Notes de Prod. : Vive la vie

    en DVD le 09 Mai 2006

Entretien avec Armelle Deutsch

Qu'est-ce qui vous a séduit lorsque vous avez découvert le scénario ?
J'ai trouvé le message du film très universel, à savoir qu'on focalise souvent sur des petits faits mineurs en oubliant que la vie est courte, ce qui m'a énormément plu, d'autant plus qu'on me proposait le rôle qui déclenchait une réelle prise de conscience chez les autres personnages.

Vous avez été saisie par la personnalité de Colombe ?
Je la trouve extrêmement vraie. J'avais déjà eu l'occasion de voir des reportages sur des gens malades et ils ont effectivement souvent une incroyable force, ils vivent dans le monde présent et essaient de profiter de la vie.C'était la première fois que l'on me confiait un rôle aussi émouvant, aussi profond.Auparavant, peut-être à cause de mon caractère assez positif, on m'avait toujours donné des rôles de comédie, peu intériorisés.

Vous vous sentez proche de cette jeune femme, de sa vitalité ?
Je ne lui ressemble pas vraiment mais j'aimerais pouvoir avoir la même approche qu'elle des choses, c'est d'ailleurs l'objectif que je me suis fixé, je serais heureuse de réussir à profiter comme elle du moment présent, de tout ce qu'on nous donne. Jouer Colombe fut un merveilleux entraînement. J'espérais que cette expérience m'encouragerait d'ailleurs à arrêter de fumer, malheureusement non !

Vous vous êtes demandée comment vous réagiriez si vous étiez confrontée à ce type de situation ?
Ah oui, cela me semblait fondamental de me poser cette question, mais je n'ai pas réussi à y répondre. Je voudrais pouvoir réagir comme elle, c'est difficile de savoir.

Votre rencontre avec Yves a-t-elle été marquée par une immédiate complicité ?
Yves est venu vers moi et, lorsque je l'ai rencontré la première fois, il m'a demandé directement si je voulais bien tenir ce rôle, ce qui m'a étonnée, touchée. Ce que j'ai vraiment apprécié chez lui c'est sa simplicité, sa sincérité et si je n'avais pas été convaincue, dès le départ, par le projet, j'aurais accepté de me jeter dans l'aventure juste pour lui.

Vous avez été touchée par le côté très féminin de sa personnalité ?
Absolument, plus que de féminité, je parlerai de chaleur humaine, il aime profondément les gens et nous l'avons tous ressenti durant le tournage. Il s'intéresse tout autant aux tares et aux qualités des femmes qu'à celles des hommes.C'est quelqu'un, il me semble, en quête d'un bonheur absolu, ce qui transparaît dans le film. Une approche féminine, oui certainement, dans le sens où il accepte, où il ne fuit pas, bien au contraire, cette part féminine que chaque homme a au fond de lui-même. Ce qui m'a touchée, c'est sa douceur, autant sur le plateau que dans son récit. Il aborde des questions qui existent depuis toujours, l'être humain recherche le bonheur, certains acceptent de se poser des questions, d'autres non, les réponses ne sont pas évidentes. Personnellement, j'ai besoin de me les poser et je cherche à y répondre, j'aimerais, en tout cas, réussir à y répondre, c'est en ce sens que je suis assez positive, que je me rapproche de Colombe, Yves est de la même trempe, il essaie d'avancer.

