Pour incarner Léa, il y avait peu d’actrices envisageables, d’une beauté naturelle et d’un charisme sensuel. Un nom s’est cependant imposé : celui d’une actrice qui a déjà travaillé avec Frears et Hampton,
Michelle Pfeiffer, dont l’inoubliable composition dans
Les Liaisons Dangereuses lui avait valu une nomination aux Oscars en 1989.
“Michelle Pfeiffer,” raconte Frears,
“a le don de bouleverser. Elle était bouleversante dans Les Liaisons Dangereuses - je l’ai su dès notre première rencontre - et elle l’est dans ce film. Elle est troublante, comme si une telle beauté revêtait une part de tragédie.”
Mais il n’y a pas que sa présence à l’écran et sa plastique qui la rendent idéale pour le rôle. Sa performance restitue exactement l’esprit du roman. Comme le raconte
Bill Kenwright, le producteur :
“Michelle a pris un risque en jouant ce rôle. Le personnage pouvait être interprété de plusieurs façons, mais la subtilité de Michelle est étonnante.”
L’idée de travailler à nouveau avec
Stephen Frears plaisait beaucoup à
Michelle Pfeiffer :
“Franchement, je ferais n’importe quel film avec Stephen et quand j’ai lu le scénario et le roman, j’étais ravie d’avoir décroché le rôle.” “Ce que j’aime chez Colette, c’est que Léa n’est pas la version caricaturale d’une courtisane de l’époque,” ajoute
Michelle Pfeiffer.
“Elle est intelligente, elle a un grand sens de l’humour et elle est aimable au sens propre. Élégante, elle a de la classe et c’est aussi quelqu’un de bon, ce qui est plus surprenant. Elle est aussi très satisfaite de la vie qu’elle mène. Les courtisanes de haute volée comme Léa étaient indépendantes et fortunées. C’étaient des femmes d’affaires intelligentes qui étaient liées à l’aristocratie. Mais quand ce jeune et beau garçon, Chéri, fait irruption dans sa vie, elle oublie ses habitudes et écoute son coeur pour la première fois. Je crois qu’elle regrette de n’avoir jamais connu l’amour et peut-être a-t-elle le sentiment que c’est sa dernière chance. On la voit aux prises avec la conscience du temps qui passe - elle a plus de 40 ans - et quand la relation touche à sa fin, elle ne peut plus se mentir sur son âge.”
La perspective de travailler avec
Christopher Hampton était aussi particulièrement alléchante.
“Le style de Christopher est superbe, mais il représente aussi un terrible défi, particulièrement pour les Américains. Nous parlons d’un ton monotone alors que l’écriture de Christopher est dense avec un rythme très différent. La présence de Christopher tout au long du tournage était très rassurante. L’écriture de Colette entraîne souvent plusieurs interprétations : les discussions avec Christopher sur les motivations et le mode de pensée des personnages étaient une vraie bénédiction.”
Un des défis du film était lié aux méthodes de travail de Frears.
“Nous ne répétions pas,” rit-elle.
“Nous ne répétions que le jour du tournage, ce qui rendait le jeu difficile, mais c’est la méthode qu’a appliquée Stephen. C’est devenu vraiment compliqué quand le texte était modifié à la dernière minute. Je passais un temps fou à apprendre mes répliques avec le bon rythme et au dernier moment, pendant le tournage, ces répliques étaient modifiées ! »
Trouver celui qui interpréterait Chéri représentait un autre défi. L’équipe recherchait un acteur qui pouvait à la fois être crédible en jeune garçon de 19 ans au début du film, et capable d’incarner un enfant gâté et égoïste sans se faire détester du public.
Frears a fait passer des auditions à plusieurs acteurs américains, mais c’est un jeune britannique,
Rupert Friend, qui l’a convaincu pour incarner le jeune homme à la fois viril et sensible, arrogant mais vulnérable. Un jeune garçon qui, en devenant peu à peu un homme, s’aperçoit combien sa maîtresse, bien plus âgée que lui, a pris de l’importance à ses yeux.
“Chéri a 19 ans quand l’histoire débute,” raconte Rupert Friend.
“C’est un jeune homme insouciant, gâté, tranquille, mais aussi inexpérimenté et sa mère sait qu’il doit acquérir les qualités nécessaires à son évolution : le raffinement, l’art de la conversation, le respect des convenances. Léa, qui a beaucoup d’années d’expérience, peut lui enseigner tout cela. Mais la relation change au bout de six ans quand Léa apprend qu’un mariage a été arrangé entre Chéri et Edmée.”
Trouver le ton juste du personnage n’a pas été aisé pour
Rupert Friend :
“Il y a une part insaisissable chez Chéri. Il est très passif. C’est là que réside la plus grande difficulté : quand on est à la recherche du moteur d’un personnage qui n’en a pas, il est beaucoup plus compliqué de se l’approprier.”
Rupert Friend reprenait souvent le roman de Colette :
“Quelle romancière ! Elle sait transmettre tout un univers en une seule phrase. un détail souligné par elle et on saisit le personnage et la scène.”
S’il était intimidé face à
Michelle Pfeiffer et
Kathy Bates, Rupert Friend n’en a rien montré.
“Rupert est très jeune mais aussi très vif,” raconte
Michelle Pfeiffer.
