En 2003, je suis parti au Niger pour tourner un documentaire sur les caravanes qui traversent le désert du Ténéré en transportant du sel. Dans les montagnes de l’Aïr, j’ai rejoint la caravane d’Ibrahim, un Touareg, qui tous les ans traverse le désert pour aller chercher du sel dans les mines de Fachi. Un jour, nous avons croisé deux camions dont le volume de leur charge était deux à trois fois supérieur à celui de leur propre gabarit. Sur cet amas de choses indescriptibles, une centaine de passagers subsahariens, s’entassaient les uns sur les autres. Ibrahim m’a dit qu’ils allaient tous vers la Libye et de là, ils tenteraient d’entrer en Europe. De retour à Agadez - la porte du Ténéré - j’ai constaté que cette ville était une plaque tournante pour les camions qui partent vers la Libye et l’Algérie.
On m’a parlé de camions perdus et jamais retrouvés ; de passagers qui s’endorment et tombent du camion, de personnes qui meurent de soif dans le désert ; on m’a parlé aussi de bandits qui pillent les camions, de tornades de sable et la nuit de chutes vertigineuses de température. Histoires difficiles à imaginer sans les avoir vécues. La télévision nous montre souvent les images des africains à leur arrivée sur nos côtes, mais jamais les milliers de kilomètres qu’il leur faut parcourir pour arriver à la fin du voyage. Pour beaucoup d’entre eux c’est un voyage qui va se prolonger pendant plusieurs années pour d’autres c’est la fin de leur vie. Avec ces trois jeunes africains, Violette, Bouba et Mukela on va connaître les mafias africaines, on franchira clandestinement les frontières et on traversera le détroit de Gibraltar à bord d’une «patera»...