Avec Didier Bourdon, vous vous êtes sentie immédiatement à l'aise ?
Ce fut une rencontre très forte. Il m'a énormément apporté, énormément appris, ne serait-ce que par rapport à son approche du métier. Il est généreux, c'est un vrai gentil, toujours très drôle. L'homme m'a autant impressionnée que le comédien. On a immédiatement décidé de se voir pour se connaître mieux, de répéter afin de désacraliser certaines séquences. Je rêverais d'avoir ce type d'échanges avec chacun de mes partenaires, de les découvrir avant d'arriver sur un tournage, même s'il n'y a pas de scène d'amour à tourner. Ce sont des scènes qui engendrent effectivement une certaine pudeur physique mais les autres scènes génèrent elles aussi une timidité qu'il faut dépasser. On se confie beaucoup en jouant, on dévoile beaucoup de nous. Avec Didier nous avons eu un vrai contact, ce qui est formidable. Du coup, la séquence du lit s'est formidablement bien passée, on s'est vraiment marré ce qui a détendu tout le monde autour, car il ne faut pas oublier qu'il y a un certain nombre de techniciens qui sont souvent encore plus gênés que nous d'être là.Tout dépend beaucoup du regard que vous portent les gens, avec Didier je me suis sentie en confiance, il y avait une vraie tendresse, je n'étais pas un simple bout de chair fraîche.Le jeu et la vie sont très liés.

Zinedine, un grand frère ?
C'était effectivement un échange très affectueux. C'est quelqu'un de fantaisiste qui a beaucoup de talent et lorsqu'il mime, il a une présence lyrique. C'est un acteur qui joue beaucoup avec son corps et c'était intéressant de travailler avec lui dans ce sens, Colombe étant dans le film celle qui se sert le moins de son corps. En dehors de ce qu'il ressent intérieurement, il y a une onde positive qui passe au travers de son corps alors que Colombe l'exprime moralement.J'aimais beaucoup ce paradoxe entre les deux.

Que vous inspire le personnage de Maud ?
J'ai vraiment cru à ce personnage, cette mannequin sur le retour qui a tout pour elle et qui a une approche superficielle de la vie, qui ne s'avoue rien. Elle représente vraiment un travers de notre société où tout est beaucoup trop centré sur les apparences. On la voit comme une femme très dure, hautaine, une femme en représentation et dès qu'elle franchit la porte de chez elle, elle s'écroule. Alexandra m'a beaucoup surprise, elle incarne parfaitement la contradiction de cette femme, que j'ai sentie réellement désespérée. Je pense que dans ces métiers, liés à l'image, on peut facilement basculer, sombrer dans une forme de folie.

Votre propre métier vous effraie-t-il parfois, il vous arrive d'être happée par des doutes ?
Je me pose souvent des questions à ce sujet, ce n'est pas un univers des plus faciles à aborder. Ce qui est certain c'est que je n'ai pas forcément envie de vouer ma vie, corps et âme, au métier d'actrice. S'il m'arrive de ne plus tourner et bien je ferai autre chose.C'est un métier que j'adore mais je ne veux pas me bloquer là-dessus et prendre, du coup, le risque d'être malheureuse.

Chanter la chanson du générique fut une expérience enrichissante, enivrante ?
Franchement, ce fut génial.J'ai toujours adoré chanter, adolescente, je rêvais de me produire dans des comédies musicales. J'ai quelquefois chanté dans des bars mais je n'ai pas poussé plus loin. Un jour, je fredonnais une chanson de Francis Cabrel pour m'amuser dans la loge, Didier a trouvé que je ne me débrouillais pas trop mal, en a parlé à Yves, qui m'a proposé de faire un essai. Il trouvait intéressant que ce soit effectivement Colombe qui chante ce générique. Ce fut une expérience réellement magique, d'autant plus qu'on m'a demandé d'interpréter plus que de chanter ces paroles qui m'ont bouleversée et qui se marient parfaitement avec le personnage.

Vous avez été émue en découvrant le film ?
J'ai été très étonnée car entre la façon dont j'ai joué et ce qui en ressort, il y a une vraie différence, enfin pour moi, c'est très curieux. C'est un personnage qui est un peu à part, rarement avec les trois autres et j'ai principalement tourné à l'hôpital, je n'ai donc pas eu l'occasion ou, très rarement, de goûter toute l'atmosphère du film. En le découvrant j'ai eu l'impression de ne pas avoir fait ce que l'on voit à l'écran, je ne pensais pas avoir donné autant d'énergie et j'ai encore du mal à en avoir conscience. C'est toujours difficile de se supporter et de se juger, ici j'ai réussi à regarder le film sans trop me voir, à rentrer dans l'histoire.

