Plus le temps passe, plus nous mesurons à quel point notre monde est devenu bizarre, décalé, absurde, à la fois insignifiant et terrifiant… Il me semble que ce sentiment de perplexité, de mélancolie et d’ironie vis-à-vis du cours que prennent les choses est partagé par des milliers, des millions de gens, sans autant qu’il ne soit jamais clairement exprimé.
1 Journée fonctionne, comme un puzzle, ou un Rubik’s Cube. Certaines scènes sont répétées jusqu’à trois fois, mais toujours d’un point de vue sonore et visuel différent du personnage central. La même journée est revisitée, revécue, réltérée par chacun des protagonistes. La réalité existe-t-elle ? Je veux dire pour nous, humains apprivoisés, raisonnables et prudents.

J’ai voulu parler de personnages ordinaires à un moment extraordinaire de leur vie. Par exemple, parler d’un personnage féminin, habitant la banlieue, travaillant à mi-temps dans un musée, menant une existence apparemment normale, banalement morne et répétitive, un personnage dont la vie est une suite d’événements mineurs, de silences, de détours et d’absences. J’ai voulu explorer la frontière entre la réalité et l’imaginaire, chez un tel personnage. Je me suis dit que sa réalité devait être si étrange si décalé et son imaginaire si naturel si intense, qu ‘à un moment, la frontière s’estompe. Elle se demande alors si son imaginaire n’est pas plus réel que le monde tangible et réel dans lequel elle flotte…
J’ai voulu me pencher sur l’étrange demi sommeil dans lequel nous passons de longues heures de nos vies. La lourdeur du corps, aussi, le sentiment de malédiction qui nous accable, les axes routiers sur lesquels tout semble avancer au ralenti, la lumière blanche d’un automne qui n’en finit pas…
Les habitants, pacifiques et silencieux, promènent leurs animaux, ouvrent leurs boitent à lettres, remontent leurs stores, font leurs courses, arpentant la géométrie des rues comme dans un rêve.
Lorsque le jour se lève, la cité redevient une agglomération de périphérie comme des milliers d’autres. Et pourtant, quelque chose d’irréel, de suspendu y persiste.
Un monde artificiel. Comme une maquette qui aurait pris vie.