Notes de Prod. : Erreur de la banque en votre faveur

    en DVD le 02 Octobre 2009

Entretien avec Gérard Bitton et Michel Munz

L’argent comique !

« Pour nous l’argent peut être une prodigieuse matrice de comédie. La thématique de l’argent évolue selon les époques. Lorsque nous avons écrit La vérité si je mens, 1 & 2, l’argent était alors un sujet tabou. Les gens entretenaient un rapport pudique, hypocrite à l’argent. Nous avons eu envie de nous arrêter sur une communauté qui a une relation décomplexée, voire parfois ludique à l’argent. Puis, avec Ah ! Si j’étais riche, nous avons creusé l’idée que, pour le plus grand nombre, le travail, les salaires ne suffisant plus pour s’en sortir, le loto prétendait remplacer trivialement « la lutte des classes ».
Mais aussi, nous voulions montrer qu’avec parfois un coup de chance, toutes les perspectives ordinaires de l’existence pouvaient converger vers un réenchantement du quotidien, du monde, de la vie. Il y a maintenant deux ans, nous nous sommes intéressés à l’univers des banques en pressentant qu’il s’y passait quelque chose de décisif, la formation d’un nuage sombre lourd de menaces. Ces prédictions ne demandaient aucun talent d’oracle tant il était évident pour tous les acteurs de la scène financière que la bulle allait exploser. Ce qui les a pris de court, c’est la vitesse et l’ampleur du désastre, pas son avènement. Nous avons d’abord observé les grandes banques d’affaires, moins familières, vénérables autant que feutrées, où l’on peut rencontrer certains grands « prédateurs » de la haute finance, que nous pourrions décrire de façon amusante. L’univers des petites agences de quartier, ensuite, que nous fréquentons tous, de plus en plus défraîchies, au personnel toujours plus restreint qui prétend initier « l’innocent-petit-porteur-vache-à- lait » aux joies exquises et enivrantes de la spéculation de masse. Le contraste entre ces deux types de banques, de banquiers et de clientèles nous a paru prometteur, riche de situations comiques. Comique surtout, cette fable universelle de « l’argent travailleur ».

Nous avons voulu décrire, de la manière la plus drôle possible, les deux façons opposées dont l’argent circule, en fonction de la cupidité ou de la générosité de chacun. Dans la tradition des luttes ouvrières et jusqu’aux années 1975 environ, le banquier, avec son melon et son cigare, son ample pelisse, était présenté comme la figure emblématique du capitalisme dur contre laquelle il fallait lutter. Et puis, soudainement, par enchantement, il a disparu du paysage, pour devenir un acteur quasi anonyme de l’économie dont nous nous sommes mis à ignorer les responsabilités alors qu’elles sont essentielles et s’inscrivent au coeur de la faillite économique et sociale de notre époque.


Nous avions entendu un banquier prétendre que l’argent ne sert qu’à faire de l’argent, phrase que nous avons reprise dans le film. Lorsque nous avons commencé à travailler sur ce projet, certains de nos interlocuteurs estimaient qu’un sujet lié à l’univers de la banque n’était guère motivant pour les spectateurs, pas assez glamour, qu’ils ne s’y intéresseraient pas. Nous l’avions vécu aussi pour La vérité si je mens 2 que les financiers trouvaient trop axé sur la grande distribution. Mais aujourd’hui, il suffit d’écouter les conversations dans les cafés, les gens parlent régulièrement de la bourse, de la crise. »

Le délit d’initié

« La notion du délit d’initié est assez floue et nous entretenons certainement volontairement une sorte de mystère autour de lui. Nous ne connaissons jamais les détails des affaires exposées. Il est très difficile de caractériser ce genre d’affaires, ce qui arrange finalement beaucoup de monde. Nous avons le sentiment que les banquiers ont failli à leur mission, qu’ils ont arrêté de faire leur métier et qu’ils jouent aujourd’hui avec l’argent des autres pour leur seul profit sans se soucier des conséquences économiques. En préparant le film nous avons souvent eu l’impression d’avoir affaire à des tricheurs et des paresseux, des mauvais joueurs sans envergure. »

Le pouvoir de l’amitié

« Au-delà de la thématique de l’argent, l’amitié est l’autre axe essentiel autour duquel nous aimons écrire des histoires. Julien et Étienne sont amis depuis longtemps, mais Étienne reproche à Julien d’avoir d’une certaine façon trahi son appartenance sociale, de parler le langage ampoulé de ses patrons. Il y a un double mouvement des personnages dans le film, Julien est dans un premier temps psychorigide, un peu réac alors qu’Étienne, taxé d’être communiste par Julien, est plutôt revendicatif. À mesure que l’argent s’impose dans leur relation, Étienne se montre de plus en plus avide et Julien se détourne de cette facilité. Cette distance manque d’engendrer une vraie rupture entre eux. Au bout du compte, leur amitié se révèle assez solide et puissante pour résister aux sirènes de l’argent, à l’acide de la cupidité. »

