Notes de Prod. : 3H10 pour Yuma

    en DVD le 02 Octobre 2008

Retour au Western

Publiée à l’origine en 1953 dans le Dime Western Magazine, la nouvelle de Elmore Leonard 3h10 pour Yuma a été portée à l’écran quatre ans plus tard par Delmer Daves sur un scénario de Halsted Welles.

Le réalisateur James Mangold avait dix-sept ans lorsqu’il a vu pour la première fois le film de 1957, qui lui fit très forte impression. “J’avais été frappé par la sophistication des questions qu’il soulevait sur la morale, le courage, l’honneur et la famille. Les personnages de Ben Wade et Dan Evans étaient plus complexes que les archétypes habituels et l’histoire permettait à la fois pas mal d’action et un étonnant sentiment de claustrophobie – unique dans l’histoire du western – en contraignant les deux adversaires à une grande proximité.”

Mangold s’était déjà inspiré de 3h10 Pour Yuma pour écrire et réaliser son second long métrage Copland (1997), où Sylvester Stallone jouait le modeste shérif d’une petite ville du New Jersey opposé à un groupe de flics ripoux de New York. “J’avais même nommé le personnage principal Freddy Heflin en référence à Van Heflin, qui jouait Dan Evans dans le film original”, avoue-t-il.

L’idée de faire un remake 3h10 Pour Yuma germa dans la tête de Mangold pendant qu’il tournait Identity (2002) pour Columbia Pictures, le studio détenteur des droits de l’œuvre originale. “J’ai eu comme une révélation : pourquoi ne pas tenter de traiter les idées du film d’origine avec une perspective plus moderne ?” dit-il. “Souvent, vous êtes attiré par un terrain parce qu’il n’a pas été très exploité récemment. Le western me semblait avoir été négligé au cours de la dernière décennie. Et pourtant, il demeure une part essentielle du cinéma américain.”

La productrice attitrée de Mangold, Cathy Konrad, qui collabore avec le cinéaste depuis Copland, sentait qu’un public contemporain pourrait s’identifier à l’histoire de Dan Evans, un homme ordinaire contraint à se tester lui-même dans des circonstances difficiles. "Je crois que les gens ont envie de s’identifier à des héros normaux. On ne peut pas regarder le monde et ses défis uniquement à travers des films de super-héros," ajoute-t-elle. "Il y a quelque chose de presque irrésistible dans le combat que mènent les personnages de western pour se définir, s’établir sur un territoire, fonder des familles. Il n’y a aucune solution facile aux problèmes qui se posent à eux."

Pendant que James Mangold se consacrait à écrire Walk The Line, il prit avec Cathy Konrad la décision de confier la révision du script de 3h10 Pour Yuma à Michael Brandt et Derek Haas. Mangold et Konrad tenaient à s’inspirer largement du scénario original de Halsted Welles, mais ils souhaitaient également que le transfert entre Bisbee et Contention, à peine ébauché dans le premier film, soit plus développé, menant Wade et ses gardes en territoire Apache, ainsi que vers les montagnes où des ouvriers luttent contre la roche pour construire la voie ferrée. Selon Brandt, "On était tous fan de l’original, et on cherchait un moyen de le rendre accessible à un public contemporain. Le mot d’ordre de Jim était ‘Toujours plus âpre. Toujours plus réel.'"

3h10 Pour Yuma décrit un monde où la violence est aussi banale que la corruption. Un contexte dont un tueur charismatique comme Ben Wade peut non seulement s’accommoder, mais où il peut même devenir une légende. Selon Haas, "Wade est dur et glamour, l’équivalent d’une rock star aujourd’hui. Le genre de type que tout le monde voudrait être – sauf celui qui doit pointer son revolver sur lui." La séduction exercée par Wade est au cœur de la réflexion que mène le film sur les figures du héros et de l’anti-héros. Pour approfondir ce thème, les auteurs ont développé le rôle de Will Evans, qui n’apparaissait que dans quelques scènes du film d’origine. Dans la nouvelle version, le gamin de 14 ans est captivé par Wade au point de s’enfuir de chez lui pour rejoindre l’escorte qui le mène à Contention.

