Notes de Prod. : 2046

    en DVD le 26 Mai 2005

Notes Poétiques

0;?0W? la bande originale de 2046 est, après In The Mood For Love, de nouveau signée Shigeru Umebayashi, il s’agit d’une musique aux inspirations les plus diverses. Des thèmes récurrents – un air de bel canto, des rythmes latins comme échappés de night-clubs ou encore des mélodies instrumentales – sont non seulement associés aux personnages, mais évoquent également un sentiment d’abandon propre aux univers nocturnes de Honk Kong et de Singapour – et aux histoires d’amour, faites d’engagements et de trahisons. Ces partitions exacerbent le terrible sentiment de vide qui nous étreint face au déclin du Shanghai mythique d’avant 1949. Le " temps ", quant à lui, est rythmé par les fêtes de Noël, comme le chante si bien Nat King Cole, de sa voix suave et réconfortante.

Tandis que Tony Leung (Chow Mo-Wan) campe un écrivain qui parvient à joindre les deux bouts en commettant des romans de science-fiction (il n’a plus rien de l’apprenti romancier et de l’époux quasi fidèle de In the Mood for Love), les trois protagonistes féminins de 2046 appartiennent aux trois temporalités de la narration : passé, présent et futur. Gong Li incarne de toute évidence le personnage le plus complexe – une joueuse mystérieuse qui ne révélera son nom qu’au moment où elle se séparera de Chow. Sa présence à l’écran est accompagnée par des extraits élégiaques et nostalgiques de la Polonaise d’Umebayashi et par une partition inédite de Peer Raben, elle-même inspirée d’un thème composé pour La Troisième Génération (1979). La présence de Carina Lau, à qui l’on doit le titre 2046 (Leung voit dans ce numéro – celui de la chambre d’hôtel de la jeune femme – un signe annonciateur pour son roman), introduit un autre thème mélancolique de Raben, extrait de la bande originale de Querelle (1982), qui accompagnait alors les tristes adieux de Leung à ses futures maîtresses. Ces réorchestrations sont comme de nouveaux départs : elles marquent le début et la fin de voyages musicaux, émotionnels.

De toute évidence, Wong Kar Wai rend hommage aux plus grands compositeurs de musique de film d’Europe. Il rencontre Raben en 2000, au moment de la sortie de In the Mood for Love en Allemagne, et lui passe commande d’une partition. Le compositeur lui propose des réinterprétations de certaines de ses bandes originales antérieures – qui s’avèrent des hommages, mais qui représentent aussi un défi au compositeur comme au cinéaste. Car lorsqu’on utilise des musiques déjà existantes dans un tout autre contexte, les niveaux d’interprétation augmentent de manière exponentielle. D’autre part, les améliorations qu’apportent les réorchestrations (comme, par exemple, un environnement sonore métaphorique constitué de bruits de trains et de foules) sont le symbole même des créations que la technologie moderne a rendu possibles.

NOTE Du réalisateur

Nous avons tous besoin d’un endroit où stocker, voire cacher, souvenirs, pensées, impulsions, espoirs et rêves. Ce sont des aspects de nos vies que nous ne pouvons résoudre ou plutôt sur lesquels nous ne pouvons agir, mais en même temps nous redoutons de nous en délester.