Notes de Prod. : 36 Vues Du Pic St-Loup

    en DVD le 20 Janvier 2010

A propos du film

Sur l’œuvre de Jacques Rivette, 36 Vues du Pic Saint Loup projette un éclairage « inouï, inédit, jamais donné jusqu’à maintenant ». La formule est de Vittorio (Sergio Castellitto), nouvelle apparition du mystérieux personnage de passeur/sauveur/intercesseur italien, dont la mission, depuis Va savoir, consiste à délivrer une princesse de ses sortilèges, autrement dit de son passé, ou de son chagrin. Cette princesse gracieuse, pleurant, inconsolée, son amour défunt au bord d’une tombe (comme John Wayne invoquait son épouse morte dans La Charge Héroïque), c’est Jane Birkin.

Après avoir été une comédienne ingénue dans L'Amour Par Terre, et l’ancien modèle d’un grand peintre dans La Belle Noiseuse, Jane Birkin met à nu, dans 36 Vues du Pic Saint Loup, l’énigme de toutes les héroïnes rivettiennes : enfermée derrière les grilles de la rue de Rivoli, dans un instant d’égarement arraché aux montagnes cévenoles du film, elle ressuscite le souvenir d’Anna Karina, prisonnière du couvent de La Religieuse ; hantée par une faute qu’elle n’a pas commise, elle a la mort dans l’âme comme Sandrine Bonnaire dans Secret Défense ; amoureuse folle d’un spectre, telle Pauline (Bulle Ogier) dans Out 1, elle avance, en funambule, dans un état intermédiaire entre la vie et la mort, semblable au coma dont sort Louise (Marianne Denicourt) au début de Haut Bas Fragile

Cependant 36 Vues du Pic Saint Loup introduit un espace-temps inédit qui modifie les règles du jeu : c’est le cirque. Malgré les apparences, le cirque n’est pas la continuation du théâtre par d’autres moyens. Jacques Rivette en fait une synthèse : c’est un cercle magique de lumière, surmonté de gradins presque vides qui se peuplent, la nuit, de fantômes chuchotant derrière des toiles bleues frémissantes. Depuis Paris nous appartient, le théâtre constitue pour les héroïnes rivettiennes une épreuve de vérité, chaque apprentie comédienne devenant elle-même à travers les mots d’une autre : son rôle.
Le cirque substitue, aux pièges du langage théâtral, les masques des clowns et les défis mortels des acrobates : « C’est l’endroit le plus dangereux du monde… où tout est possible… où les yeux s’ouvrent, et mes yeux se sont ouvert. »

Telle Lola Montes, consciente de risquer sa vie sur la piste, Kate ( Jane Birkin) devra traverser l’épreuve du fouet afin d’être opérée de son chagrin. « J ’ai l’ impression d’avoir été opérée. Je m’étais habituée à ma maladie, à mon chagrin. » Interprétant les conseils de Rilke à un jeune poète, Vittorio, auteur de la périlleuse mise en scène destinée à libérer Kate du souvenir qui l’empêche de vivre (la mort tragique, quinze ans auparavant, de l’homme qu’elle aimait), livre l’une des clefs de l’énigme : « Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses souffrantes qui demandent à être délivrées. »
Dans l’œuvre de Jacques Rivette, le cirque devient l’image même du péril que l’art nous contraint à affronter, afin de nous libérer de nos hantises. A la différence des héroïnes de Haut Bas Fragile qui cultivaient les « jeux terrifiants » parce qu’« il n’y a pas de sensation plus forte que la peur », Vittorio, ce metteur en scène « déplacé », se donne pour mission de sauver les princesses.

C’est en ce sens que 36 Vues du Pic Saint Loup est une épure ou même, pour reprendre une expression aujourd’hui rarement usitée, un art poétique : Jacques Rivette offre par là même en chemin à ses spectateurs l’occasion bouleversante de vivre, pendant 1h24 magique, l’épreuve existentielle à laquelle l’art (parfois) nous élève.
Il lui a suffi de quelques tissus teints en bleu flottant sur les eaux d’une rivière, d’une table de fortune où les fruits se détachent comme des natures mortes, d’amoureux qui se cherchent ou s’évitent entre les buissons, d’un clown qui nous regarde dans les yeux (« Tout est bien qui finit bien ! »), de la tente d ’ un cirque fendue par l e ver t des arbres, d’une lune pleine, qui, au-dessus des montagnes, veille sur nos rêves. Tout est bien qui finit bien : comme nous le fait vivre aujourd’hui Jacques Rivette, « c’est l’art qui fait la vie » et non l’ inverse.

Notes de Tournage...

Jane Birkin retrouve le réalisateur Jacques Rivette dix-huit ans après La belle noiseuse pour 36 vues du Pic Saint-Loup.

A ses côtés, on retrouvera Sergio Castellito à l’affiche du très attendu Le Monde de Narnia - Chapitre 2 : Prince Caspian le 25 juin pochain et Julie-Marie Parmentier (Les blessures assasines).

Le film est coécrit par Pascal Bonitzer, Christine Laurent (Ne touchez pas la hache) et Jacques Rivette, et produit par Maurice Tinchant et Martine Marignac.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 131 entrées
  • 1er jour IDF : 518 entrées
  • 1ère semaine IDF : 4 315 entrées
  • Cumul IDF : 6 651 entrées

  • 1ère semaine France : 8 267 entrées
  • Cumul France : 13 686 entrées