Au printemps 2005,
Luc Besson s’attaque, pour six semaines, au tournage de la partie live d’Arthur et les Minimoys, entouré d’une équipe de fidèles : Stéphane Glück, premier assistant réalisateur, Hugues Tissandier, chef décorateur (qu’il retrouve après Jeanne d’Arc), Olivier Bériot, chef costumier, et Thierry Arbogast, directeur photo de cinq de ses longs métrages.
L’Amérique en Normandie
La Normandie est choisie pour le tournage en extérieur, marqué par le soin tout particulier apporté à la reconstitution d’un petit village des Etats-Unis au début des années 60. Pour coller à l’image d’Epinal souhaitée par
Luc Besson, Olivier Bériot, chef costumier, s’est donc inspiré de l’iconographie existante, particulièrement riche : « Il y a beaucoup de documents des années 50 qui décrivent certaines des situations contenues dans le film. Nous avons par exemple utilisé de nombreuses publicités des arts ménagers pour trouver le look des personnages, comme une grand-mère en train de cuisiner avec ses petits enfants. Nous nous sommes aussi appuyés sur l’iconographie de Norman Rockwell, qui donne une bonne idée du style des seniors à cette époque. Il faut enfin savoir qu’il y a beaucoup d’Américains qui mettent leurs photos de famille sur Internet, on y a donc trouvé de vraies personnalités des années 50 ». Hugues Tissandier, chef décorateur, a lui aussi utilisé la documentation d’époque pour construire ce village américain, avec une obsession supplémentaire : coller à la suite du film, réalisée en 3D. « J’avais la nécessité de fondre la partie live à la partie animée. On a donc tout fait pour que l’image réelle colle à celle en 3D, pour que les deux univers, visuellement, ne forment plus qu’un : les couleurs ont notamment été modifiées pour obtenir cette unité ».
La nature reconstituée
S’il est assez facile de modifier les formes ou les couleurs d’une maison, il est moins évident d’attendre d’un jardin qu’il ne subisse pas les altérations de la saison. « L’image ne devait pas bouger d’un jour à l’autre, ce qui implique que la nature ne devait pas bouger. On a donc fabriqué de faux arbres et de fausses fleurs mélangées aux vraies : on replantait tous les quinze jours pour qu’elles repoussent régulièrement !». Le même procédé a été appliqué au potager et aux champs qui entouraient la maison de la grand-mère, construite en fonction du chêne déjà existant. Les Bogo Matassalaï ne sont pas non plus d’authentiques guerriers Massaï, mais des acteurs choisis en fonction de leur taille – le plus petit mesure 1m95, le plus grand 2m10 – et habillés de faux costumes folkloriques, faits de perles en plastique. Pour les scènes dans les hautes herbes, on a fait porter à ces figurants des coturnes hautes de 20 cm pour qu’ils paraissent encore plus grands.
Les effets spéciaux
Seule difficulté particulière liée à ce tournage : les séquences d’interaction entre le live et la 3D, la responsabilité du tournage des VFX incombant à BUF. La scène de la lunette, en particulier, qui voit Arthur rétrécir avant de tomber dans le monde des Minimoys, a été réalisée en six étapes distinctes, dont une partie consacrée à la construction d’une lunette géante en trois morceaux: le tube/toboggan dans lequel
Freddie Highmore glisse ; la fin de la lunette pour son atterrissage ; la partie supérieure sur laquelle Freddie grimpe avant de tomber. Dans un deuxième temps, le travelling proprement dit a été tourné en extérieur, d’abord dans le jardin sur fond de pleine lune (en fait un gros projecteur dans une nacelle), puis sur fond vert avec Freddie accroché à un trapèze et filmé à la même vitesse, pour permettre le raccord par l’équipe des effets spéciaux.
A cette occasion comme pendant le reste du tournage, l’équipe s’est dite bluffée par le professionnalisme du jeune comédien, « douze ans seulement mais déjà quarante de carrière ! » selon Stéphane Glück. Ce dernier salue également la simplicité de
Mia Farrow, qui a fait preuve, « comme les vrais grands, d’une disponibilité et d’une générosité incroyables ».
Freddie Highmore, treize ans et autant de films à son actif, est déjà une star de la télévision et du cinéma. Il a notamment joué deux fois aux côtés de Johnny Depp, dans Neverland, tourné chez lui, en Angleterre, et dans Charlie et la chocolaterie, sous la direction de Tim Burton. Sa jeune carrière est d’ailleurs marquée par une liste impressionnante de grands réalisateurs : après Jean-Jacques Annaud, pour Deux Frères, et avant
Luc Besson pour Arthur et les minimoys, il a tourné sous la direction de Ridley Scott pour A good year, aux côtés de Russell Crowe…
Que savais-tu d’Arthur avant de tourner le film ?
J’avais lu les livres, en partie en français d’ailleurs, et j’avais adoré le monde des Minimoys, qui rassemble tout ce en quoi les enfants ont envie de croire : un univers caché sous terre, la possibilité de parler à de tout petits animaux, de s’en faire des amis…
Te reconnais-tu dans le personnage d’Arthur ?
