’autres visages insoupçonnés.

Terminons avec , un cas à part du fait de sa notoriété et de ses multiples activités ?

A : Au-delà de sa notoriété et de ses multiples succès, de l’image d’éternel gagnant qu’il renvoie, Patrick est un artiste très sensible qui offre une vraie disponibilité dans le travail. C’est un homme qui veut progresser, grandir et qui n’a jamais peur «d’y aller». On lui avait promis l’enfer car nous savions, pour l’avoir vu jouer le rôle tant de fois sur scène, qu’il pouvait vraiment livrer une performance exceptionnelle. Alors Patrick est venu avec ses failles, son envie, son goût du combat et de l’aventure collective, n’hésitant jamais à se remettre en question. Jusqu’à la dernière heure de tournage, un vendredi à 1h du matin, il était là, heureux comme un fou de refaire une prise pour la quinzième fois.
Travailler avec lui a été un immense plaisir.

M : Il y a une certaine injustice vis-à-vis de Patrick. C’est vrai qu’il fait beaucoup de choses différentes, mais on ne fait pas ce genre de carrière sans raison. Il a un indéfectible enthousiasme et il est très perfectionniste. Il aime proposer, mais il est toujours prêt à refaire et refaire encore. Il est dans le plaisir de la recherche ! C’est vraiment très agréable et stimulant. Maintenant, c’est vrai que quand vous ne le connaissez pas il peut avoir un petit côté énervant : il chante ? Il vend des millions de disques ! Il monte sur scène ? C’est complet ! Il joue au poker ? Il est champion du monde ! Il aurait fait de la magie, ça aurait été Majax !!! Il me fait penser au «chanteur» de la chanson de Balavoine sauf que lui pourrait chanter : «Je me présente je m’appelle Patrick, j’ai super bien réussi ma vie. Je suis aimé. Je suis beau et gagne de l’argent et en plus je suis intelligent… !» Il y a un moment où tout ce succès, ça agace, ça provoque de la jalousie chez nous, les hommes normaux ! Alors plutôt que de lutter contre cette tendance, on a trouvé intéressant de jouer avec elle. Et comme Patrick est très intelligent et très lucide sur son image, ça l’a amusé de pousser le truc à fond. Il n’a jamais essayé d’être plus intelligent ou plus fort que son personnage.

Un mot d’un autre personnage essentiel du Prénom : ce décor incroyable, cet appartement que l’on croirait bâti depuis deux siècles…

A : C’était un sujet totalement obsessionnel dès l’origine du projet ! Matthieu et moi sommes parisiens et avons grandi dans ce type d’univers, nous avions donc des idées très arrêtées sur cet appartement. Nous voulions absolument travailler avec Marie Cheminal, une immense chef décoratrice dont nous avions adoré le boulot avec Cédric Klapisch sur Paris notamment… Ses disponibilités laissaient peu de marge, mais on aurait pu camper devant chez elle pour l’avoir !

M : Elle a fini par ne plus avoir le choix car, à chaque fois qu’elle émettait une condition, nous lui disions : «D’accord» ! Le résultat est saisissant, à tel point qu’à la post-synchronisation du film, l’équipe technique croyait que nous avions tourné dans un véritable appartement ! C’est le plus beau des compliments pour nous car toute notre mise en scène a découlé de ce décor. Pour tout vous dire, lors de la conception des lieux, Marie nous a demandé de travailler seule et de ne rien nous montrer avant que tout soit fini. On a dit OK en lui demandant elle aussi d’accepter l’hypothèse que nous pourrions tout casser ! Le jour J, dans les studios de Bry-sur-Marne, son équipe nous a bandé les yeux et nous a fait découvrir l’endroit. Une fois la chair de poule passée, nous savions que la moitié du chemin était parcourue.