Est-ce un rôle qui vous a troublée ?
Dans la mesure où je n'avais que très peu de scènes axées sur la maladie, sur les blessures de Colombe, non. Les gens qui sont comme elle vont parfois très bien mais ils peuvent également se retrouver dans un état douloureux, sous oxygène, Yves ne souhaitait pas trop rentrer dans ce drame, il voulait qu'on devine la souffrance sans pour autant en montrer la violence. Il amène cette dure réalité avec beaucoup de poésie. J'ai adoré ce rôle et je l'ai pleinement vécu. Je ne sais pas réellement ce que Colombe m'a apporté, c'est difficile d'avoir du recul, mais j'ai pris énormément de plaisir à l'incarner. Elle m'a fait avancer, certainement, ne serait-ce qu'en me donnant l'occasion de croiser sur ma route des gens qui souffrent. Je suis allée à la Clinique du cœur, ce fut une expérience unique pour moi, intense.J'espère vraiment pouvoir, au travers de ce film, si certains d'entre eux le voient, apporter, ne serait-ce qu'une bribe de lumière à ceux qui souffrent. J'ai croisé une dame qui attend un cœur depuis près de 30 ans, elle n'est pas dans la liste des cas super urgents, elle peut encore vivre mais si un jour son état se dégrade rapidement, elle ne s'en sortira pas. Cette rencontre m'a beaucoup marquée. Colombe, à l'origine, ne venait à l'hôpital que pour passer quelques tests, mais ce surplus d'émotions qui lui tombe dessus, engendre une crise qui fait ressortir le côté noir de la situation. Paradoxalement, elle sombre car elle a éprouvé trop de bonheur en redécouvrant l'amour. Cette rencontre avec Richard l'a remplie d'une joie immense mais c'est comme si, en même temps, soudainement, elle réalise qu'elle peut mourir très vite et du coup cette sensation de plénitude l'effraie. Trop de bonheur peut parfois aussi faire peur. En tout cas c'est ce que j'ai essayé de faire passer. Mais sa force, c'est de vouloir ce bonheur, quitte à en avoir peur.

Suite à cette expérience, cette rencontre avec cette jeune femme, quel serait votre conseil ?
Trouver le moyen de jouir du moment présent, vraiment, car le comprendre c'est facile, l'intellectualiser aussi, l'appliquer c'est autre chose.

À l'image du film, une aventure humaine

Une immédiate osmose
Une aventure qui débute il y a près de 10 ans, Yves Fajnberg, alors photographe pour de grandes marques, s'évade en commençant l'écriture de ce premier long-métrage auquel il pense depuis longtemps, depuis probablement sa rencontre avec Zinedine Soualem dans les rues du Festival d'Avignon .Il réalise, entre-temps, deux premiers courts-métrages, Harakiri, et L'Un Dans L'Autre, dont il reprend d'ailleurs plus ou moins la trame dans VIVE LAVIE, harmonieux mélange d'espoirs, d'émotions, d'angoisses, d'illusions, de souvenirs qui sommeillent en lui. Il se tourne alors vers Régine Konckier, qui est immédiatement séduite par le projet : « J'ai été touchée par son style, par cette manière qu'il a de dire des choses graves en les traitant avec humour. Faire juste pleurer dans les chaumières c'est facile, aborder certains problèmes en faisant rire en même temps, c'est beaucoup plus délicat.J'ai produit beaucoup de comédies, je trouve qu'il n'y a rien de plus beau que de faire rire les gens et je crois qu'on ne peut vraiment le faire qu'en s'arrêtant sur des sujets d'une certaine gravité. C'est ce qui m'a intéressée, dès le début, dans ce récit. »

