Notes de Prod. : Je l'aimais

    en DVD le 21 Octobre 2009

Rencontre avec Zabou Breitman (Scénariste et Réalisatrice)

Comment avez-vous abordé ce projet ?

Par le biais du souvenir d’abord, sujet qui m’est cher. Ça a été ma porte d’entrée dans le roman. Comme celle qui s’ouvre sur les souvenirs de Pierre. Cette porte pourrait aussi bien représenter la tranche d’un livre de conte, qui nous mène à l’histoire d’amour secrète,et dans laquelle on plonge avec Pierre et Chloé, au cours de la nuit. Un petit livre caché au creux d’un autre. L’histoire dans l’histoire. C’est un film avec un passage secret. Et tout au long de l’adaptation avec Agnès De Sacy, nous avons gardé le désir des périodes parallèles de la vie qui se télescopent.
Chloé est la première spectatrice de l’histoire de Pierre et Mathilde. J’aimais ces croisements, ces regards en ricochet. J’aimais pouvoir jouer à revenir au présent en pleine tension narrative. Imprimant peut-être une frustration que j’apprécie toujours en tant que spectatrice. Un délai, une pause forcée. En fait, le code du personnage principal est bousculé dans cette narration. Et comme les codes ne sont là que pour être transgressés...

L’humanité qui surgit là où on ne l’attend pas est un thème récurrent dans vos films. Est-ce un trait de cette histoire qui vous a attirée ?

On perçoit l’humanité quand précisément elle est où on ne l’attend pas. C’est toujours l’heureuse surprise de l’humain qui se révèle qui nous touche. Au bout du compte, quel que soit le film qu’on fasse, on ne raconte qu’une seule histoire : celle des sentiments,et de la métamorphose.

Lorsque vous avez fait l’adaptation avec Agnès De Sacy, saviez-vous pour qui vous écriviez ?

Non, nous ne le savions pas. Cependant, nous avons donné le nom de Geneviève à la secrétaire - Solange dans le livre - parce que j’ai tout de suite eu l’image de Geneviève Mnich pour le rôle.
Pour Mathilde, il me semblait nécessaire que la comédienne aille au personnage, et c’est ce qu’a fait Marie-Josée. À l’inverse, j’avais envie que Chloé aille à la comédienne qui l’incarnerait. Nous avons donc retravaillé ce personnage en fonction de Florence.

Dans quel axe avez-vous travaillé l’adaptation ?

J’avais peur de partir très (trop ?) loin vers mes penchants cinématographiques, mes envies de décalages,de déstructuration fantaisiste ou onirique, au risque de trahir le livre d’Anna Gavalda. Il fallait que je trouve mon équilibre dans cette histoire qui n’était pas complètement la mienne.
J’ai pu tourner ce qui concerne le passé en premier, l’histoire d’amour entre Pierre et Mathilde, à Hong Kong et cela a tout naturellement donné une mémoire à Daniel Auteuil, à moi, et à l’équipe. On avait le petit livre secret. Nous avons ensuite tourné le présent.
Les lectures préparatoires avec les comédiens et les techniciens ont été l’occasion de percevoir l’histoire dans son ensemble. Avec ses retours au présent, ses échappées, ses changements d’axe. Je restais concentrée sur le fait de ne jamais perdre le regard de Chloé, fondamental dans le roman. Chacun perçoit un livre de façon différente, ce qui donne cet éclat unique et magique à la littérature. Chacun, à travers les lignes de l’auteur, se fait sa propre interprétation, son propre film, en s’appuyant sur son imaginaire. Notre adaptation n’est qu’une des multiples visions possibles. Elle est à la fois plus orientée et plus réductrice.

Comment avez-vous choisi vos comédiens ?

Daniel Auteuil m’a toujours beaucoup émue dans ses grands rôles d’amoureux. J’aime sa capacité à être un autre en restant si fortement, si intimement lui-même. Cette vérité-là, cette proximité sont pour moi essentielles dans le jeu de l’acteur. Et indispensables au rêve.