A : Ce qui est extraordinaire, c’est que chaque jour sur le plateau, nous découvrions de nouveaux détails et en fait, une bonne partie de l’équipe déco avait apporté des choses personnelles : Marie Cheminal a apporté ses coussins, d’autres des jouets de leurs enfants, des dessins… Tout le monde est tombé amoureux de l’appartement qui a finalement été investi, qui est devenu un vrai lieu de vie.

M : En fait, même si la rue dans laquelle il se situe n’existe pas, elle correspond exactement à un lieu qui existe dans le 9ème. L’immeuble du film est typique de ceux du 9ème et la vue du salon dans le film est celle que l’on aurait s’il existait vraiment !

A : Nous sommes même allés enregistrer du son dans le 9ème arrondissement pour que l’ambiance des bruits extérieurs soit aussi raccord !

Et la musique ?

M : On a fait appel à Jérôme Rebotier et Richard Wagner. Deux garçons bourrés de talent.

Et votre duo maintenant ? De quoi avez-vous envie : d’un retour au théâtre, de cinéma, d’autres choses ?

M : Notre envie première est de retourner au théâtre parce que la comédie sur scène est un laboratoire extraordinaire, à partir duquel un texte peut évoluer. Nous l’avons vécu lors des représentations du «Prénom» : pendant un mois au début, nous avons chaque jour apporté des petites modifications, optimisé les choses et ça a aidé la construction du film. Nous avons donc commencé à écrire une nouvelle pièce. Mais comme nous aimons essayer d’alterner comédie et drame, on a écrit ensemble un polar, un film noir que je devrais réaliser bientôt.

Entretien avec Dimitri Rassam

Vous êtes un jeune producteur, dans tous les sens du terme ! Quel a été l’élément déclencheur qui vous a fait choisir cette aventure-là ?

Je n’ai pas eu à chercher très loin : voilà plus de 6 ans que mon bureau est à 10 mètres de celui de Matthieu et Alexandre ! Je dirais que l’aventure humaine avait commencé bien avant le film… Quand ils m’ont invité à voir leur pièce, il y a eu comme une évidence et deux mois et demi plus tard, nous entrions en préparation du tournage ! Notre idée commune était de proposer un vrai film de cinéma, d’où l’envie de s’entourer d’une équipe technique talentueuse et reconnue comme Benoît Pilot à la direction de production, Marie Cheminal aux décors, David Ungaro à la lumière ou Célia Lafitedupont au montage… Il fallait aussi préserver l’équilibre de la pièce, donc nous avons fait très peu de changements sur son «ADN» mais en repartant tout de même de zéro par rapport à l’excellente mise en scène de la pièce signée Bernard Murat… Honnêtement, mon principal travail a été de donner le temps et les moyens de bien faire à Matthieu et Alexandre parce que la force motrice de ce projet, c’est eux !

Entretien avec Patrick Bruel

La pièce de théâtre «Le Prénom» marquait votre retour au théâtre. Vous avez enchaîné directement avec le tournage du film.

À la première lecture de la pièce, j’ai tout de suite su que nous en ferions un film ! Souvent, en jouant sur scène, je pensais à l’adaptation pour le cinéma et aux différentes options qui pourraient se présenter sur le tournage. Le film reste très proche de la pièce, évidemment, mais le cinéma, grâce à la liberté qu’offre la caméra, crée une intimité différente. Le point de vue change, ça oblige à se réinventer, à trouver une musique différente, même si les émotions que l’on veut faire passer restent les mêmes.

Entretien avec Valérie Benguigui

Babou est un personnage particulièrement intéressant car, de toute cette bande-là, c’est la seule que justement, on n’appelle pas par son prénom mais par un diminutif ! Comme si cette femme s’était laissée grignoter par ses proches…

Oui sans doute, mais elle l’a accepté ! Au départ, elle s’est greffée sur l’amitié des deux garçons, en tant que sœur de Vincent puis femme de Pierre. Avec le temps, elle a mis de plus en plus de choses de côté. On a tous nos secrets d’acteurs pour faire exister nos personnages, je me suis racontée une histoire à propos de Babou, je l’ai imaginée toujours en retrait, avec la volonté de faire partie de ce groupe dont les deux têtes fortes étaient son frère et son futur mari. En parallèle, elle a créé un lien plus intime avec Claude, qui est aussi plus doux, presque féminin. Donc elle s’est laissée dominer, elle a fait des enfants, elle a mis sa carrière entre parenthèses, acceptant ces compromis par amour et par facilité.