Pour Mangold, "il s’agit presque d’un triangle amoureux. Dan Evans et Ben Wade se disputent l’affection du garçon, qui est séduit par le tueur, trompé par ses bonnes manières et par le fait qu’il est extrêmement intelligent. A bien des égards, Wade est l’incarnation d’un fantasme masculin : un personnage de surhomme, à la fois fatal et doux. Le fait que Will soit plus présent tout au long du récit nous a permis de mener une réflexion sur ce que cela signifie vraiment d’être père, de devoir subvenir aux besoins des siens et de choisir de respecter les règles, par opposition au fantasme flamboyant que représente la vie des gens comme Ben Wade."

James Mangold tenait à moderniser le genre sur le plan de l’action et de l’atmosphère, mais également à choisir des acteurs possédant l’autorité des protagonistes des grands westerns classiques. "Il était très important qu’ils expriment la virilité, la puissance et la capacité à accomplir des choses qui fondent le genre," remarque le réalisateur. Avec ceci à l’esprit, le choix de Russell Crowe s’imposait. "On a toujours eu Russell en tête pour Wade. Il n’est jamais évident de jouer dans un film d’époque en trouvant le moyen de rester soi-même sans que cela ne mette à nu les artifices de la reconstitution. Mais Russell est totalement lui-même dans L.a. Confidential, dans Gladiator, dans 3h10 Pour Yuma, tout en étant parfaitement raccord avec les périodes concernées."

Russel Crowe n’eut aucune hésitation à accepter le rôle. "Ça faisait un moment que j’espérais travailler avec James Mangold et j’ai tout de suite aimé l’énergie brute du personnage de Ben Wade," explique-t-il. Le comédien pense que la dureté du personnage provient d’expériences difficiles. "Il y a une scène où il explique dans quelles circonstances il a été forcé de lire la Bible d’un bout à l’autre. Pour moi, c’est le nœud du personnage. Lire la Bible n’a pas été une expérience plaisante pour lui, et je me suis imaginé qu’il ne croyait plus en un Dieu bienfaisant. Il est resté bloqué quelque part dans l’Ancien Testament et n’en est jamais sorti."

Christian Bale incarne Dan Evans, le fermier fatigué, vétéran de guerre qui redécouvre sa dignité et sa force morale. Comme Mangold le dit à propos de ce héros récalcitrant, "Dan Evans est un homme qui vit sa vie avec les mains liées dans le dos. Il slalome comme il peut entre les obstacles qu’il trouve sur sa route. Voilà pourquoi il était intéressant d’avoir quelqu’un comme Christian pour ce rôle. Christian transpire l’intensité et l’intégrité. Je pense qu’il a su en faire un personnage très noble." Il s’est approprié le rôle avec passion. "Je lis beaucoup de scripts, mais il est très rare d’en trouver un qui vous marque réellement. C’était le cas de celui-ci. Une super histoire, et un vrai conte moral, comme le sont souvent les westerns." Il était intrigué par la dynamique qui devait s’installer entre Evans et Wade, qui forgent une étrange amitié au cours de leur périple de trois jours. "Ce sont deux volontés très fortes qui s’affrontent, et deux philosophies de la vie. Mais ils se comprennent et sont au moins d’accord sur leur vision de la société. Même s’ils ont deux façons radicalement opposées d’y répondre."

Le tournage

Les prises de vue de 3h10 Pour Yuma ont débuté au Nouveau Mexique le 23 octobre 2006 pour une durée de 54 jours, s’achevant le 26 janvier 2007.

Il s’agissait de la troisième collaboration entre James Mangold et le directeur de la photographie Phedon Papamichael, après Walk The Line et Identity. Les deux hommes se sont efforcés de confectionner un style dépourvu d’effets trop voyants, de façon à servir au mieux le suspense et la densité physique du film. “Ce film n’est pas comme Danse Avec Les Loups. L’accent n’est pas mis sur l’étendue des paysages ou sur des visions épiques,” dit Papamichael. “On recherchait un sentiment plus âpre et plus relâché. Dans les fusillades, par exemple, les gens sont touchés presque par hasard. On a préféré ne pas chorégraphier les cascades de trop près. Je me suis beaucoup inspiré des scènes de batailles de Il Faut Sauver Le Soldat Ryan. Nous avons beaucoup utilisé la caméra à l’épaule.”
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 49 123 entrées
  • Cumul IDF : 83 163 entrées

  • 1ère semaine France : 112 959 entrées
  • Cumul France : 184 456 entrées