Notes de Prod. : Erreur de la banque en votre faveur

    en DVD le 02 Octobre 2009

Entretien avec Gérard Lanvin et Jean-Pierre Darroussin

Qu’est ce qui vous a donné envie d’incarner ces deux personnages, de vous lancer dans cette aventure ?

Gérard Lanvin : D’abord je dirais que l’usage fait briller le métal et devant l’insistance heureuse de la conviction de nos deux amis Michel Munz et Gérard Bitton, j’ai immédiatement répondu présent à l’appel, surtout pour jouer ce à quoi d’autres n’avaient jamais pensé pour moi, un maître d’hôtel. Après une rencontre convaincante, une lecture a fini le boulot. À cela s’ajoute le désir heureux de retrouver Jean-pierre Darroussin pour partager avec lui et d’autres collègues les émotions joyeuses d’un tournage intelligent à l’image de nos deux patrons.

Jean-pierre Darroussin : C’est vrai que Gérard et Michel donnent envie aux acteurs de se dépasser. Il y a quelques réalisateurs avec lesquels je sais, en acceptant de les suivre, que l’aventure sera aussi importante, voire plus importante que le résultat. C’est le cas avec Munz et Bitton, je sais que le tournage comptera autant que le film. En dehors du scénario, du propos, il y a des réalisateurs qui construisent un style, et au-delà de toute recherche cinématographique, touche les spectateurs, il s’en échappe une proximité, une familiarité, un lien participant à une lecture générale du cinéma. Je suis toujours ravi de participer à ce type de projets car il en émane une grande sincérité. Ce sont des films pensés pour les spectateurs pour les divertir, tout en suscitant une réflexion. J’apprécie leur regard, la façon caustique dont ils abordent la comédie, je me sens en osmose avec leur vision.

Vous avez été réunis à deux reprises sur Est-ce bien raisonnable de Georges Lautner et le film de Jean-Marie Poiré devenu culte depuis, Mes Meilleurs copains. Espériez-vous un jour vous retrouvez ?

G. L. : Quand on aime, on ne compte pas dit-on. Si aujourd’hui il fallait remettre très vite le couvert avec Jean-Pierre, je n’hésiterais pas une seconde, c’est un partenaire brillant, calme, partageur et efficace, très à l’écoute de l’autre avec qui vous pouvez jouer la surprise. Il vous suit dans toutes vos directions de jeu, sans s’en inquiéter, en répondant simplement et justement. Il n’y a pas de meilleur dans nos exercices, c’est un métier où un barbier rase un autre barbier. Il n’y a qu’une chose à savoir et à retenir : « quand tu veux danser vois à qui tu donnes la main ».

J-P. D. : Nous nous connaissons depuis longtemps et notre relation évolue de loin en loin. Nous nous voyons peu mais nous avons passé quelques bons moments ensemble. Gérard était déjà un acteur confirmé lorsque j’ai débarqué, frisé comme un mouton, sur Est-ce bien raisonnable, le film de Georges Lautner, je me souviendrai toujours de la chaleur avec laquelle il m’a accueilli. D’autres moments très intenses ont suivi, Mes Meilleurs copains de Jean-Marie Poiré, notamment. Je ne sais pas si cette confiance et ce respect se ressentent lorsque nous jouons, il y a toujours dans le regard de celui qui observe son partenaire l’appréciation de l’autre.


Comment avez-vous appréhendé vos personnages ?

J-P. D. : Ce sont des types qui n’ont pas fait d’études, qui ont appris sur le tas des métiers qu’ils aiment énormément. Des métiers qui les font vivre et les épanouissent pleinement. C’est là où ils sont les plus performants et compétents. Julien est maître d’hôtel dans une banque d’affaires privée, il travaille pour « les plus grands de ce monde ». Moi, je suis un cuisinier qui n’est pas reconnu à sa juste valeur, quelqu’un qu’il faut découvrir, qui a des talents cachés. Julien et Étienne sont amis parce qu’ils se reconnaissent, ils ont les mêmes origines, la même culture. Ils se comprennent comme des amis de longue date. Le personnage interprété par Gérard est le moteur du film. Grâce à lui, la vie d’Étienne s’illumine, il s’ouvre plus aux autres et s’en trouve du coup plus séduisant, s’impose plus facilement, ose. Julien, conscient de son talent, l’encourage et va lui donner la possibilité de s’épanouir. La plus grande qualité d’Étienne, outre d’être un excellent cuisinier est, d’avoir su rester fidèle à ce qu’il était. Sa générosité en fait un type séduisant, un peu en dehors du temps.