Entretien avec Charles Berling

Vous êtes «le nouveau» de cette aventure puisque vous n’étiez pas à l’affiche de la pièce de théâtre, qui mêle une intrigue typiquement de boulevard avec des réflexions plus profondes…

J’avais vu la pièce et j’avais été frappé par son rythme, cette impression de rebond permanent. Ce qui me plaît dans cette écriture, c’est qu’elle correspond à une peinture de la France d’aujourd’hui. C’était vrai sur scène et ça l’est à l’écran. Comme si certaines angoisses typiquement françaises se traduisaient par un jeu totalement débridé et assez violent, ce qui débouche sur une vraie drôlerie car cette violence est tout à fait assumée… Pierre, mon personnage, représente une France cultivée, qui travaille mais qui est aussi en perte de vitesse et de repères. Il s’oppose à Vincent, le personnage de , qui lui assume le fait de gagner de l’argent, qui ne s’embarrasse pas de principes et qui réussit dans notre société actuelle… Leur affrontement est formidable et d’ailleurs, l’énergie du tournage s’en est ressentie : elle correspond à l’écriture des auteurs et à la réalité qu’ils décrivent ! Le boulevard essaye toujours d’éviter les sujets qui fâchent : ici, même si la structure en effet est assez classique, Matthieu et Alexandre y ont ajouté des ingrédients plus cruels, presque trash. Et ce côté excessif m’a beaucoup intéressé !

Entretien avec Guillaume de Tonquédec

Comment parleriez-vous de Claude, votre personnage ? Pendant une bonne partie du film, on se demande s’il est juste discret ou franchement lâche…

Évidemment, on ne peut pas tout dire, donc c’est un peu compliqué… Mais Claude est celui qui se présente comme le «très bon ami», un peu lisse, ce qui lui permet de ne pas trop se démasquer. Il ressemble au plumage d’un canard sur lequel l’eau ou les événements glissent sans conséquence. Toujours heureux, ne prenant jamais mal les réflexions pourtant parfois blessantes. Celui sur lequel on peut compter et se déverser parce qu’il a ce don d’écouter et de rassurer les autres. Alors bien sûr on ne s’occupe pas trop de lui, mais en fait ça l’arrange, comme l’histoire le révèlera dans sa deuxième partie… Quand j’ai découvert ce personnage, j’ai immédiatement pensé à des gens que je connais qui ne peuvent jamais se dévoiler, qui aiment faire partie d’un groupe parce qu’on n’y parle jamais de soi de façon profonde et qui esquivent le domaine de la vie privée en cas de tête-à-tête plus intime. Ça leur permet sans doute de survivre…

Entretien avec Judith El Zein

Anna est un personnage intéressant parce que c’est la dernière arrivée dans cette bande d’amis… Elle a un côté pièce rapportée, ce qui lui permet de ne pas être dupe de leurs habitudes et de leur fonctionnement.

Elle les connait, mais elle n’est pas dans le mécanisme affectif de la famille. Ces rapports-là lui sont étrangers. Elle arrive vierge d’informations au moment où elle les rejoint dans la soirée, mais elle est vierge aussi des rancœurs intimes qui unissent les autres personnages ! Ce qui m’intéressait avec Anna, c’est qu’elle n’était pas la blonde idiote caricaturale, «femme de…». Dans une comédie conventionnelle, on pourrait s’attendre à ce que la femme qui se retrouve au bras de Vincent Larchet, personnage brillant, riche, arrogant et cynique, soit obligatoirement une bimbo sans répartie… comme si un caractère brillant appelait un pendant opposé… Eh bien non, au contraire !