Entretien avec Dai Sijie

En fait j’ai commencé à travailler sur cette histoire avec Nadine Perront il y a 5 ou 6 ans, avant même d’écrire le scénario de Balzac Et La Petite Tailleuse Chinoise. Cette histoire est née d’un fait divers lu dans un quotidien chinois, qui racontait que deux jeunes femmes – travaillant toutes les deux dans la même usine, l’une comme ouvrière et l’autre en tant qu’infirmière - avaient été condamnées à mort parce qu’elles étaient homosexuelles et soupçonnées d’avoir tué le père de l’une d’entre elles. (…).
Tout comme Balzac Et La Petite Tailleuse Chinoise n’était pas un film sur la révolution culturelle, Les filles du botaniste ne traite pas de l’homosexualité féminine. C’est une histoire d’amour fusionnelle entre deux êtres et il se trouve que ces deux êtres sont des femmes. Mais il n’y a dans mon propos ni jugement sur cette relation, ni voyeurisme.
Pourquoi avoir choisi de situer le film dans les années 80 ?
L’époque intervient comme toile de fond et sert de support au déroulement de l’histoire, mais elle aurait pu se passer bien avant tout comme elle est très contemporaine. Même la Chine n’est pas un contexte nécessaire au film, qui aurait pu être tourné de nos jours dans le Chinatown de Paris ou à New York. L’important tient dans les rapports qui lient ces personnages. Même les rapports entre Cheng An et le botaniste sont très classiques : elle ne peut pas quitter son père ni son jardin. Lui le sait et s’en sert. C’est là une autre forme d’amour, de l’amour filial, que l’on rencontre dans toutes les sociétés et à toutes les époques.
Vous n’avez pas eu l’autorisation de tourner en Chine et pourtant vous souhaitiez réaliser ce film chez vous…
Je n’ai été ni vraiment surpris, ni vraiment affecté par cette décision. J’ai essayé bien sûr, mais je me suis heurté à un non ferme et définitif. Après avoir tenté par tous les moyens d’obtenir ces autorisations, nous avons contourné le problème et nous avons choisi de tourner au Vietnam. Les décors naturels y sont somptueux et très proches de ceux de la région chinoise où nous comptions filmer : la nature se fiche complètement des frontières !
Le fait d’avoir dû adapter le rôle pour une actrice occidentale ne vous a pas posé problème ?
En fait non… Je suis assez heureux d’avoir été forcé de faire d’An une métisse. Du coup, métisse, elle ne l’est pas seulement physiquement, mais aussi intellectuellement, culturellement et idéologiquement. Peu comprise et presque rejetée par les autres, elle est plus que quiconque affamée d’amour et de tendresse. L’adaptation n’a pas été très difficile : le métissage est un sujet que je connais bien puisque je suis moi-même un métisse culturel.
Contrairement à Balzac et la petite tailleuse chinoise, ce scénario a directement été écrit pour le cinéma sans passer par la case “roman”…
En général, j’écris de façon très visuelle. Je suis obligé de faire ainsi parce que j’écris en français, qui n’est pas ma langue maternelle. L’écriture littéraire est un travail solitaire. L’écriture cinématographique est un travail d’équipe. Le regard du réalisateur est primordial, mais il passe par l’environnement : celui des techniciens et des acteurs. Il faut donc ne pas se tromper dans le choix des collaborateurs qui doivent, eux aussi, être des créateurs. Un film, c’est une histoire d’amitié, de complicité et d’amour entre des hommes et des femmes qui sont lancés, ensemble, dans la même aventure.
Entretien avec les actrices principales

Entetien avec Mylene Jampanoi
Quelle a été votre première impression à la lecture du scénario ?
Un sujet poétique, violent et pudique. Un scénario extrêmement bien écrit et construit. J’ai tout de suite vu le personnage que Dai Sijie pouvait me confier, il ne me restait plus qu’à le convaincre que j’étais capable de tenir ce rôle.
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