Interview : Les Tribulations d'une caissière

    en DVD le 17 Avril 2012

Entretien avec l'auteur Anna Sam

Pouvez-nous dire, en quelques lignes, comment vous avez eu l’idée, et l’envie, d’écrire ce blog ?

À l’origine, j’ai ouvert ce blog parce que je voulais essayer de changer le regard de quelques personnes sur le métier que je pratiquais. assez de voir ce métier déprécié, de voir les caissières transparentes dans les yeux des clients. et je trouvais que raconter le quotidien de ce métier à travers des anecdotes humoristiques, ça pourrait donner une nouvelle image des caissières. c’était un projet très utopique et je ne savais pas si j’aurais assez d’histoires à raconter, si j’aurais envie d’alimenter ce blog sur le long terme et si cela intéresserait de potentiels lecteurs. il faut croire que si finalement...

À quel moment vous êtes-vous dit qu’il pouvait faire l’objet d’un livre ?

Quelques mois après l’ouverture du blog. À la base, c’était un rêve que je caressais depuis mon adolescence (comme beaucoup d’autres) de devenir auteur et ce blog qui attirait toujours plus de lecteurs me laissait entrevoir cette possibilité. ceci dit, ce qui a vraiment déclenché la possible publication du livre, c’est la médiatisation qu’a connu ce blog fin 2007, début 2008.

Aviez-vous conscience, d’une manière ou d’une autre, que vous pouviez déclencher un tel mouvement ?

Bien sûr que non ! toucher les gens de manière virtuelle via un blog, des textes et des histoires, c’est une chose, les faire réagir dans leur quotidien en est une autre. Vous savez, à l’origine du blog, je rêvais de changer le regard de quelques clients sur mon métier, aujourd’hui, je crois avoir légèrement dépassé cet objectif.

Y avait-il chez vous une conscience politique et sociale dans votre démarche ?

aucune. le but était de toucher les gens sans y mettre aucune couleur politique ou sociale. Juste en racontant des faits.

Avez-vous jamais eu l’idée que cela pouvait être transposé au cinéma ou au théâtre ?

J’ai eu des contacts très rapidement après la sortie du livre (et même déjà avant) pour des projets cinéma ou théâtre. J’ai cru que ce serait le projet théâtre qui aboutirait, comme quoi tout le monde peut se tromper... et je suis très contente que ce projet cinéma soit arrivé à terme, parce que ce genre de projet est forcément une relecture du texte original et offre une autre vision du métier.

Quelle a été votre première réaction quand Michel Siksik et Pierre Rambaldi vous ont contactée ?

J’ai vérifié si ce n’était pas une blague (rires).

Qu’avez-vous pensé de la transposition de votre livre – un recueil de chroniques – en continuité dialoguée et scénarisée ?

Pour moi, il était indispensable de créer une histoire autour de mes anecdotes. Il me paraissait impossible de faire un film avec des séquences comme celles que je raconte dans mon bouquin. Michel a réussi à créer une atmosphère, une épaisseur des personnages, à les faire évoluer à l’extérieur du magasin ; à leur donner une vie en

Quel a été votre sentiment s’agissant des dialogues ?

Certains passages m’ont vraiment fait sourire, d’autres réagir. il y a un bon mix entre les différents sentiments qu’on peut éprouver dans nos vies. de plus, ils coulent bien et offrent un élan de spontanéité qui transporte le spectateur sans se poser de questions. Et mine de rien, retrouver quelques répliques «mot pour mot» que j’ai entendu, vécu et écrit dans mon bouquin, les voir transposées à l’écran, ça fait un sacré choc !

La dimension «conte de Noël» vous a-t-elle plu ?

oui, parce que c’est le genre de film qui permet d’oublier notre quotidien, qui nous transporte dans un autre monde tout en gardant un fond social, en n’oubliant jamais qui sont les personnages qui portent l’histoire. Cela permet aussi de ne pas s’appesantir outre mesure sur les difficultés du métier et d’offrir une respiration aux spectateurs.

Le film se rapproche souvent de la comédie romantique anglo-saxonne. Qu’en avez- vous pensé ?

J’ai trouvé que c’était bien mené, c’est effectivement très conte, quelque part on rêve toutes du prince charmant et pour une fois qu’il vient en grande surface, on aurait tort de s’en priver…

Tout en s’éloignant nécessairement du matériau de départ, le scénario – et le film – vous semblent-ils fidèles à l’esprit du livre ?

c’est la grande force du film, Michel Siksik et Pierre Rambaldi ont été capables de se détacher du livre, de créer une histoire, de faire vivre les personnages en gardant les messages que je fais passer dans mon livre, tout en accentuant certains propos (la mise en images rend certaines scènes logiquement beaucoup plus fortes).

