Pour retracer l’homme et son œuvre,
Dustin Lance Black est passé par plusieurs réécritures de son scénario sur une durée de presque quatre ans. « Je n’avais pas l’argent nécessaire pour faire le film moi-même,et il a fallu convaincre tous ces gens de me donner l’autorisation d’utiliser leurs histoires.
Cleve Jones déclare : « J’ai trouvé le scénario de Lance magnifique. La structure en était très simple et élégante. La voix d’Harvey s’y élevait, haute et claire,je pouvais même l’entendre prononcer les mots que Lance avait écrits. J’ai dit à Lance :« J’ai un réalisateur pour toi », mais sans lui révéler de qui il s’agissait. Je savais que si mon ami
Gus Van Sant réalisait ce film,ce serait vraiment un film sur Harvey,fait par un réalisateur qui se mettrait totalement au service de son sujet.»
Dustin Lance Black se souvient :« Quand Cleve m’a finalement dit que l’ami qui voulait réaliser le film n’était autre que
Gus Van Sant, j’étais fou de joie ! »
Cleve Jones a appelé
Gus Van Sant et a organisé une rencontre avec Black. Mais le scénariste n’a pas voulu donner son scénario à Van Sant avant une dernière réécriture. Il lui a envoyé son scénario un peu plus tard à Portland. Une semaine et demie après l’avoir reçu, Van Sant appelait Black pour lui dire « On fait ce film ! ».
Gus Van Sant observe : « Le documentaire
The Times Of Harvey Milk avait placé la barre très haut,mais j’avais le sentiment qu’un film dramatique serait une continuation importante de ce qu’avait entrepris Milk.Je connaissais déjà beaucoup de choses à son sujet au moment où j’ai reçu le script. Je savais que ce serait difficile à raconter parce qu’il y avait énormément d’éléments,dans la vie de Milk,et beaucoup d’autres histoires qui croisaient la sienne.Mais Lance a su trouver le fil,il a écrit un script maîtrisé,dense,qui se tenait parfaitement et traitait largement de la politique et moins de la vie quotidienne des personnages.
« Harvey Milk est l’un des plus célèbres militants de la cause homosexuelle,et parce qu’il est mort dans l’exercice de son devoir,il a une certaine aura de sainteté dans l’univers gay.L’une des raisons qui m’ont poussé à réaliser ce film est que je voulais m’adresser aux jeunes générations qui n’ont pas connu ce temps-là,pour qu’ils le découvrent,se souviennent de lui et apprennent ce qu’il a fait pour tant de gens.» Souvent,dans les films précédents de
Gus Van Sant,les protagonistes sont des gens à qui la société ne fait pas de cadeau. Le réalisateur explique : « Harvey Milk s’inscrit dans la ligne de ces personnages,des êtres en dehors de la norme.Et cependant,c’est aussi l’histoire de quelqu’un qui a rassemblé les foules,qui vivait avec les gens.»
Dustin Lance Black était ami des producteurs
Dan Jinks et
Bruce Cohen, oscarisés pour
American Beauty.
Tous deux avaient entendu parler d’Harvey Milk quand ils étaient plus jeunes – le père de Jinks avait été rédacteur du San Jose Mercury News,qui suivait les campagnes et les succès de Milk.
Dan Jinks note : « J’avais lu que Lance avait écrit un scénario sur Harvey Milk et que
Gus Van Sant allait le réaliser,j’ai donc appelé Lance pour le féliciter. Il m’a dit alors :« Tu sais, on n’a pas de producteur. Ça t’intéresserait de lire le script ? ». J’ai fait :« Tu plaisantes ? Bien sûr que ça m’intéresse !»
Dan Jinks remarque : « L’une des forces du scénario est son authenticité, parce que Lance a fait des recherches extrêmement poussées.Il raconte l’histoire héroïque d’Harvey avec puissance,mais aussi avec humour et sentiment.Ce scénario,combiné à la volonté d’investissement personnel d’un cinéaste de réputation internationale,nous a poussés à dire tout de suite oui au projet.»
Dan Jinks,
Bruce Cohen,
Dustin Lance Black et
Gus Van Sant ont alors parlé des étapes suivantes.Van Sant a proposé d’intégrer des images d’archives et d’anciennes émissions d’actualités télévisées à l’intérieur du film, pas seulement avant ou pendant le générique de fin comme c’est souvent le cas dans les biopics. Tandis que le projet se concrétisait,le nom de
Sean Penn était apparu dans l’esprit de tous.
Bruce Cohen note :« Il a une manière bien à lui d’habiter un personnage,de devenir ce personnage au point qu’on ne discerne plus du tout l’acteur.»
Dan Jinks ajoute :« Sean aime surprendre dans tout ce qu’il fait,
Gus Van Sant connaissait l’acteur, qui vit maintenant dans la baie de San Francisco, et lui a envoyé le scénario.
Penn a répondu plus rapidement encore que Van Sant : en une semaine à peine,
Dustin Lance Black et
Gus Van Sant le rencontraient pour confirmer le projet.
Dustin Lance Black déclare : «Nous sommes toujours soucieux de savoir si un acteur jouant le premier rôle est prêt à prendre des risques.Mais Sean nous a dit :« Faisons ce film comme il faut.Disons les choses comme elles sont.» Sean a fait de gros efforts pour rendre les choses aussi authentiques que possible. Il est entièrement dévoué à la vérité,à la précision,et il a fini par incarner à la perfection l’esprit d’Harvey Milk.»
Dan Jinks raconte :«Chaque jour,sur le plateau,c’était un émerveillement pour nous tous de voir Sean se transformer en Harvey.Les gens qui avaient connu le vrai Harvey étaient stupéfaits par cette métamorphose.»
Gus Van Sant déclare : « Sean apporte à son interprétation cette intensité des comédiens d’autrefois,une excellence absolue dans le jeu.»
Sean Penn remarque :« Il n’y avait pas seulement un excellent scénario sur lequel se reposer,il y avait aussi quantité d’archives.Je suis tombé littéralement amoureux de la personnalité d’Harvey,de son esprit.L’incarner a transcendé ma démarche d’acteur.» et à mon sens,il est capable de tout jouer.»