Julien Foucault, maître d’hôtel dans une banque d’affaires


« Tout a commencé grâce à un banquier qui nous a invités à déjeuner et nous a fait pénétrer pour l’occasion dans un salon privé, derrière les guichets. Là, un repas nous a été servi par un maître d’hôtel stylé, dévoué au service des grands clients. Un personnage fascinant. Il côtoyait ce milieu depuis des années, mais les conversations s’arrêtaient dès qu’il entrait dans la pièce. Il nous est apparu que ce personnage pouvait être le pilier d’une histoire d’initiés, à la fois au coeur de cet univers secret et en même temps totalement étranger. Après en avoir rencontré plusieurs, nous avons voulu montrer le rapport mimétique qui s’instaure parfois entre de tels serviteurs et leur patron. Ce sont des gens qui considèrent leur patron avec le plus grand respect, en parlent comme d’un ami, allant jusqu’à éprouver le sentiment d’appartenir à la famille. Ces employés étaient pour nous des énigmes. Songez qu’ils fréquentent des grands banquiers, aristocrates de la finance internationale qui tirent les ficelles d’affaires terriblement juteuses, et se contentent d’un salaire plutôt modeste. »

Julien, un maître d’hôtel particulier habité par Gérard Lanvin

« Ce qui est intéressant au travers de la présence de Julien, c’est son parcours, son évolution. À l’origine un personnage naïf, admirant ses employeurs, les voyant comme des gens courageux et généreux. Julien a l’impression d’appartenir à cette banque dans laquelle il travaille depuis de nombreuses années. Il croit vraiment que son patron va l’aider, le soutenir. Le refus et le mépris de celui-ci vont profondément le heurter et remettre en cause sa perception du monde. À partir de ce moment, il va considérer qu’il peut légitimement profiter, lui aussi, de la situation tout en aidant au passage, ceux qui l’entourent. À la différence des banquiers qui ne semblent songer qu’à leur profit, Julien n’hésite pas à partager ses profits avec les plus démunis de son entourage. Nous avons insisté également sur le fait qu’il n’a aucune vie sentimentale, il était totalement dévoué à son patron, week-end compris. Nous voulions le saisir au moment où sa vie bascule. Cela faisait plusieurs années que nous avions envie de travailler avec Gérard Lanvin, mais nous n’avions jamais eu la chance de pouvoir le contacter. Nous avons pu lui faire lire le scénario de Erreur de la banque en votre faveur. Ce film était pour nous l’occasion de réunir deux des comédiens de la bande de Mes meilleurs copains. Ce fut un réel plaisir de le guider, de le diriger, c’est un comédien qui invente, propose et tente des choses. Il est surprenant, et il a apporté de riches nuances au personnage de Julien, que nous n’avions pas toujours perçues lors du tournage et dont nous avons découvert la pertinence lors du montage. Il a vraiment nourri son personnage de ces petites couleurs drôles ou émouvantes. Il sait s’approprier une séquence avec sobriété tout en ayant un vrai sens de la comédie et en se saisissant de manière jubilatoire de certains rebondissements. »


Étienne, les retrouvailles avec Jean-pierre Darroussin

« Nous n’écrivons jamais pour des comédiens. Le personnage précède, le comédien lui succède. Après avoir réuni ce duo, nous avons repris certains passages afin de renforcer très légèrement le côté « 20 ans après », affiner leur amitié, leurs antagonismes. Nous aimons beaucoup la scène durant laquelle Julien et Étienne se disputent, cette querelle révèle qu’Étienne n’est pas aussi formidable que nous l’avions laissé paraître jusqu’à ce moment là du récit. Lorsqu’il s’emporte contre Julien, on ne s’y attend pas, ce qui est intéressant, mais l’on s’attend à ce qu’il revienne vers lui. Ses faiblesses nous plaisaient et il est difficile de lui en vouloir. Lorsque Julien lui demande de ne pas divulguer ses tuyaux et qu’il lui répond « aucun problème tu me connais », le spectateur sait immédiatement qu’il va, dans les cinq minutes, en parler à tout le monde. Jean-Pierre est un formidable compagnon de tournage, quelqu’un sur qui nous pouvons entièrement compter, un grand allié qui porte les aventures dans lesquelles il s’engage. »