Daniel est capable d’« être là ». Simplement. D’écouter, de recevoir. Il vibre dans ses silences, il vit les situations mais jamais de façon ostensible, ou volontariste. Il sait, je crois, choisir quand se laisser piller par la caméra. Jouer la comédie n’est pas, comme beaucoup le croient, prononcer des phrases. C’est dans les scènes muettes que l’on mesure souvent la véritable envergure des grands acteurs.
Ce personnage de Pierre traverse vingt ans de son histoire. Daniel et moi-même n’étions pas pour un vieillissement type « effets spéciaux ». C’est par petites touches, par un travail de chacun que les vingt ans paraissent, Joêl Lavau et Laurent Bozzi au maquillage et à la coiffure, Michel Amathieu à la lumière et Henri Morelle l’ingénieur du son qui mettait un micro spécial pour faire ressortir les graves de la voix de Daniel quand il est plus âgé. Marie-laure Lasson et Claire Lacaze qui ont choisi des vêtements plus larges, plus épais pour le présent,et des costumes cintrés,fins et dynamiques pour la période « Mathilde ».
Enfin, bien sûr, Daniel lui-même. Il s’arrondissait, se tassait, prenait vingt ans, ou les perdait dans son corps,ses mouvements,son élocution,son regard,sa voix.
Je connaissais peu Marie-josée Croze. Quand je l’ai rencontrée, je lui ai trouvé une beauté à part, lumineuse, presque animale. J’aime croiser des gens sans pouvoir dire s’ils sont français ou non, d’ici ou pas. Cela enflamme l’imagination. Marie-Josée a une beauté noble qui n’appartient qu’à elle. Mathilde est spéciale, insaisissable et mystérieuse. Et même si Marie-Josée s’est glissée dans Mathilde, elle lui a apporté ce regard trouble et troublant. Ce mystère est propre à l’actrice qui l’a glissé à son personnage. Je souhaitais que l’histoire d’amour de Pierre soit ample, que la princesse du conte soit moderne et forte. En fait elle est plus une reine, de par son indépendance et sa liberté. Elle aime son travail, elle en a une haute estime. Marie-Josée a dû travailler dur pour la scène d’interprétariat. Elle est extrêmement crédible et évidente dans cette scène si difficile à jouer... Elle épouse toujours pleinement la modification des sentiments de Mathilde. Elle lui donne cet éclat particulier, une lumière changeante qu’elle a dans les yeux. Oui je pense que dans ce rôle, Marie-Josée est solaire.
J’ai eu beaucoup de mal à trouver l’interprète de Chloé. J’ai rencontré des comédiennes qui ne l’ont pas comprise. Il est vrai qu’à l’époque, Agnès et moi n’avions pas encore défini le personnage. Juliette Denis,la directrice de casting, m’a fait remarquer Florence Loiret Caille dans J'Attends Quelqu'Un, très beau film de Jérôme Bonnell où elle est m’a vraiment impressionnée. Aux essais caméra, les acteurs en général sont là, rient, se tournent de dos de face de profil, on parle des costumes des cheveux... Florence était aux essais habitée par Chloé. J’avais la sensation d’avoir été plongée dans le film à mon insu. Et toute l’équipe a ressenti ça. Oui, je l’ai reconnue, c’était elle, c’était Chloé. Elle était lunaire.

Comment avez-vous travaillé avec Daniel Auteuil ? Il est troublant...

J’ai été parfois insistante. C’est difficile de demander à un grand acteur, aussi pudique,de se livrer davantage. Vous vous dîtes, c’est déjà tellement formidable ce qu’il propose... et puis non, je voulais pousser plus loin, je savais qu’il y avait encore des défenses, des rétentions et je m’approchais sur la pointe des pieds, parce que cette réserve qu’il a en lui, filtre en quelque sorte sur le plateau. Et vous n’osez qu’en murmurant, car il ne s’agit pas de blesser le comédien fragile déjà de plusieurs prises. Il refaisait. Et tout à coup les larmes me montaient aux yeux. C’était la bonne... Cette prise dont vous savez qu’elle sera dans le film, dont vous savez qu’elle est spéciale, parce que l’acteur a donné à ce moment-là une partie très intime de lui-même.
Mais parfois, il pouvait aussi s’agir d’un simple regard entre nous.Daniel est en recherche de déséquilibre, de magie.
Et il trouve.

