Nicolas Brossette et vous travaillez ensemble depuis longtemps, pouvez-vous nous raconter ?
Nous nous connaissons depuis maintenant neuf ans.J'ai produit ses deux courts métrages.Il s'agissait un peu de nos premiers pas à tous les deux.Nous avons le même âge et notre parcours professionnel s'est dessiné en parallèle.Le premier court de Nicolas devait être mon deuxième ou troisième court professionnel et son premier long est pour moi le troisième. Sa grande exigence de narration m'a tout de suite plu. Quel que soit le sujet, Nicolas travaille à construire des histoires qui permettent, dès les premières séquences, d'identifier les personnages tout en formulant un véritable appel à l'aventure.
Comment vous a-t-il parlé de ce projet pour la première fois ?
C'est un projet que j'ai vu traverser beaucoup de phases.L'histoire est passée par différents rebondissements mais depuis le début,l'envie de Nicolas,l'enjeu, était de montrer qu'une famille ne se construit pas forcément par les liens du sang et que parfois,même sans avoir un passé commun,on peut se comprendre remarquablement.Nicolas a une très grande facilité d'écriture et le projet s'est rapidement formé autour de ce cœur qui a généré l'enthousiasme de
Jean-louis Livi et de moi-même.La phrase de Paul Eluard,citée par le personnage de Franck dans le film,résume assez bien les choses :« Dans la vie,il n'y a pas de hasards, seulement des rendez-vous.» Ces fameux dix jours en or - qui ne sont que trois dans le film - constituent une parenthèse pendant laquelle des gens vont se rencontrer et échanger sans faux-semblants,en harmonie.En s'appuyant les uns sur les autres,ils vont peut-être découvrir une vision plus claire de leur vie et de leur avenir.
Qu'est-ce qui vous a donné envie de produire le film ?
La personnalité de Nicolas et la force de son histoire,bien entendu.Nous sommes très proches et notre relation amicale sert de terreau à nos projets professionnels. Pendant l'écriture, j'accompagne énormément Nicolas, au point de proposer, d'orienter,de suggérer des idées de dialogue - qu'il accepte ou non.Nous réfléchissons beaucoup sur ce qu'il propose et je m'efforce de lui apporter du recul. C'est un travail que j'adore.Je suis également très impliqué au moment du casting et c'est d'ailleurs moi qui ai proposé
Franck Dubosc. L'une des forces de ce film réside dans son casting,étonnant,riche de vraies personnalités,toutes avec un bagage différent mais fort. C'est un peu l'histoire du film, dans lequel des gens venus d'horizons différents se rencontrent et vivent quelque chose de vrai. Suite aux essais, nous étions unanimes au sujet de Marie et de Mathis. Pour Claude, non seulement nous étions unanimes,mais nous étions impatients ! C'est un homme lumineux et je suis aussi heureux qu'honoré d'avoir pu faire ce film avec lui.
Pourriez-vous qualifier ce que chacun apporte au film ?
Franck s'est complètement engagé dans ce personnage.Le voir dans un registre de jeu plus sobre pour un personnage plus conscient de lui-même, sans son insouciance et sa légèreté habituelles,permet si besoin était de saisir sa profondeur. Il a beaucoup travaillé son personnage,avec un grand talent,et lui a amené sa sensibilité. Claude a éclairé son personnage qui était au départ beaucoup plus terne,dépressif. Il a dans le regard une innocence et une jeunesse qui illuminent chacune de ses apparitions.Il est aussi savoureux de noter que c'est Claude qui,face à Franck, provoque le rire.
Marie Kremer apporte à son personnage une fragilité qui n'était pas sur le papier.On sent la détresse de son personnage,un côté petite fille qui fait que la romance possible avec le personnage de Franck est très vite évacuée. Mathis incarne parfaitement le personnage que nous voyions sur le papier.Cela peut paraître évident a posteriori mais nous n'étions absolument pas conscients de ce que nous allions demander à un enfant de six ans. Nous n'avons eu besoin d'aucun artifice de montage ou autre pour valoriser son jeu.Mathis est un véritable comédien,très mûr malgré son jeune âge.Il a même amené des
choses que nous n'imaginions pas et nous a permis d'éviter toute angoisse à l'idée de jouer avec un enfant de cet âge.
Comment définiriez-vous ce qui fait la particularité du film ?
À partir de situations que l'on pourrait considérer comme attendues,l'histoire fait naître des sentiments inattendus.L'intrigue rebondit en permanence sur une période narrative très brève et entraîne le spectateur dans des émotions très variées.En suivant les personnages, on accomplit une sorte de voyage intérieur qui touche à l'intime.Au début de l'histoire,on est spectateur.À la fin,on est avec eux. J'ai poussé Nicolas à aller au bout de lui-même dans ce sens parce que je trouve joli qu'à travers son récit, chacun puisse aussi, comme les personnages,mieux cerner sa propre identité.À mon sens,le principe d'adoption réciproque qui réunit les personnages, fonctionne aussi entre le spectateur et le film.C'est une comédie qui résonne chaleureusement et amène vers plus de sérénité.
Que représente ce film pour vous,en tant qu'homme et que producteur ?
Ce film est l'aboutissement de cinq ans de ma vie,même si mon activité a été très riche par ailleurs pendant tout ce temps.C'est un moment fort dans ma collaboration avec Nicolas.Nous ne sommes pas dans une logique de premier film classique,l'histoire a été beaucoup travaillée et le casting est de premier ordre. Sur un plan éditorial,ce film se situe exactement dans la ligne des projets que je développe,des comédies qui se révèlent aussi des vecteurs d'émotions et d'histoires humaines.On est dans la comédie d'émotions,dans un de ces films qui font la part belle au sourire sans oublier d'émouvoir avec ce que la vie peut avoir de plus complexe.