La productionChristopher Hampton, scénariste oscarisé de Les Liaisons Dangereuses, écrivait un scénario sur Colette (1873–1954) quand il s’est lancé dans l’adaptation de son roman le plus connu, Chéri. Écrit en 1920, c’est l’histoire d’un amour impossible entre Léa de Lonval, une des courtisanes les plus courues de l’époque, et Chéri, le fils d’une ancienne rivale.
“Colette a toujours figuré parmi mes auteurs préférés et j’avais très envie de raconter sa vie. Son premier mari, Willy, était plus âgé qu’elle et fut son Pygmalion. Après une douzaine d’années de mariage, elle quitte le domicile conjugal et se lance dans le music-hall où elle apparaît dans des pantomimes orientales suggestives», raconte Hampton. “L’œuvre de Colette a toujours séduit le public par son ton chaleureux et très personnel. Colette est fascinante, comme femme et comme auteur. Et ce fut un vrai plaisir de lire ses autres romans.”
C’est la part de romance dans Chéri qui a attiré Hampton. “C’est l’histoire de deux personnages qui ignorent totalement qu’ils sont amoureux l’un de l’autre,” dit-il. « Léa croit éduquer ce jeune homme avant de le confier à une autre lorsqu’il sera plus mûr, et Chéri pense qu’il a le beau rôle au bras de cette très belle femme avant de passer à l’étape suivante. Ils savent que leur relation aura un terme. Mais le moment venu, chacun s’aperçoit que l’autre va lui manquer terriblement.
Léa agit en héroïne et laisse Chéri partir, mais elle doit prendre sur elle-même tant le chagrin est grand. On imagine que Chéri ne s’en remettra pas vraiment non plus. »
Le milieu demi-mondain des années 1900 dans lequel les personnages évoluent intéressait beaucoup Christopher Hampton. “C’est un univers fascinant que ce demi-monde, qui a connu son heure de gloire à la fin du XIXe siècle, mais qui commençait déjà à décliner en 1906”, raconte Hampton. “C’était une tranche de la société, ces courtisanes, qui avait amassé des richesses spectaculaires. Même si elles devaient être solitaires car mises au ban du reste de la société, leurs vies étaient confortables. Elles étaient cultivées et ne ressemblaient à aucune femme de leur époque. Il y avait quelque chose de très moderne chez elles et, finalement, elles étaient émancipées avant l’heure.”
Alors que l’adaptation du français vers l’anglais offrait une certaine liberté de choix à Hampton dans les dialogues, la narration qui n’est pas conventionnelle lui a posé un autre défi créatif, plus difficile à relever. “Colette est une impressionniste, il y a peu d’explosions de dialogue ou de langage imagé,” explique-t-il. “Elle peut consacrer vingt pages à une seule scène, mais trois mois peuvent s’écouler en un paragraphe. Au départ, je me suis retrouvé avec un premier jet qui était plus long que le roman lui-même ! J’ai dû élaguer sans pitié.”
Bill Kenwright, grand imprésario du théâtre britannique, avait une option sur les droits et contacta Hampton pour cette adaptation de longue haleine à l’écran.
“Christopher Hampton, c’était mon premier choix pour adapter le roman,” confie Kenwright. « Son scénario était merveilleux, mais c’était un vrai challenge pour le porter à l’écran car il s’agit d’un film en costumes avec une histoire simple, précise, tragique sur des personnages d’époque que le public moderne ne connaît pas. »
C’est fin 2007 que Stephen Frears rejoint le projet : “Le scénario de Christopher est merveilleux, Colette est une romancière de talent, et l’histoire est à la fois belle, totalement démodée et frivole, mais aussi mélancolique et tragique. Tout cela me permettait d’explorer une autre époque après The Queen. Chéri est une série d’impressions et le défi était de les réunir toutes en un film. J’aime à penser que c’est peut-être le film le plus extrême que j’aie jamais réalisé ... et puis ces courtisanes avaient beaucoup de pouvoir et d’influence tout en vivant en cercle fermé, coupées du reste du monde. Comme Léa le raconte à Madame Peloux, elles ne peuvent se faire des amies qu’au sein de leur univers car nul autre ne saurait les comprendre. Et bien sûr, elles savent parfaitement ce qui les attend quand elles prendront de l’âge et se faneront.”