“Il a été un véritable gentleman tout au long du tournage, surtout lors des scènes les plus difficiles, et s’il avait le trac, il l’a très bien caché.”
“Travailler avec Stephen Frears est une leçon et un plaisir,” confie
Rupert Friend.
“Comme Colette, il a un esprit incroyable, assez pince-sans-rire. Tous deux recherchent tout le temps l’angle ironique. Colette dépeint un monde caustique où tout le monde s’apprécie énormément mais où l’on aime les joutes d’esprit et où tout peut basculer en un instant. Stephen est comme cela aussi.”
Kathy Bates interprète le rôle de la mère de Chéri, la plus vraie que nature Madame Peloux, aigrie par l’âge, mais toujours drôle grâce aux vacheries qu’elle lance.
Stephen Frears raconte :
“Dès qu’on a mentionné le nom de Kathy, je me suis dit qu’elle avait assez d’humour pour jouer ce rôle.”
Le rôle de Madame Peloux et l’occasion de se plonger dans un film d’époque ont certes fortement attiré
Kathy Bates, mais aussi la chance de travailler avec
Stephen Frears.
“L’histoire se déroule vers la fin de l’âge d’or des courtisanes, et comme beaucoup de ses semblables, Madame Peloux ne travaille plus et doit donc faire attention à son argent. Elle sait qu’elle n’a plus de moyen d’en gagner, et qu’il lui faut faire fructifier ce qu’elle possède. Elle manipule tout et tout le monde, à sa grande satisfaction. Elle utilise Léa, rivale de longue date, et son propre fils pour arriver à ses fins, c’est-à-dire générer de l’argent.”
Comme l’explique
Michelle Pfeiffer, la relation entre Léa et Madame Peloux découle davantage d’un calcul que d’une véritable affection.
“Même si ces femmes étaient indépendantes, elles étaient aussi très isolées et inévitablement jugées par la société. Il existe donc comme un lien de parenté entre Léa et Mme Peloux car elles seules connaissent leur propre monde et savent ce que c’est d’être une courtisane. C’est comme toute profession, les gens du même métier peuvent se comprendre entre eux. Mais il y a aussi un aspect concurrentiel à leur relation, lié probablement au passé et aux hommes qu’elles ont connus. Madame Peloux a certes manipulé tout le monde, elle veut quelqu’un pour prendre soin de son fils et s’épargner le fardeau financier qu’il représente, mais je soupçonne les effets d’anciennes rivalités d’autrefois.”
Kathy Bates :
“Madame Peloux n’a pas été une bonne mère. Les courtisanes, en général, n’aimaient pas trop les enfants car ils dévoilaient leur âge. Souvent, elles partaient une année durant avec un archiduc ou un prince, et leurs enfants restaient entre les mains d’amies ou de domestiques. Chéri a donc dû connaître une enfance solitaire. Il est très souvent passé d’un lieu à un autre, il n’a pas vraiment de racines et il n’a jamais connu son père. Je l’imaginais comme quelqu’un d’un peu sauvage, sans véritables liens avec qui que ce soit. Il est libre, mais ne sait pas vraiment quoi faire de sa liberté. Madame Peloux se fait du souci pour lui car le jeune homme sort beaucoup, boit beaucoup et surtout dépense beaucoup... C’est pour cette raison qu’elle a fait en sorte que Léa s’en occupe et lui enseigne non seulement les bonnes manières, mais aussi la vie en général... Elle espère aussi que Léa va entretenir Chéri. Cela lui évitera des ennuis et, à terme, l’homme éduqué sera bon à marier. »
Bien sûr, qui dit mariage dit dot. Elle a beau essayer de faire croire qu’elle aimerait avoir des petits-enfants, la véritable raison est financière car son fils bien marié, c’est aussi la sécurité pour elle et ses vieux jours.
Contrairement à Léa de Lonval, qui a suffisamment confiance en elle pour se tourner vers l’avenir et profite du vent de modernisme qui souffle sur la culture et la société françaises, Madame Peloux se réfère toujours aux valeurs du passé. Victime de sa beauté fanée, elle compense en s’entourant de clinquant pour montrer avec ostentation combien elle est riche.
“Sa maison est un vrai musée rempli des cadeaux reçus au fil des ans, trophées de ses amants,” explique
Kathy Bates.
“J’étais aux anges quand j’ai appris que c’était Stephen qui réalisait le film,” raconte-t-elle.
“Il n’y a pas du tout eu de répétitions pour ce film : dès mon arrivée le premier jour, je suis passée aux essayages et le lendemain, nous tournions ! J’ai dû me jeter à l’eau. Il a fallu s’habituer à l’époque et à la manière de bouger dans les vêtements. Stephen a su être à mes côtés à tout moment, juste en dessous de la caméra, un peu comme un chef d’orchestre. C’est quelqu’un d’assez unique, à la fois modeste et ironique, très pince-sans-rire”
Pour compléter la distribution,
Felicity Jones interprète le rôle d’Edmée, la jeune épouse de Chéri qui décide avec pragmatisme que son mariage sera réussi et qui trouve en Chéri quelqu’un qui comprend le milieu d’où elle vient.
Iben Hjejle joue la mère d’Edmée, Marie-Laure, courtisane au coeur de pierre, et
Anita Pallenberg interprète une ancienne courtisane, tenancière d’une fumerie d’opium.