Peut-être un peu. En tout cas j’ai pris beaucoup de plaisir à me glisser dans la peau d’un personnage aussi généreux ! Son seul défaut est peut-être de ne pas réfléchir assez avant d’agir… Je n'ai pas eu de problème à m'identifier à lui, même si je ne peux pas conduire de moustique, c’est dommage !
Prépares-tu beaucoup tes tournages ? On a le sentiment que tu es toujours très naturel dans ta façon de jouer…
Même s’il y a une part de naturel, je travaille : je pense beaucoup au personnage avant de tourner. Quel est son caractère ? Comment s'habille-t-il ? Qu' aime-t-il ? Du coup, j’ai le sentiment de bien le connaître au moment de commencer le film.
Qu’as-tu ressenti en te voyant pour la première fois dans la peau d’un Minimoy?
C’était incroyable : avec un personnage aussi bien animé et qui, en plus, porte ma voix - j'avais passé plusieurs jours à le doubler - le résultat était assez étrange pour moi, assez inexplicable …
Comment qualifierais-tu le style de Luc Besson ?
Il travaille incroyablement dur. C'est le cas de tous les réalisateurs mais lui, quand la journée de plateau était terminée, il partait encore diriger le travail de l'animation ! C'est ce qui explique pourquoi le film est si réussi. C'est peut-être un peu grâce à Mia ou à moi, mais surtout grâce à lui.
Comment s’est passée ta collaboration avec Mia Farrow ?
C'est la grand-mère idéale, celle que tous les enfants rêvent d'avoir. J'espère la revoir bientôt, elle a tellement d'histoires incroyables à raconter : elle a été mariée à Franck Sinatra et elle était contemporaine des Beatles quand ils enregistraient leurs chansons !
En tant que jeune spectateur, que penses-tu de la partie animée du film ?
Je crois que les plus jeunes vont adorer l'idée que les Minimoys soient si petits qu'on ne peut pas les voir à l'oeil nu. Ils auront tous envie d'avoir les mêmes dans leur jardin! Ce qu'il y a de fou quand on voit le film, c'est qu'on croit vraiment que ces petites créatures existent sous terre !
Révélée en 1968 pour sa prestation inoubliable dans Rosemary’s baby,
Mia Farrow a également marqué le cinéma américain par sa longue collaboration avec Woody Allen, dont elle fut l’épouse et l’égérie pendant près de 10 ans. Avec Arthur et les minimoys, on la découvre dans un registre inédit, mais ce n’est pas la première fois qu’elle joue sous la direction d’un réalisateur français : en 1972, elle était à l’affiche de Docteur Popaul, réalisé par Claude Chabrol !
C'est une surprise de vous retrouver au générique d'un film d'animation: qu'est-ce qui vous a convaincue dans ce projet?
Trois choses :
Luc Besson,
Luc Besson et
Luc Besson! Le jour où il m'a invitée à déjeuner pour me parler du film, j'étais persuadée qu'il rencontrait d'autres actrices en dehors de moi. Si bien que quand il m'a proposé de manger quelque chose, j'ai refusé, ne voulant pas lui faire perdre trop de temps : je croyais que les autres prétendantes au rôle pouvaient arriver d'une minute à l'autre. J'ai donc été très surprise et très excitée quand il m'a annoncé qu'il m'avait choisie. Leon est l'un de mes films préférés, j'adore aussi Jeanne d'Arc, je me sens très proche de son univers et ce projet m'a paru l'occasion idéale de travailler avec lui. Et quand il m'a montré les photos des décors de la maison de la grand-mère, j'ai cru voir ma propre maison du Connecticut, c'était incroyable ! Je me sentais aussi très proche de ce personnage de grand-mère vivant seule et élevant en partie son petit-fils : c'est quelque chose que je connais, je suis mère célibataire.
On sent effectivement une vraie intimité entre Freddie et vous à l’écran
Nous sommes devenus très proches : nous passions beaucoup de temps en dehors du plateau, à dîner ensemble ou à découvrir les plages de Normandie. Il n'y a que de bonnes choses chez ce jeune garçon, et par dessus tout, c'est un acteur superbe, de compagnie très agréable. Il a une vision incroyable de ce milieu, de son travail... je n'avais pas l'impression de tourner avec un enfant, mais avec un autre acteur, qui était par ailleurs un enfant.
Comment qualifieriez-vous la direction d’acteur de Luc Besson ?
Il y a beaucoup de facettes dans la personnalité de Luc, dont certaines assez intimidantes, sa maîtrise du cinéma est incontestable. Mais la gentillesse dont il fait preuve à l'égard de ses comédiens vous met particulièrement en confiance. Sans parler des idées qu'il vous donne, et qui apportent tant à votre personnage. Je ne sais pas s'il a tourné beaucoup de comédies mais je peux vous assurer qu'il a un sens incroyable du comique.
Que pensez-vous du mélange de prises de vue réelles et d’images 3D ?
En temps normal, je ne suis pas vraiment fascinée par les dessins animés, j'étais donc très curieuse de voir ce que cela allait donner, et je dois avouer que le résultat est magique : les personnages ont l'air si réel! Je n'y connais rien en technique, je sais à peine me servir d'un appareil photo numérique mais je ne suis pas surprise qu’il faille des années de travail pour aboutir à un tel miracle…