G. L. : Ce sont effectivement deux personnages qui aiment faire plaisir ; l’un en faisant la cuisine, l’autre en servant les autres. Mon personnage a la volonté de se dépasser et de franchir la porte de son milieu social. Il est fier de fréquenter ses patrons et leur est totalement dévoué. Il est compétent mais prétentieux, terriblement naïf et va se sentir trahi par le comportement de ses partons. Il a cru que malgré ses origines modestes, il pourrait prétendre à faire partie d’un autre cercle, celui des gens de la banque, que son travail et son investissement seraient récompensés. Humainement le choc est terrible. Alors quand cette brèche s’ouvre, lui donnant à la fois la possibilité de réussir et de se venger, il s’y engouffre. Julien et Étienne ont en commun la générosité et un réel respect l’un pour l’autre. La très belle amitié qui les lie est le pilier de l’histoire. Lorsque Julien retrouve enfin sa liberté, ils peuvent aller de l’avant ensemble, et cette fois, se battre pour eux, mais pas seulement. Ils ont la volonté de partager « ce coup de pouce du destin » et aident les habitants de leur quartier à s’en sortir. C’est le piquant du récit et c’est là où Munz et Bitton ont su faire part d’une réelle intelligence dans leur écriture et dans leur façon d’aborder les rapports humains, puisque Étienne finit par pousser Julien à continuer ses opérations financières. Ils réussissent à faire d’un personnage aussi gentil et chaleureux qu’Étienne, l’espace d’un instant, un personnage de la même trempe que ceux qu’il a toujours détestés.


Quel regard posez-vous sur le délit d’initié, le rapport à l’argent et l’implication des banques au sein de la société, tels qu’ils sont décrits par les auteurs ?

J-P. D. : C’est une approche qui n’est, malheureusement, absolument pas caricaturale. Nous traversons une époque de totale insécurité. Nous avons peur de nous exprimer ou de résister. Pour fonctionner, certaines règles du système capitaliste doivent être respectées par tout le monde, au moins par ses promoteurs, or ceux qui pratiquent certaines opérations financières frauduleuses, comme le délit d’initié, en brisent l’organisation. Ils devraient donc être poursuivis, réprimés avec sévérité, mais ce n’est pas le cas.

G. L. : Ce qui se passe à l’heure actuelle est tout simplement terrifiant et le plus inadmissible est que nous en pâtissons tous. S’il faut avoir certaines compétences pour se lancer dans un délit d’initié, nous en rêvons évidemment tous. Ce serait magnifique de pouvoir ainsi gagner de l’argent aussi facilement, oublier ses difficultés, en profiter. Il n’en reste pas moins que c’est une honteuse escroquerie. S’il existait un César du mépris, ceux qui se vouent à de tels délits pourraient le remporter. C’est d’autant plus grave que tout le système se fonde dessus et qu’il n’y a, du coup, plus aucune confiance. La course au meilleur a créé une génération d’escrocs prétentieux, prêts à faire croire n’importe quoi à n’importe qui et à n’importe quel prix. Nous vivons dans une société irresponsable pleine de faux-semblants et de faux-culs où l’on réussit même à nous vendre des clopes qu’on nous empêche de fumer.

Quelles sont aujourd’hui les valeurs qui pourraient permettre de supporter cette réalité ?

G. L. : Supporter cette réalité !? Mais cette réalité est insupportable sans le respect des valeurs humaines fondamentales. Il n’y a plus d’espoir. La raison a disparu, la raison est pour moi l’intelligence qui choisit la sagesse. L’homme n’a plus de conscience.

J-P. D. : La naïveté peut aujourd’hui paraître essentielle au coeur d’un monde devenu complexe et confus. La confusion génère souvent de l’anxiété pouvant entraîner certaines dérives. Il n’y a pas que le délit d’initié et ceux qui s’y adonnent savent aussi manier les foules. Quelle est la seule arme face à cela si ce n’est la naïveté ? Il n’y a pas d’autre terrain où se battre que celui de la naïveté et de la vulnérabilité.

Entre ces deux personnages se glissent avec puissance deux silhouettes féminines, qu’apportent-elles au récit ?

G. L. : Julien a passé sa vie à se mettre au service des autres et il a renié ainsi sa propre liberté, sa propre existence. Il ne ressent étrangement plus aucun désir. Sa seule perspective, depuis de nombreuses années, n’est centrée que sur les désirs de ses patrons et celui de leur plaire, d’avoir toute leur considération en se montrant exemplaire dans son travail. Lorsqu’il croise le personnage interprété par Barbara Schulz, cette histoire d’amour va le dérouter. Il a trop donné aux autres et ne croit plus en lui, il n’est pas préparé à cette rencontre. Le monde d’aujourd’hui ne laisse plus de place au hasard et ces hasards qui scandent le film lui apportent une douce légèreté. Étienne ne s’attend pas non plus à vivre une histoire d’amour avec la jeune serveuse qu’il côtoie depuis plusieurs mois. Il faut se laisser surprendre, ne pas calculer et ce que j’aime dans ce film, ce sont justement les surprises qu’il nous réserve. Le couple que forment Jean-Pierre et Jennifer est ainsi un couple formidable, un couple qui fait rêver. Je ne suis pas choqué par leur différence d’âge. Je les trouve sincères, adorables, heureux ensemble.