Deux réalisateurs, la répartition des rôles
« C’est notre troisième film et nous nous sommes sentis plus sereins, nous avons eu la sensation de mieux maîtriser cette nouvelle aventure, du coup d’en tirer plus de plaisir. Nous sommes dans la même dynamique, la même logique. Nous avons écrit le scénario ensemble, c’est donc très rare que nous n’ayons pas la même vision du film, d’une séquence. Ce qui nous aide pour écrire, pour avancer, c’est, premièrement, de repérer un aspect qui nous semble particulièrement saillant de la société dans laquelle nous sommes, un phénomène, qui à nos yeux, combine une sorte d’intérêt général avec un fort potentiel comique. Alors peuvent, petit à petit, émerger les personnages de l’histoire, une ambiance, des décors... C’est assez jubilatoire de tenter de décrire des personnages, une situation en jouant aussi sur les dialogues. Nous aimions les personnages qui cherchent une seconde chance. Ces postulats posés, nous pouvons dériver, installer une tonalité plus comique et ainsi contourner le premier degré du sujet afin de ne pas nous montrer trop manichéens. Nous prenons la mise en scène un jour sur deux et celui qui dirige se repose sur l’autre qui l’assiste au premier rang, s’appuie sur son regard, son écoute. Celui qui est derrière le combo est forcément plus serein, il peut avoir plus de recul, une vision plus pertinente de certains détails car il est, ce jour là, moins stressé. C’est un soutien de premier ordre pour le metteur en scène du jour. »


Montrer plus que dénoncer

« Le comique est un excellent outil critique. Nous nous servons du cynisme de la réalité en essayant de la rendre drôle, ce qui n'est pas toujours évident. Comment écrire un film sur la violence de la société sans avoir un discours trop triste ou trop pesant. Nous retenons toujours de ce type d'exercice un petit bénéfice personnel, mais nous ne tenons pas à avoir un discours trop direct, trop dénonciateur, notre souci est avant tout de réussir à faire rire et à émouvoir en suscitant une petite réflexion. Nous ne cherchons pas forcément à dénoncer mais plus à montrer. »

Notes de tournage...

Le 24 Janvier 2008 - Erreur de la banque pour Lanvin et Darroussin !

Non, les comédiens Gérard Lanvin et Jean-pierre Darroussin ne jouent pas au monopoly.
Non, les deux acteurs ne recevront pas 20.000 francs.

En fait, Lanvin et Darroussin s’apprêtent à trimer sur le tournage de la nouvelle comédie, Erreur De La Banque En Votre Faveur, coréalisée par Gérard Bitton et Michel Munz.

Entretien avec Gérard Lanvin et Jean-Pierre Darroussin

Qu’est ce qui vous a donné envie d’incarner ces deux personnages, de vous lancer dans cette aventure ?

Gérard Lanvin : D’abord je dirais que l’usage fait briller le métal et devant l’insistance heureuse de la conviction de nos deux amis Michel Munz et Gérard Bitton, j’ai immédiatement répondu présent à l’appel, surtout pour jouer ce à quoi d’autres n’avaient jamais pensé pour moi, un maître d’hôtel. Après une rencontre convaincante, une lecture a fini le boulot. À cela s’ajoute le désir heureux de retrouver Jean-pierre Darroussin pour partager avec lui et d’autres collègues les émotions joyeuses d’un tournage intelligent à l’image de nos deux patrons.

La Musique

Comme pour Ah ! Si j’étais riche ou Le Cactus, Michel Munz a composé la musique d’Erreur de la banque en votre faveur. « J’ai eu la chance de trouver les thèmes du film pendant la préparation du film. Chaque thème correspond à un personnage. Il y a le thème de Julien, sorte de tango électro à la fois chic et populaire. Pour Étienne, une valse désenchantée. J’essaie que la musique ne soit pas pléonastique. Dans la scène où les voisins de Julien lui ont préparé une petite fête, j’ai écrit sur ces images une élégie. Sur nos deux précédents films, la musique était purement orchestrale. Pour celui-ci, j’ai travaillé avec Christophe La Pinta, qui a apporté ses samples et boucles électroniques, notamment pour l’arnaque finale. D’une manière plus générale, nous avons toujours prêté une attention particulière au son de nos films, le tempo d’une scène étant à nos yeux (et à nos oreilles) aussi important que ce qui se passe à l’image. »
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 1 185 entrées
  • 1er jour IDF : 9 204 entrées
  • 1ère semaine IDF : 76 452 entrées
  • Cumul IDF : 157 299 entrées

  • 1ère semaine France : 304 692 entrées
  • Cumul France : 648 645 entrées