Christopher Hampton raconte : “J’aime beaucoup travailler avec Stephen Frears. J’ai vite appris qu’il était rare qu’un réalisateur autorise le scénariste à venir sur le tournage : c’est trop dangereux de se retrouver avec un type pédant et ennuyeux qui vient mettre son grain de sel dans tout, mais Stephen est différent. Il apporte profondeur et générosité à ses collaborations. Son approche est très subtile quand une scène ne fonctionne pas, ou quand il y a un problème.”
Grand admirateur du travail de Stephen Frears, le producteur Bill Kenwright s’est senti rassuré par la présence d’un tel cinéaste à la réalisation : “C’est une bénédiction d’avoir quelqu’un comme lui, je savais qu’avec Stephen, le film fonctionnerait. Et il sait s’y prendre avec les acteurs : il fait beaucoup de prises pour qu’ils se chauffent. Il a une idée précise de ce qu’il veut et dès le départ, il savait à quoi devrait ressembler le film. Il est aussi minutieux, concentré, très attentif à ce qui concerne l’ambiance du film. C’est vraiment un maître en la matière.”
Avec Frears à la réalisation, Kenwright a pu s’assurer le soutien de deux partenaires clés, Pathé et Miramax Films. Mais la réussite du film dépendait largement du choix des acteurs pour les rôles de Léa de Lonval et Chéri. Notes de Tournage... Le 11 Février 2008 - Pfeiffer et Frears poursuivent leurs liaisons dangereuses
Stephen Frears prépare une adaptation du roman de Colette, Cheri qui devrait être distribué par les studios Miramax et Pathé. Le président du Jury du dernier Festival de Cannes retrouvera normalement l’actrice Michelle Pfeiffer et le scénariste Christopher Hampton. Vingt ans auparavant, ils avaient tous deux participé au film Les Liaisons Dangereuses du même réalisateur. Les courtisanesSurnommées les «grandes horizontales», les courtisanes étaient très en vogue dans le Paris de la fin du XIXe siècle.
Célèbres à travers le monde pour leur beauté, leur esprit, leur conversation et leur savoir-faire, ces demi-mondaines étaient au centre de la vie sociale et politique de Paris, divertissant les hommes les plus puissants des arts, de la noblesse et de l’État tout en restant isolées de la société dans leur monde clos. Le choix des acteursPour incarner Léa, il y avait peu d’actrices envisageables, d’une beauté naturelle et d’un charisme sensuel. Un nom s’est cependant imposé : celui d’une actrice qui a déjà travaillé avec Frears et Hampton, Michelle Pfeiffer, dont l’inoubliable composition dans Les Liaisons Dangereuses lui avait valu une nomination aux Oscars en 1989. La reconstitution historiqueStephen Frears affirme se reposer entièrement sur ses chef-opérateur, décorateur et costumier. Ceux qui ont travaillé avec lui connaissent l’importance de sa contribution à l’élaboration de Chéri. Le compositeur Alexandre Desplat, Oscar de la meilleure musique pour la bande originale de The Queen, déclare : “Quand il dit ne rien y connaître à la musique et à la déco, il ment ! Stephen sent intuitivement à quoi son film aspire et sait exactement ce qui fonctionnera quand tous les éléments s’imbriqueront. Pour ce qui est de la musique, par exemple, il ne me demande pas de changer un accord ou une note, il me dit de faire plus dur, plus sauvage ou plus spirituel. Il s’implique beaucoup.” |
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