Notes de Prod. : 15 ans et demi

    en DVD le 12 Novembre 2008

Rencontre avec Juliette Lamboley

Qu’est-ce qui vous a tentée dans ce projet ?
Beaucoup de choses ! D’abord, l’histoire. Le sujet touche forcément tout le monde et j’aime bien que ce ne soit pas une comédie gratuite. Dès le scénario, on sentait que le ton était particulier, le mélange de choses burlesques et de vrais gags ne nuisaient pas au fond du propos. Au contraire, l’un se nourrissait de l’autre et on arrivait à être ému tout en riant. L’histoire m’a aussi touchée parce qu’elle m’a fait penser à ma propre relation avec mon père. C’est quelque chose que j’ai connu, que je connais encore et c’est intéressant d’en parler.

J’étais aussi enthousiasmée par l’idée de jouer avec Daniel Auteuil, c’est un acteur que j’admire beaucoup quel que soit le registre dans lequel il joue. J’étais également curieuse de travailler avec deux réalisateurs à la fois. C’était la promesse d’encore plus de richesses et de points de vue différents. Par exemple, le mode de narration est original. Il y a l’histoire, déjà mouvementée, mais elle est en plus ponctuée par ces visions hilarantes qui emmènent les choses encore plus loin.

Avez-vous trouvé les personnages proches de ce que l’on voit dans la réalité ?
On connaît tous des gens comme ceux que l’on voit dans cette histoire. Au début, dans les premières versions du scénario, le personnage d’Eglantine m’est apparu comme un hyper cliché qui faisait partie du comique du film. Pourtant, au-delà de cette image, elle se révèle et évolue pour dévoiler d’autres facettes beaucoup plus humaines et plus complexes. Les gens parlent souvent des « ados » de façon générale, comme s’ils avaient tous le même caractère, mais comme les adultes, chacun est différent. Avec Eglantine, on commence par l’idée que l’on peut se faire d’elle avant de la découvrir vraiment. Pour servir son image d’adolescente, je me suis dit que je devais y aller à fond, alors tout y passe, le look, les expressions, le comportement, et puis cela évolue. Au fur et à mesure, le film se concentre sur la relation père/fille en laissant tomber les apparences et le superflu. On entre alors de plus en plus dans l’émotion et le sentiment. On se rapproche ainsi du réel et le film peut alors toucher tout le monde.

Pouvez-vous nous parler de votre personnage ?
Eglantine est une jeune fille de quinze ans et demi – elle tient au « et demi » – comme il en existe beaucoup. C’est une adolescente qui va au lycée, avec plein d’amis et qui a tout le temps des coups de foudre pour les garçons. Mais si on laisse un peu tomber ce premier degré, on se rend compte qu’elle est aussi intelligente et qu’elle a de l’humour. Elle utilise l’ironie, le second degré, le plus souvent par pudeur, pour masquer ses émotions. Elle a notamment du mal à parler avec son père du manque qu’elle a ressenti pendant toute son enfance. A l’exception de deux ou trois scènes, elle ne laisse jamais transparaître sa sensibilité.

Avez-vous des points communs avec elle ?
Bien qu’il n’y ait pas une grande différence d’âge entre mon personnage et moi, à peine plus d’un an et demi - je tiens au « et demi » ! - ce sont des années où l’on change vite. Si la personnalité reste la même, la façon dont on agit évolue beaucoup. Pour retrouver la spontanéité, on doit se rappeler la façon que l’on a de démarrer en une fraction de seconde. On est à 200 % sur tout ! Heureusement, on se calme assez vite. Le scénario était très bien fait et ce sont les textes écrits qui m’ont d’abord aidée à jouer les séquences de délire et de surexcitation.

Par contre, Eglantine est assez forte pour cacher ses émotions alors que moi, j’étais tout le contraire. Lorsque j’étais heureuse ou triste, cela se voyait immédiatement ! Finalement, Eglantine doit être plus mûre que je ne l’étais ! Il y a un an et demi, je souffrais un peu parce que la moindre chose me touchait énormément, mais je ne regrette pas d’avoir traversé cette période, même si je suis contente d’en être sortie. J’avais des émotions en dents de scie, je n’étais jamais calme. Le fait d’être posée est venu avec l’âge, avec l’évolution de ma personnalité. C’est horrible, je parle comme une mamie !

