À 27 ans, l’acteur
Tahar Rahim a été la révélation du dernier Festival de Cannes. Sa performance dans
Un Prophète, le film coup de poing de
Jacques Audiard, l’installe désormais comme un futur grand du cinéma français. Rencontre !
"Dans le film le personnage prend six ans de prison, moi j’ai pris six ans d’expérience."
En l’espace d’un festival, vous êtes passé du statut de jeune acteur à celui de révélation. Pour autant, on ne vous connaît pas. Pouvez-vous nous dire d’où vous venez ?
Je viens de Belfort. Et j’ai grandi dans un milieu assez précaire.
À quand remonte votre envie de cinéma ?
Contrairement à beaucoup de comédiens, je n’ai jamais eu de révélations. Par contre, je suis allé très tôt au cinéma. Je pense que le dispositif me plaisait. s’installer dans le noir, le son, le confort… J’aimais ce sentiment de semi hypnose. À force de voir des films et des films, je me suis vu dedans. Il fallait arrêter de rêver et essayer de le faire.
Avez-vous alors décidé de prendre des cours ?
Déjà, je ne savais pas par où passer. Après m’être baladé sur les bancs de la fac, je me suis réellement décidé à faire une licence cinéma. Ensuite, je suis venu à paris avec mon sac. Et j’ai travaillé, travaillé, travaillé. j’ai décroché un agent. Il y a eu
La Commune. À partir de là, tout est allé très vite.
Comment avez-vous rencontré Jacques Audiard ?
La première fois que je l’ai vu, c’était sur le tournage de
La Commune. Il connaissait le réalisateur philippe Triboit. Je savais qui était
Jacques Audiard. En tous les cas, je savais ce qu’il représentait à mes yeux. Il était déjà mon cinéaste préféré. puis, je l’ai revu à la projection de
La Commune au Balzac. À la fin, il est venu me féliciter. Je ne touchais plus terre.
Comment avez-vous réagi ?
Je n’y croyais pas. En même temps, je ne voulais pas m’emballer. J’étais content. Il m’a donné confiance. Même s’il n’y avait rien eu après, cela m’aurait aidé à franchir des paliers. C’était bien de recevoir un peu de reconnaissance.
À quel moment, vous parle-t-il d’Un Prophète ?
En février 2008. Lorsque je commence à passer des essais.
Aviez-vous eu le scénario entre
les mains ?
Non. j’ai passé plein d’essais. Ce n’est que deux mois plus tard qu’il m’envoie le scénario. Mais avant de me prendre, il m’a demandé ce que j’en pensais.
Et qu’en pensiez-vous ?
C’était un ovni. Dans le cinéma français, on a rarement la chance de recevoir des scénarios aussi bien ficelés.
Au moment de passer les essais, Jacques Audiard est votre cinéaste préféré. Et il vous a félicité pour votre performance dans La Commune. Cela rajoute-t-il de la pression ?
Non. La pression, je l’avais déjà. Par contre, j’ai compris un truc : il fallait arrêter de rêver. C’était le moment de tout donner.
Lorsque vous commencez à tourner Un Prophète, aviez-vous conscience que le rôle de Malik allait changer votre vie de comédien ?
Oui, car très basiquement, c’est un premier rôle. Et cela change déjà beaucoup de choses. Malgré tout, je me disais qu’avec Mister jacques, j’allais apprendre énormément. Dans le film, le personnage prend six ans de prison. Alors on va dire que j’ai pris six ans d’expérience.
Ensuite, il y a le Festival de Cannes. Comment l’avez-vous appréhendé ?
J’ai immédiatement pensé qu’avec toute l’équipe, nous allions pouvoir poursuivre l’aventure. En même temps, c’était un rêve qui se réalisait. Je mentirais si je vous disais que je n’ai jamais pensé à monter les marches. Une fois là-bas, j’ai pris tout le bonheur qu’on me donnait.
Comment avez-vous géré le buzz qu’il y avait autour du film, autour de votre performance ?
Je crois que je n’ai pas vraiment réalisé ce qui se passait.
Même si vous ne réalisiez pas ce qui se passait, avez-vous pensé, à un moment, recevoir le Prix d’interprétation masculine ?
En arrivant à Cannes, j’ai pensé qu’il serait mortel d’avoir un prix. Mais en toute honnêteté, mon prix, je l’ai eu lorsque jacques m’a choisi. Et puis, qu’aurait représenté un prix d’interprétation ? Un peu de friandises ? Oui ! Après les quelques articles que j’avais pu lire, je n’en avais plus rien à foutre. Le film avait plu. j’étais content.
Avez-vous conscience que maintenant vous êtes attendu au tournant ?
Le plus difficile sera le prochain film. Néanmoins, j’ai envie de croire que le cinéma français a conscience qu’il n’y a pas beaucoup de grands films comme
Un Prophète. Peut-être que les prochains films que je ferai seront aussi bons. En tous les cas, ils n’auront pas autant d’impact.
Dans vos choix, allez-vous placer la barre encore plus haut que vous auriez pu le faire avant Un prophète ?
Je ne dis pas qu’avant
Un Prophète, j’aurais pris tous les rôles qu’on me proposait. J’avais fait une série. Et j’avais déjà cette envie de cinéma de qualité. Je ne sais pas où cela aurait pu me mener. Je serais peut-être passé par d’autres types de films.
Aujourd’hui, avez-vous un plan de carrière ?
Je n’ai pas envie de dire ça. un plan de carrière emprisonne. Vous vous dirigez vers certaines choses tout en refusant de voir d’autres horizons. Si le cinéma était un pays, j’aimerais visiter toutes ses régions. je veux continuer à bosser. Que cela me plaise. Et surtout, je ne veux pas être contraint de le faire.
Finalement, vous voulez être un acteur libre…
Exactement. Mais je ne sais pas si on me donnera l’occasion de le faire. Je ne sais pas du tout comment ça va se passer.
MON 5 MAJEUR
4 juillet 1981 : Ma date de naissance.
1989 : Mon frère m’avait donné plein d’autocolllants. Il y en avait un de l’année du bicentenaire. Je ne sais pas pourquoi, mais cela m’a marqué.
Juillet 2000 : J’ai mon bac s.
3 février 2008 : Je commence les essais d’Un Prophète.
7 avril 2008 : Jacques Audiard me choisit pour le rôle dans Un Prophète.
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Propos recueillis par Arnaud Bénureau pour
Comme au Cinéma Le MaG