Pierre est entouré de femmes. Comment les avez-vous filmées ?

Elles sont quatre : Chloé, Mathilde, Suzanne - la femme de Pierre, interprétée par Christiane Millet, - et sa secrétaire Geneviève,Geneviève Mnich. Je voulais qu’elles aient toutes un moment à elle. Je voulais leur plan fragile, vibrant,comme si on était là un peu par hasard.
Que l’on s’approche d’une scène improvisée, par le jeu ou la caméra à l’épaule, pour favoriser l’imprévu, l’accident. Je voulais que l’on flotte sur leur visage, que l’on ait le temps de les regarder, de les aimer,sans imposer un cadre trop défini.

Le regard de ces femmes est important. C’est particulièrement vrai pour Chloé...

Avec le chef opérateur, Michel Amathieu, nous avons parlé souvent de ce point de lumière dans les yeux. Ce sont des grandes histoires d’amour et de chagrin. Les yeux brillent, les gens pleurent, écoutent, on est là, tout proche : le regard est très présent. Le regard et l’écoute.
Et l’écoute est quelque chose d’extrêmement fin à jouer. On doit être avec l’autre, s’oublier. Florence sait faire ça. Entrer dans la tête de Pierre, dans ses souvenirs, ses images. Elle était toujours dans l’intensité du personnage. Elle a une puissance incroyable, incontournable. Sous cet aspect délicat et simple. Quand elle arrivait sur le plateau, souvent bruyant, sa force de concentration imposait le silence.Les gens chuchotaient,marchaient sur la pointe des pieds.

Pensez-vous que si vous n’aviez pas fait vos deux films précédents, vous auriez pu faire celui-là ?

Bien sûr. Il aurait juste été différent. Et les maladresses d’un premier film ont souvent le charme de la découverte. C’est le premier film que je tourne, en revanche, que je n’écris pas de la source. A priori mon univers et celui d’Anna Gavalda n’ont que peu de points communs.
Agnès De Sacy me disait souvent qu’elle trouvait que précisément c’était pour cela que l’aventure lui semblait belle. Se trouver, ailleurs. Laisser résonner les correspondances, dès qu’il y en a.
Il s’agissait de raconter une histoire d’amour. Ou plus exactement, son souvenir. Ce souvenir qui surgit dans le présent, je ne voulais pas en faire un tableau. Je souhaitais qu’il soit vibrant, aléatoire, et toujours rendre sa place à Chloé qui est à la fois le sujet et l’adresse.
Je devais maîtriser les deux histoires en permanence. Et faire croire aux deux. Mon film d’avant était très construit, avec un cadre pensé, dessiné. Là, je voulais mettre parfois la caméra en fragilité, prendre de l’angle, de la souplesse. Dès l’écriture avec Agnès nous nous sommes beaucoup attachées au métier de Pierre. Au concret du quotidien de ce patron d’entreprise. J’aime le monde du travail.J’aime le montrer.Par le biais de ce quotidien, par sa véracité, on peut donner une profonde incarnation au personnage de Pierre et une crédibilité qui assoit aussi son histoire d’amour. On peut « croire ».
Sur le plateau, j’ai décidé que je pouvais changer,modifier. Cela faisait peur parfois,à moi en premier.J’avais le trac sur ce tournage.Je craignais que ma mise en scène ne soit pas à la hauteur de la qualité des acteurs. Mais je ressens souvent ça :de ne pas user au mieux de ce dont je dispose. Je redoutais de ne pas réussir l’essentiel sur un film :être au bon moment au bon endroit.

Jusque dans le cadrage, c’est une question de proximité, d’intimité, au point que l’on entend des battements de cœur dans le micro de Florence...

Oui. Françoise Bernard, la monteuse, m’a signalé que l’on entendait effectivement le cœur de Florence sur son micro HF. Elle, et le monteur son, ont même suggéré de garder les battements dans le film. On a vite décidé que non. C’était tentant mais trop peu définissable, en fait. Mais ces battements nous ont émus longtemps.
Je suis quasiment tombée amoureuse du thème principal de la musique de Krishna Levy.
J’aime qu’il n’ait pas peur de la mélodie, du lyrisme, du drame. Il faut de l’ampleur. Des musiques qui emmènent, qui prennent aux tripes. Les battements du cœur sont là, finalement. Ceux du cœur de Chloé, mais aussi de Pierre, de Mathilde, de Suzanne, de Geneviève.
Leur cœur qui bat qui bat qui bat.