Entretien avec Yves Fajnberg

Votre parcours est assez atypique, qu'est-ce qui vous a amené finalement vers la réalisation ?
J'ai toujours eu envie au fond de moi de faire du cinéma. Mon premier film date du lycée, j'avais une petite caméra et je filmais en cachette les profs dans les travées. J'ai malheureusement perdu la bobine. En même temps, le monde du cinéma m'apparaissait complètement inaccessible et c'est certainement pour cette raison que je ne me suis guère précipité vers cette première vocation. Ce qui m'a poussé vers cette passion, m'a encouragé à me tourner vers la préparation de ce premier long-métrage, c'est de tourner des publicités puis des courts-métrages. Il me semble également que l'approche de ce métier a beaucoup évolué ces dernières années. Il était assez difficile de monter un premier film et il y avait une réelle sacralisation autour des réalisateurs. Ce n'est pas pour m'excuser d'être là, mais il y a un vrai intérêt aujourd'hui pour des metteurs en scène qui ne sortent pas forcément d'une école de cinéma, qui ont un autre vécu, des expériences humaines ou professionnelles différentes, qui peuvent imposer une autre vision des choses, apporter un renouvellement.

Entretien avec Didier Bourdon

Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans cette nouvelle aventure ?
Je vais être très direct. C'est la première fois que l'on me propose un rôle aussi beau, aussi intéressant. C'est un personnage puissant, mais qui, intérieurement, est fissuré, blessé et se remet en question. Il n'est pas très sympathique au début du film, ce qui me plaît, il est coincé dans un carcan qui va exploser. Certains événements vont bouleverser sa vie, vont lui permettre de changer, ce qui est formidable à jouer, à exprimer, d'autant plus qu'il va commencer par aller dans tous les sens en commettant pas mal d'erreurs, mais il a le courage de les assumer. C'est

Entretien avec Alexandra Lamy

Un projet qui vous a immédiatement emballée ?
J'ai eu la chance de lire le scénario assez en amont et, lorsque j'ai rencontré Yves, j'ai immédiatement eu envie de travailler avec lui, de m'investir dans ce projet. Cela m'amusait d'entrer dans la peau de cette mannequin en fin de carrière, qui devient sombre, aigrie, d'être confrontée à ses doutes, ses blessures. Je voulais montrer qu'elle n'est pas seulement une image glacée sur une couverture de magazine, parfaite, figée, qu'elle peut aussi se prendre une porte en pleine figure, casser son talon, être traitée avec mépris, des petits détails qui font d'elle un être fragile. Ce sont des axes que j'adore exploiter.

Entretien avec Zinedine Soualem

VIVE LA VIE est un film par lequel vous êtes directement concerné ?
Effectivement, c'est un projet que je suis depuis plusieurs années. J'ai connu Yves au Festival d'Avignon il y a près de 25 ans, je faisais du mime dans la rue et lui vendait des objets en bois au marché des artisans. C'était la fin de sa période hippie et moi je débutais comme comédien. Il s'est inspiré de ma propre histoire, de notre amitié, elle s'intègre dans le récit. La fiction l'emporte ensuite sur la réalité. Certaines scènes me sont vraiment liées, notamment celle du samouraï, qui était l'un de mes numéros.Yves en avait d'ailleurs déjà tiré un court-métrage, Harakiri. Je me suis également produit dans les hôpitaux pour divertir les enfants malades. Il a aussi repris l'anecdote de L'Un Dans L'Autre, un court-métrage que j'ai tourné avec Isabelle Candelier où nous nous retrouvions coincés alors que nous faisions l'amour, enfin là il ne s'est pas appuyé sur des faits réels ! Quand il a commencé à s'attaquer à VIVE LA VIE, j'ai suivi toute l'aventure.J'ai lu les différentes versions du scénario et j'ai trouvé immédiatement son écriture son style, très pertinents. Il a toujours eu une perception très artistique des choses et, lorsqu'il travaillait, je le sentais insatisfait. Il a enfin trouvé sa voie et j'espère qu'il pourra poursuivre ce cheminement car il a un vrai talent.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 13 308 entrées
  • Cumul IDF : 17 761 entrées

  • 1ère semaine France : 38 292 entrées
  • Cumul France : 48 506 entrées