Le rapport père/fille constitue le cœur de l’histoire. Votre expérience dans le film et dans la vie se rapprochent-elles ?
Dans le film, j’ai été très touchée que le père fasse toujours le premier pas pour essayer de comprendre sa fille. Dès qu’il arrive des Etats-Unis, elle lui fait bien comprendre que rien ne sera facile. Elle a sa vie et elle lui en veut d’avoir été si longtemps absent… Il est là pour trois mois, tant mieux, mais ça ne va pas changer grand-chose. Pourtant, ce raisonnement n’est qu’une barrière pour tenter de contenir le flot d’émotions qui resurgissent avec le retour de son père. Elle voudrait bien rester froide, mais elle n’y arrive pas. Elle finit par être émue par tout ce que son père tente pour l’approcher. Lui, le grand savant, va même jusqu’à s’inscrire à un stage ridicule et humiliant ! Quelle fille ne serait pas bouleversée par cette démarche ? D’après mon expérience, peu de pères en seraient capables dans la réalité.

On dit toujours qu’au moment de l’adolescence, on s’éloigne de la mère pour se rapprocher du père. Je ne sais pas si c’est un lieu commun fondé ou pas mais pour ma part, j’ai toujours été proche de mes deux parents. J’aurais adoré que mon père fasse le stage avec les casseroles ! Mais comme il a toujours été là pour moi, il n’en a pas eu besoin. Dommage ! J’aurais trouvé ça mignon ! Nous avons un peu parlé du scénario mais plus comme d’une bonne histoire. Nous n’avons pas besoin de psychanalyser notre relation.

Avez-vous parlé du rapport père/fille avec les réalisateurs ?
Ils ont effectivement chacun des filles, Daniel aussi, et nous avons plusieurs fois abordé le sujet mais c’était à chaque fois joyeux, comme le film. L’histoire permet aux ados de rire de leurs parents et l’inverse est aussi vrai. Mais il n’y a aucune méchanceté, ni contre les uns, ni contre les autres. Il y a de la tendresse pour tout le monde, ce qui n’empêche pas d’épingler les travers de chacun ! C’est une comédie qui, en traçant les différences, réunit les gens plus qu’elle ne les sépare. Avec Thomas et François, nous nous sommes demandés si, paradoxalement, la distance ne rapprochait pas les gens. Ce père a été séparé si longtemps de sa fille que quand il la retrouve, il est prêt à bien plus que s’il était resté. Finalement, ils sont peut-être plus proches après avoir été séparés des années que s’ils s’étaient côtoyés tous les jours !

Comment avez-vous travaillé avec François et Thomas ?
Le fait de travailler avec deux réalisateurs en même temps est une expérience. J’ai d’abord cru qu’ils étaient complètement interchangeables mais en fait, chacun a sa propre personnalité et ils réagissent en permanence l’un à l’autre, s’obligeant mutuellement à se poser encore plus de questions. En général, François et Thomas ont des avis différents et cela amène un dialogue qui permet d’aller vraiment en profondeur et d’exprimer beaucoup plus d’idées. C’est un processus très positif. Ils s’entendent super bien. Ils sont sérieux et drôles à la fois. Avant de commencer le tournage, nous avons fait beaucoup de lectures, nous avons parlé du scénario, des personnages, du fond de l’histoire. Pendant les premiers jours de tournage, nous avons essayé de répéter le matin avant de tourner, pour régler les déplacements et restituer les émotions de chaque scène.

Comment avez-vous travaillé avec Daniel Auteuil ?
Rien que le nom impressionne ! Lors de notre première rencontre chez lui, pour une lecture avec François et Thomas, j’ai essayé d’oublier tout ce qu’il a pu jouer pour faire le vide et le découvrir. J’essayais d’être face à un homme et pas face à l’un des plus grands comédiens français ! Il a été très humain. J’ai été impressionnée par sa modestie, sa générosité et sa gentillesse. J’ai pensé que toutes ces qualités allaient servir le rôle qu’il devait jouer. Au début du tournage, nous avons un peu tâtonné pour nous connaître mais le courant est passé tout de suite. Il est adorable et nous avons beaucoup parlé. J’ai aussi énormément appris à son contact. Face à quelqu’un comme Daniel, on a juste envie d’être à son maximum en permanence.

Quand vous avez lu le scénario, certaines scènes vous tentaient-elles particulièrement ? En redoutiez-vous d’autres ?
J’étais très impatiente de tourner les scènes de la boum, pour l’ambiance, le décor et le grand nombre de jeunes figurants. Toutes les scènes de la rave me tentaient aussi. Il y avait une vraie atmosphère de fête. Par contre, sans vraiment les redouter, je me demandais comment deux scènes allaient fonctionner : celle de la gifle, une très longue séquence qui monte en émotion, et celle durant laquelle Eglantine demande à son père l’autorisation d’aller à la rave pour retrouver Gaspard. Je m’étais fait une idée totalement différente de celle de Thomas et François et lorsqu’ils m’ont expliquée que je devais la jouer très calme, très douce, j’ai été surprise parce que je l’avais envisagée très énervée !Pour en revenir à la gifle, nous nous sommes donnés beaucoup de fausses gifles et la dernière était une vraie. Pour éviter de la refaire plusieurs fois, Daniel m’en a donnée une énorme ! Aussitôt après, il m’a prise dans ses bras en me demandant de lui pardonner parce que c’était pour le film !

