Interview : Little Miss Sunshine

    en DVD le 21 Mars 2007

Les réalisateurs de Little Miss Sunshine se dévoilent !

Leurs noms ne vous disent certainement rien, mais vous les connaissez pourtant déjà grâce à leurs clips pour les Red Hot Chili Peppers ou les Smashing Pumpkins. Depuis des années courtisés par Hollywood, Jonathan Dayton et Valerie Faris décident (enfin !) de tourner leur premier long-métrage… indépendant. Ce premier essai, Little Miss Sunshine, est un coup de maître et – en plus d’être l’un des gros coups de cœur de la rédaction de Commeaucinema.com – a d’ores et déjà séduit les plus grands festivals du Septième Art (Sundance, Deauville).
Inutile de préciser qu’on est donc plutôt très contents de rencontrer le couple (sur le plateau comme dans la vie) et assez curieux de découvrir les nouveaux chouchous du cinéma indépendant US.

Rencontre avec Jonathan Dayton et Valerie Faris dans une suite du très zen Hôtel de Sers par une (des rares) après-midi ensoleillées du mois d’août. Lui, chemise bleue à carreaux, lunettes à grosse monture noire et chapeau de paille ; elle, pieds nus et très belle. Les deux lovés sur un canapé rouge. Tandis qu’il propose gentiment de tenir le magnéto pour m’"assurer un meilleur son", elle rit et gesticule en parlant. L’un achève souvent les phrases de l’autre…
On les aime déjà...

Si l’industrie du cinéma vous réclame depuis quelques années, le public ne vous connaissait que pour vos spots de pub et vos vidéo-clips. Quel effet ça fait de sauter dans le grand bain ?
Valerie Faris : Les clips c’était sympa, mais nous n’avons jamais considéré cela comme une fin en soi. On a toujours essayé de multiplier et de diversifier les expériences. Cela fait dix ans qu’on regarde du côté du grand écran et que les projets défilent – on nous avait d’ailleurs déjà proposé le scénario de Little Miss Sunshine il y a 5 ans – mais il a toujours été important pour nous d’avoir le choix. Il était essentiel de nous lancer dans un projet qui nous tiendrait à cœur et de le faire exactement comme nous nous l’entendrions.


Little Miss Sunshine a-t-il été un film difficile à monter ?
J.D. : Ce n’est jamais facile de monter un premier film. Ce le fut encore moins pour celui-ci qui n’était pas particulièrement "attirant" sur le papier. De plus, il y avait six rôles principaux – pas la peine d’espérer avoir une star – et nous ne parvenions jamais à nous mettre d’accord avec les studios concernant le casting.
J.D. : Nous avons fini par abandonner l’idée d’être soutenu par un grand studio et nous nous sommes alors appliqué à financer le film grâce à une série de producteurs indépendants. En juin 2005, le budget était bouclé. A partir de là, nous pouvions enfin approcher les acteurs qui nous tenaient à cœur pour incarner la famille Hoover. Ce qui est formidable, c’est que tous les acteurs du film sont nos "premiers choix".
V.F. : Sans exception. [Ils se regardent]
J.D. : C’était presque miraculeux.

Votre famille ressemble-t-elle aux Hoover ?
J.D. : [Enorme éclat de rire] Pas complètement…
V.F. : Sous certains aspects, cette famille ressemble à tant d’autres ! Toutes ces tentatives continuelles et désespérées de garder le contrôle de la situation, réussir à conserver tout le monde en un seul morceau, mener les siens dans la même direction, … [Elle rit] Sheryl est une mère emblématique ! Elle veut simplement que sa famille soit heureuse. Le plus drôle c’est que l’histoire des Hoover - ces minis luttes perpétuelles – était assez parallèle à notre aventure en tant que réalisateurs. Plus on avançait dans le film, plus Little Miss Sunshine nous "parlait". Nous prenions alors un peu de chaque personnage : l’optimisme de Richard, la naïveté d’Olive, la patience de Sheryl, etc.

Olive rêve d’être Miss, Dwayne veut être pilote de ligne, Richard s’accroche à la quête névrotique de succès… Aviez-vous également un rêve d’enfant ?
V.F. : [Le regard ailleurs] Vers six ans, j’étais – comme Olive – un peu dans mon monde. Je montais des shows pour moi toute seule, je chantais des trucs idiots et j’inventais la chorégraphie qui allait avec. [Elle sourit] A mes yeux, j’offrais quelque chose de fantastique au reste du monde. C’est d’ailleurs ce qui rend le personnage d’Olive si beau : elle se fiche pas mal des moqueries des autres candidates du concours. Elle s’amuse. Elle est très pro tout en restant parfaitement innocente.
J.D. : Quand j’étais gosse, j’arrivais à faire un truc avec mes pieds, comme si je glissais en courant. [Il mime avec ses mains] C’était comme si je volais. Je me sentais tellement cool dans la cours de récré ! "Visez un peu ça les mecs !" [Rires] C’est sûr, les filles en étaient folles. [Elle se tord de rire à ses côtés]

La bande son est particulièrement soignée. Un domaine certes connu pour vous, mais qui aurait pu se transformer en piège. Comment l’avez-vous abordée ?
V.F. : Nous avions tout d’abord imaginé prendre un seul nom pour assurer la musique du film et donner ainsi à ce dernier une sorte d’identité, une cohérence...
J.D. : Oui... Nous avons longtemps cherché dans ce sens et nous avons déniché Devotchka. Nous voulions également avoir la musique avant de commencer à tourner – le processus du clip – pour qu’elle puisse porter les personnages... C'était vraiment quelque chose d'important pour nous.


Si vous ne deviez garder qu’un seul souvenir de cette première expérience ?
V.F. : [Jouant sur le sens du mot "souvenir"] Le portrait de Nietzsche dans la chambre de Dwayne. Il est magnifique.
J.D. : [Rêveur] Moi, j’ai gardé les "mots" que Dwayne écrit pour communiquer. [Un temps, puis, amusé, vers elle] Tu sais où je les ai rangés ?
Propos recueillis par Eléonore Guerra
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 69 298 entrées
  • Cumul IDF : 511 189 entrées

  • 1ère semaine France : 101 183 entrées
  • Cumul France : 1 128 976 entrées