Comment résumeriez-vous le cœur de votre film ?

C’est un film sur le choix. Le personnage de Pierre le synthétise dans une réplique : « La question est :a-t-on a le droit de se tromper ? ». Je pense qu’on peut se tromper, mais pas en évitant de choisir. L’absence de choix me semble morbide, terrifiante. Et pourtant on est confronté à ça tous les jours.
À un moment de sa vie, Pierre n’a pas choisi et il a découvert que les conséquences de ce que l’on ne fait pas sont souvent les plus graves. Il n’efface pas l’ardoise en parlant, il calme juste un peu sa douleur, et délivre à Chloé sa formule de vie...

De quoi êtes-vous la plus heureuse sur ce film ?

Des rencontres. Comme toujours.

Notes de Tournage...

Le 12 Février 2008 - Daniel Auteuil recueille Florence Loiret-caille

Zabou Breitman a choisi le roman Je l’aimais d’Anna Gavalda pour sujet de son troisième long métrage. Elle confie les deux rôles principaux à Florence Loiret-caille (aperçue dans Les Deux Mondes) et Daniel Auteuil.

Rencontre avec Daniel Auteuil (Interprète de Pierre)

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce projet ?

Ce n’est pas seulement le rôle, pas seulement Pierre, mais l’histoire dans laquelle il était emporté qui m’a attiré. Une histoire d’amour, de renoncement et de sacrifice.
Ce qui la rend unique, c’est le détour pris pour la raconter :c’est à travers le récit à sa belle-fille qu’il se révèle.Il va la convaincre que le départ de son mari n’entraîne pas la fin de tout.

Rencontre avec Marie-Josée Croze (Interprète de Mathilde)

Qu’est-ce qui vous a séduite dans ce projet ?

C’est avant tout la rencontre avec Zabou Breitman et le travail avec Daniel Auteuil qui font que je n’ai pas hésité. Travailler sous la direction de Zabou était une chance. Quant au roman, j’avoue que je ne le connaissais pas. Je suis plus attirée par les romans des « maîtres » des siècles passés que ceux des auteurs contemporains.

Rencontre avec Florence Loiret Caille (Interprète de Chloé)

Comment êtes-vous arrivée sur le projet ? En quoi vous a-t-il attirée ?

Avant même de découvrir le roman d’Anna Gavalda, j’ai été séduite par la rencontre avec Zabou. Ce n’est qu’ensuite que j’ai lu le scénario. J’ai aimé la façon dont Pierre et Chloé évoluaient et sortaient changés de leurs histoires d’amour pourtant vécues à une période différente de leur vie.

Rencontre avec Fabio Conversi (Producteur)

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’acquérir les droits du livre d’Anna Gavalda ?

Ce roman m’a énormément touché. Il me semblait impossible de ne pas s’identifier à l’un des personnages. À travers trois points de vue, trois axes complètement différents, Pierre, Mathilde, Chloé, il ne fait que parler d’amour. J’ai découvert Je l’aimaisil y a bien longtemps et j’ai tout de suite adoré le travail d’Anna Gavalda. Déjà à l’époque, la surenchère sur ce livre était énorme et le modeste producteur que j’étais a dû renoncer.Je n’ai pourtant jamais cessé de penser à ce livre.Il est resté en moi.Lorsque plus d’un an plus tard,j’ai demandé où en était le projet,l’éditeur m’a répondu que comme souvent dans le cinéma, les gens s’étaient emballés mais que personne n’avait finalement donné suite,et que les droits étaient libres !
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 1 667 entrées
  • 1er jour IDF : 13 066 entrées
  • 1ère semaine IDF : 99 458 entrées
  • Cumul IDF : 200 340 entrées

  • 1er jour France : 37 017 entrées
  • 1ère semaine France : 311 476 entrées
  • Cumul France : 725 537 entrées