Comment devenir un être humain parfait.
THE PERFECT HUMAN est le premier film professionnel que j’ai réalisé. Il représente aussi le début d’une longue collaboration avec le cinéaste Henning Camre. L’idée trouve son origine dans la fascination que j’ai pour le monde des films publicitaires. Je sentais que tous les éléments – personnages, objets et actions - seraient extrêmement distincts s’ils étaient isolés de leur environnement. Je voulais les sortir de tout cadre, de tout le désordre réaliste dans lequel, habituellement, évoluent les personnages.
Isoler ainsi que cultiver l’aspect sensuel des choses et des actions était pour moi le motif principal de ma poésie. De plus, j’aimais l’idée de pouvoir jouer avec la pensée qu’un être tend à la perfection. C’était aussi un jeu par rapport à l’univers des films publicitaires. Vous savez, l’homme doit apprendre comment vivre, comment exécuter d’une façon parfaite les petits rituels de la vie de chaque jour pour ainsi devenir absolument parfait. C’est l’idée qui était derrière le film. Il était intéressant de créer des effets surréalistes en travaillant sur de tels éléments.
Je pensais à l’époque qu’il était tout simplement plus amusant de regarder des films publicitaires que des « vrais » films. Il y avait une telle vitalité et énergie, tant de matière pour une réflexion, tant de style et d’esthétique. En bref, tant d’inspiration. Ainsi, vous pouvez considérer que mon film était, dans un sens, un hommage au film publicitaire, genre habituellement méprisé par les intellectuels européens. Toutefois, je comptais utiliser les techniques du genre pour réaliser une vision toute personnelle ; et ce qui m’intéressait plus particulièrement était de créer des images poétiques à partir de critères esthétiques utilisés par la publicité. Je savais qu’en cultivant une surface brillante avec assez d’intensité, nous allions voir les fissures. C’était exactement où je trouverais le contrepoint. Si ces fissures n’étaient pas là, alors ce film aurait été tout juste un film poli mais inintéressant, qui ne faisait que passer sur la surface des choses. Ce qui m’intéressait réellement était le jeu entre la surface brillante et les fissures révélées dans le procédé.
Jorgen Leth