J-P. D. : Aujourd’hui la différence d’âge dans un couple n’est plus aussi choquante qu’avant, la société accepte plus facilement ce genre d’écart. Étienne est un peu lunaire et ne respecte pas les normes établies par une société ronronnante, certaine de fonctionner dans le bon sens. Une société d’ailleurs tellement normative qu’elle a créé un système de récompenses sociales générant de nombreuses jalousies, de nombreuses rancoeurs.

Vous étiez face à deux réalisateurs vous dirigeant ensemble. Ce n’est pas déroutant de se retrouver ainsi face à deux voix différentes ?

G. L. : Si. J’étais légèrement inquiet le premier jour, mes inquiétudes se sont immédiatement dissipées. Il y a une telle complicité entre eux, une telle humilité et un tel recul qu’il n’y a finalement plus qu’une seule et même voix, très harmonieuse. Ils sont disponibles, composent ensemble et se complètent parfaitement. Il en découle une très belle communion sur le plateau. C’est très agréable. Ils sont ouverts et très sensibles à la surprise en attente des propositions des acteurs, ce qui est de plus en plus rare.

J-P. D. : En général, sur un tournage, nous nous retrouvons souvent confrontés à d’étouffantes problématiques égocentriques, renforcées par de nombreuses pressions. On se sent souvent, humilié, rabaissé. Munz et Bitton, au contraire, amènent autre chose, il n’y a aucune revendication narcissique et ont une étonnante sérénité. La complicité de nos personnages à l’écran émane, en grande partie, de la personnalité des réalisateurs. Ce sont des « crèmes ». J’adore ce plaisir qu’ils prennent à parler de tout et de rien, à commenter l’actualité, à la décrypter, c’est jubilatoire de les écouter.
En écrivant, ils ne recherchent pas l’artifice, ils ne singent pas, ils s’inscrivent dans des rapports sains et sincères. Mais ce qui compte pour moi c’est également leur propos. Ils dénoncent en s’amusant et s’inscrivent ainsi dans une tradition française datant des pièces de Molière. Ils construisent leurs personnages avec une véritable complexité humaine. Si ils sont souvent caustiques ou corrosifs dans leurs observations, leurs portraits restent baignés d’amour et de tendresse. Ce sont de profonds humanistes. Même si le monde est pourri, leur film appelle à espére.

Notes de tournage...

Le 24 Janvier 2008 - Erreur de la banque pour Lanvin et Darroussin !

Non, les comédiens Gérard Lanvin et Jean-pierre Darroussin ne jouent pas au monopoly.
Non, les deux acteurs ne recevront pas 20.000 francs.

En fait, Lanvin et Darroussin s’apprêtent à trimer sur le tournage de la nouvelle comédie, Erreur De La Banque En Votre Faveur, coréalisée par Gérard Bitton et Michel Munz.

Entretien avec Gérard Bitton et Michel Munz

L’argent comique !

« Pour nous l’argent peut être une prodigieuse matrice de comédie. La thématique de l’argent évolue selon les époques. Lorsque nous avons écrit La vérité si je mens, 1 & 2, l’argent était alors un sujet tabou. Les gens entretenaient un rapport pudique, hypocrite à l’argent. Nous avons eu envie de nous arrêter sur une communauté qui a une relation décomplexée, voire parfois ludique à l’argent. Puis, avec Ah ! Si j’étais riche, nous avons creusé l’idée que, pour le plus grand nombre, le travail, les salaires ne suffisant plus pour s’en sortir, le loto prétendait remplacer trivialement « la lutte des classes ».

La Musique

Comme pour Ah ! Si j’étais riche ou Le Cactus, Michel Munz a composé la musique d’Erreur de la banque en votre faveur. « J’ai eu la chance de trouver les thèmes du film pendant la préparation du film. Chaque thème correspond à un personnage. Il y a le thème de Julien, sorte de tango électro à la fois chic et populaire. Pour Étienne, une valse désenchantée. J’essaie que la musique ne soit pas pléonastique. Dans la scène où les voisins de Julien lui ont préparé une petite fête, j’ai écrit sur ces images une élégie. Sur nos deux précédents films, la musique était purement orchestrale. Pour celui-ci, j’ai travaillé avec Christophe La Pinta, qui a apporté ses samples et boucles électroniques, notamment pour l’arnaque finale. D’une manière plus générale, nous avons toujours prêté une attention particulière au son de nos films, le tempo d’une scène étant à nos yeux (et à nos oreilles) aussi important que ce qui se passe à l’image. »
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 1 185 entrées
  • 1er jour IDF : 9 204 entrées
  • 1ère semaine IDF : 76 452 entrées
  • Cumul IDF : 157 299 entrées

  • 1ère semaine France : 304 692 entrées
  • Cumul France : 648 645 entrées