Parlez-nous de vos jeunes partenaires…
Nous étions sept et François et Thomas ont eu la bonne idée d’organiser plusieurs rencontres bien avant le début du tournage. Une vraie complicité s’est installée naturellement. Nous nous sommes aussi vus plusieurs fois en l’absence des réalisateurs et nous avons réussi à créer de vrais liens d’amitié, en dehors du tournage. Nous avons aussi eu la chance que chacun d’entre nous ait été bien choisi et ait plus ou moins la même personnalité que son personnage. Tout était donc très naturel et hyper sympa à jouer. J’espère vraiment que nous continuerons à nous voir longtemps parce que c’étaient de super rencontres.

Certaines scènes vous ont-elles marquées ?
Sans avoir de scène préférée, j’ai un faible pour toutes celles qui se déroulent dans la maison. Nous y sommes restés longtemps. Il y avait beaucoup de longues séquences – des séquences clés du film – où Daniel et moi jouons tous les deux. Il me reste beaucoup de grands moments.

Savez-vous aujourd’hui ce que représente ce film pour vous ?
C’est mon premier grand film de cinéma, mon premier rôle important. C’est une superbe expérience avec des gens géniaux. Pour la première fois, je me suis sentie vraiment comme chez moi sur un plateau. Je n’avais pas peur de dire les choses, j’avais vraiment envie de jouer toutes les séquences. Je me suis investie à fond et c’est un de mes plus beaux souvenirs de tournage.

Ayant tourné ce film, y a-t-il certaines choses que vous ne ferez pas à vos enfants ?
Je n’interdirai pas à mes enfants d’aller dans les soirées ! Eglantine est toujours coincée chez elle et c’est là que ça part en vrille.

A votre avis, que faudrait-il changer pour que les parents soient plus cool aux yeux de leurs enfants ?
Les parents devraient arrêter de dire à leurs enfants « A ton âge, je n’étais pas comme ça ». Ils devraient avoir l’honnêteté de se souvenir de ce qu’ils ont été ! Ils seraient plus crédibles. Mais, étrangement, ils ont oublié. Les risques étaient les mêmes qu’à notre époque, mais on n’en parlait pas autant !

Notes de Tournage...

16 juillet 2007. Daniel Auteuil, une vraie boule de nerfs

De nouveau dans une comédie

Après avoir bouclé les tournages de Mr 73 d’Olivier Marchal et Le Deuxième Souffle d’Alain Corneau, l’acteur français se lance dans une nouvelle comédie réalisée par le tandem Thomas Sorriaux et François Desagnat, les réalisateurs de La Beuze.

Entretien avec Thomas Sorriaux et François Desagnat

Comment le projet est-il né ?
François : Il y a des années, à nos tout débuts, Thomas et moi avions fait un court métrage. Peu après, on nous a proposé de réaliser La Beuze. Nous en étions très contents, mais à l’époque nous n’étions pas vraiment dans une dynamique de long métrage. Nous espérions plutôt faire un second court, développer notre travail dans la pub, ou écrire un scénario. Tout est allé très vite et cette proposition a été une révolution pour nous. On a enchaîné avec Les 11 Commandements, un projet complètement hybride, et ensuite nous nous sommes retrouvés comme à nos débuts, avec l’intention d’écrire enfin et de développer nos projets. Nos envies de films étaient très diverses et souvent très différentes de nos deux premiers films. »

Rencontre avec Daniel Auteuil

Qu’est-ce qui vous a donné envie de participer à ce projet ?
La première fois que Patrice Ledoux, le producteur, m’a parlé du projet, il m’a dit qu’il s’agissait d’une comédie sur les rapports d’un père et de sa fille, ce qui a tout de suite éveillé mon intérêt. J’ai ensuite rencontré François et Thomas et j’ai beaucoup aimé leur façon d’envisager les choses, mais ce qui a achevé de me convaincre, c’est le scénario. Déjà à l’écrit, il y avait un vrai potentiel, aussi bien en terme de situations que d’émotion. C’était aussi pour moi une façon de retrouver l’esprit de mes comédies de jeune homme, avec une vraie bonne humeur et des sujets dans l’air du temps. Le thème du film est intemporel, éternel, universel, mais vu par des jeunes gens qui font du cinéma comme on le fait aujourd’hui. Ils ont leur rythme, leur ironie, leur tendresse, ils vont plus loin et finalement leur rire dit beaucoup de choses. A leur façon, ils réinventent le genre.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 997 entrées

  • 1ère semaine France : 157 330 entrées