Vous avez découvert le film il y a peu de temps. Quelle a été votre réaction ?

J’appréhendais le visionnage, craignant d’être déçue par le résultat (je crois que c’est une réaction logique), mais finalement, j’ai été transportée par l’image dès le générique de début (j’adore ce système de raconter l’histoire en quelques images animées) et n’ai pas vu le temps passer.
À la fin du film, j’ai eu le sentiment d’avoir revécu mes histoires à travers le prisme d’une personne extérieure qui se serait appropriée certains aspects de ce que j’avais raconté tout en ajoutant une vision très personnelle.

L’incarnation des personnages à l’écran vous a-t-elle convaincue ?

Les personnages sont touchants, justes et j’ai été, je l’avoue, réellement bluffée par l’interprétation de Déborah François. Avant de voir le film en entier, je ne parvenais pas à voir comment elle pouvait incarner le métier de caissière, finalement, elle l’a très bien cerné, tout en gardant un côté très innocent. en visionnant le film, j’ai trouvé que chacun était dans le ton, sans en faire trop.

Aimeriez-vous, à l’avenir, participer à l’écriture d’un scénario ?

C’est un exercice d’écriture qui me tente bien, très différent de l’écriture narrative à laquelle je suis habituée, mais qui permet de donner une autre dimension à un texte, une histoire, une idée. Le côté travail du dialogue aussi m’amuserait beaucoup je pense. Fin de compte. Voilà qui humanise d’autant les caissières ! et puis, l’histoire qui est racontée fait du bien.

Entretien avec le réalisateur Pierre Rambaldi

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter le livre d’Anna Sam ?

On vit dans une époque assez cynique où l’humain semble être devenu quantité négligeable face aux multinationales et aux enjeux politiques. Lorsque nous avons entendu la voix d’Anna Sam s’exprimer sur son blog au nom de toutes les caissières de France, j’ai été touché par plusieurs aspects de sa démarche. Sans être fondamentalement militant ni partisan, son regard sur les gens met en lumière les déviances de nos comportements les uns vis-à-vis des autres. Quand on lit que 9 personnes sur 10 ne disent ni bonjour, ni merci, ni au revoir aux caissières, qu’elles ont ce sentiment étrange d’être transparentes alors que leurs conditions de travail leur impose des cadences parfois à la limite du supportable, j’ai compris que nous tenions là un sujet fort avec une grande résonance au sein de notre époque. Plus de 2 millions de lecteurs auront visité son blog, puis son livre a été vendu à plus de 270 000 exemplaires, auxquels il faut ajouter les 21 traductions étrangères. Amoureux des films de Franck Capra, j’avais envie de raconter l’histoire extraordinaire d’une femme ordinaire. Plus que la trajectoire d’une jeune femme, diplômée de lettres, qui comme beaucoup de jeunes d’aujourd’hui n’a pas trouvé de boulot dans sa filière et a fini par accepter de devenir caissière pour ensuite bousculer son destin avec son talent propre, son regard unique. un remède contre la fatalité ! une histoire pleine d’espoir, de fraternité, drôle, généreuse, humaine. Elle y décrit les rapports dans son environnement de travail et les différents clients dans lesquels chacun peut se reconnaître. ce qui m’a plu, c’est ce personnage ordinaire auquel on peut facilement s’identifier.

Entretien avec le scénariste Michel Siksik

C’est vous qui avez fait découvrir le livre d’Anna Sam à Pierre Rambaldi ?

Début 2008, anna sam avait été l’invitée des plateaux de télévision. l’intérêt des médias pour cette jeune femme faisait suite au blog dont elle était l’auteur. Le blog racontait le quotidien d’une hôtesse d’accueil en supermarché. Hôtesse d’accueil, un terme "nuancé" pour désigner la fonction de caissière. le blog fourmiliait d’échanges drôles et véridiques avec les clients. Elle en avait mentionnés quelques-uns lors d’une émission de Laurent Ruquier sur France 2. c’était vrai, c’était drôle, c’était "la vie". Je me suis dit qu’il y avait peut-être là quelque chose à creuser. Pierre et moi-même avons découvert ensemble le livre tiré du blog en juin 2008. Nous l’avons lu. il nous a plu. Nous en avons acquis les droits. Dès lors, l’aventure cinématographique pouvait commencer !

entretien avec Déborah François

Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer Solweig ?

c’est avant tout la dimension de conte du film. Solweig est un personnage solaire et lumineux, aux antipodes de mes précédents rôles. Je n’avais jamais joué dans une histoire d’amour qui se passe bien et cela me manquait ! J’avais envie de légèreté et d’un projet qui me fasse rêver et sourire. Les Tribulations D’une CaissiÈre est arrivé juste au bon moment pour moi.