Notes de Prod. : 12

    en DVD le 07 Septembre 2010

A propos de 12

Basé à l’origine sur le texte de la pièce de Reginald Rose, écrite en 1953, jouée pour la première fois à la télévision en 1954 et adaptée au cinéma par Sidney Lumet avec Douze Hommes En Colère en 1957, 12 de Nikita Mikhalkov s’éloigne sensiblement de la vision de Rose et de Lumet dès la première image. « Il n’y a pas tant de parallèles avec le film de Lumet » confie l’acteur Valentin Gaft.

S’entourant des scénaristes Vladimir Moiseyenko et Aleksandr Novototsky, co-auteurs du film Le Retour d’Andrei Zvyagintsev, Lion d’Or 2003 ; Nikita Mikhalkov confie s’être efforcé de créer « une œuvre totalement nouvelle et originale qui paraisse très actuelle au XXIè siècle. » Le texte de Reginald Rose qu’il avait mis en scène au théâtre lorsqu’il était encore étudiant dans les années 60, portait essentiellement sur le thème de la tolérance.

Le scénario de 12, profondément russe, présente une suite de questionnements sur l’Histoire, le rôle de la citoyenneté et de la loi à l’ère postsoviétique, les influences de l’Occident et de la globalisation, la saturation des médias, l’expansionnisme militaire, la corruption sociale et politique, la guerre en Tchétchénie, ainsi que le racisme et l’antisémitisme.

Afin de donner vie à ces interrogations, Nikita Mikhalkov avait besoin d’acteurs capables de donner un visage humain à la condition humaine contemporaine reflétée par chacun des personnages. « Ce film parle de nous tous » indique l’acteur Mikael Efremov. « Chaque juré représente une profession, une couche sociale, une origine ethnique. Je crois que chacun peut se reconnaître dans ces 12 personnages. »

Pour atteindre un équilibre entre l’empathie, la progression des personnages et le récit, le réalisateur s’est notamment entouré des acteurs Aleksei Petrenko, Sergey Gazarov, Mikhail Efremov, Sergei Makovetsky, Aleksey Gorbunov, Sergei Artsybashev, Sergey Garmash et Viktor Verzhbitskiy - ayant tous déjà travaillé à ses côtés en tant qu’acteurs ou dans les films qu’il a réalisés.

Après avoir joué deux fois ensemble, Sergei Makovetsky souhaitait être dirigé par Mikhalkov. Se souvenant de cette requête, le réalisateur informe son ami d’une manière peu conventionnelle qu’il lui confie le rôle du président des jurés. Un jour, il lui téléphone sans se présenter et lui demande : « Makovetsky, crois-tu en Dieu ? »
« Qui est à l’appareil » répond son interlocuteur.
« Ne t’en préoccupe pas » lui dit Mikhalkov, « Réponds simplement oui ou non. »
« Mais qui est-ce ? » demande l’acteur.
« Pas d’importance. Réponds simplement oui ou non »
« Oui. » admet finalement Sergei Makovetsky.
« Et tu vas à l’église ? »
« Oui. »
« Tes prières ont été entendues, » lui dit Mikhalkov avant de lui révéler son identité.

12 a été tourné au cours d’une pause de la production de SOLEIL TROMPEUR II, la suite du film qui lui valut l’Oscar du meilleur film étranger en 1995. Contrairement au film de Sidney Lumet dont les scènes furent tournées dans le désordre pour des raisons économiques, Nikita Mikhalkov a choisi de filmer 12 dans l’ordre chronologique, afin de laisser à ses acteurs la possibilité de progresser dans la création de leur personnage.

« Les deux mois de tournage ont été une expérience fascinante en tant qu’acteur. Nous avons eu une préparation approfondie pendant laquelle nous avons répété et travaillé le texte, puis nous avons tourné dans l’ordre du scénario. Contrairement à ce qui se fait habituellement. C’était assez unique », confie Sergey Garmash.

Les « douze » acteurs devaient être sur le plateau tous les jours. Le réalisateur leur obtint un contrat d’exclusivité pendant toute la durée du tournage. Seul, Valentin Gaft eut droit à une permission du soir pour se produire au Théâtre de Moscou.

Nikita Mikhalkov a pris le parti de créer « un langage cinématographique qui ne puisse pas laisser le spectateur contemporain indifférent. » Il a choisi de filmer en couleur et en cinémascope, utilisant des mouvements de champs et contrechamps qui mettent en valeur le côté théâtral des acteurs. Le monologue de 11 minutes de Sergei Makovetsky a été filmé en une seule prise. Les derniers jours du tournage ont été utilisés pour réaliser les séquences de retour arrière dépeignant le passé du jeune accusé Tchétchène.

Nikita Mikhalkov et son équipe ont tourné dans le village d’Aberbeevka au pied du Caucase et ont recréé minutieusement l’infernal ravage des combats urbains en Tchétchénie. Le jeune interprète, Apti Magamaev, âgé de sept ans a enduré stoïquement la pluie torrentielle, naturelle et artificielle, un déluge d’explosions et les crépitements incessants de mitrailleuses sur une terre glacée.

Fermement ancré dans la problématique sociale de la société russe, les notions personnelles de responsabilité individuelle, et les questions plus larges sur le rôle de la loi dans un monde qui connaît de moins en moins de règles, 12 se pose d’abord comme une métaphore du système judiciaire russe.

« Les Russes sont incapables de respecter la loi, » affirme Mikhalkov dans son film, « car respecter la loi est bien ennuyeux ». Les jurés ont été imposés en Russie en 1864 lorsque Alexandre II initia une vaste réforme judiciaire. Mais ils furent supprimés en 1922 par les Bolcheviks. Lorsque la Fédération de Russie adopta un nouveau code judiciaire en 1993, le procès devant jurés fut réinstauré pour les criminels. Malgré les efforts pour réformer le système judiciaire russe, au cours des cinq dernières années, entre 25 et 50% des verdicts non coupables délivrés par un jury ont été cassés par les juges de la Cour suprême - une disposition particulière de l’institution judiciaire leur permettant de statuer in fine. Si bien que de manière exponentielle, les procureurs russes d’aujourd’hui, peu enclins à instruire des jurés par nature inexpérimentés ont pris l’habitude de constituer des dossiers remettant en cause leur crédibilité votant en faveur d’un acquittement, de manière à pouvoir favoriser l’issue d’un appel à la Cour suprême.