Notes de Prod. : Poltergay

    en DVD le 07 Juin 2007

Chronique d'un tournage...

Poltergay est un mélange improbable entre fantastique et comédie romantique. Avec un objectif de taille : donner du plaisir au spectateur. Ce plaisir passe par le rire et l'émotion. Mais on ne rira et on ne sera ému que si l'on y croit... C'est pourquoi, une fois accepté, le postulat de l'existence des fantômes, le film est ancré dans la réalité. C'est en cela que le parti pris de Poltergay souhaite être très proche de celui du réalisateur Harold Ramis dans Un Jour Sans Fin : une situation exceptionnelle ancrée dans le réel.

Il était une fois l'écriture de Poltergay

8 Mai 2004, 12h50 : Hector Cabello Reyes, ancien collègue de bureau des Etablissements Canal Plus, attaque son entrecôte-frites-mayo en m'exposant ses projets futurs : perte de poids au niveau de la sangle abdominale, développement d'un sujet intitulé Poltergay, clôture de son PEA.

Etant un garçon de bon conseil, je lui proposais de surseoir à la clôture de son Plan Epargne en Actions, (à long terme avec la bourse on est toujours gagnant) et d'œuvrer avec lui sur ses lubies cinématographiques.
Poltergay, une maison hantée par des fantômes gays...nous avions un bon pitch et un bon titre...mais ça sentait un peu le court métrage ou le sketch...jusqu'au jour où nous avons trouvé le truc qui change tout : l'idée que certains voient les fantômes gays et d'autres pas. C'est véritablement cela qui a lancé l'aventure parce que, tout d'un coup, nous n'étions plus sur le point de vue des fantômes, ce qui est tout compte fait accessoire, mais sur celui du personnage principal qui affronte cette problématique.

Avec Hector, nous avons mis deux ans à développer le scénario travaillant nuit et jour chaque premier mardi du mois entre 14h30 et 17h00. A l'inverse du lait en cave, ce lent mûrissement a permis à Poltergay de se bonifier. Je crois qu'il vaut mieux essayer de vivre à fond et longtemps avec ses personnages. C'est fou comme avec l'expérience on s'aperçoit que les conseils des Anciens sont les bons : privilégier les situations, construire les personnages, ne pas se taper les amies de sa femme...

Venant de « l'Univers de la Vanne Canal » (la sitcom H, les Robins des Bois, Les Guignols), je devais lutter contre ma nature. Quand on passe du sketch au long métrage, il faut se concentrer sur les personnages et les situations... quand on a le bon personnage dans la bonne situation, le rire vient tout seul...

Le réel et le surnaturel

Dès les premières images, la réalisation (beaucoup de visions subjectives, des amorces, une ambiance sonore inquiétante) plonge le spectateur dans l'univers du film fantastique. Introduire les codes du film de genre mepermettait de mettre le public en condition. Je voulais qu'il partage les angoisses de Marc... sauf que par rapport à un film d'horreur classique, les manifestations terrifiantes ne sont pas un enfant cloué sur un mur, la trace d'une main sanguinolente ou encore un sosie d'Henri Emmanuelli armé d'une tronçonneuse.... Dans Poltergay les manifestations sont d'un genre nouveau : une armoire Ikea montée comme par enchantement, des “bites ailées” brodées sur des coussins, des mecs habillés disco
qui dansent continuellement sur Rasputin de Boney M.

Pour que le public ait de l'empathie pour les personnages et principalement pour Marc, il fallait inscrire
Poltergay dans la réalité. “Oui mais des fantômes gays ce n'est pas la réalité !”... ce n'est pas un souci... le public est prêt à accepter l'existence de fantômes. Ce qui est génial avec le cinéma fantastique c'est que l'on passe un contrat avec le spectateur ; « croyez à l'existence de fantômes, d'extraterrestres, de lamas volants, de nains d'un mètre quatre vingt » mais une fois ce contrat signé, il faut le respecter et rester dans le cadre donné.

En fait mon objectif était simple et ambitieux : une fois acceptée l'existence de fantômes homos, je voulais “faire du Claude Sautet”. J'ai d'ailleurs failli opter pour le titre “Vincent, François, Paul et les autres fantômes pédés”. Mais comme mon héros s'appelait Marc...

Le couple Marc et Emma

J'ai toujours été persuadé qu'il n'était pas nécessaire de prendre des “comiques” pour faire rire. C'est en cela que je suis très heureux du casting de Poltergay.

Clovis et Julie, c'est un vrai couple et pas juste une idée de casting. Je voulais qu'on puisse croire au couple Clovis et Julie, que l'on ait l'impression de les compter parmi ses amis. C'est un couple ancré dans la vraie vie, que ce soit dans leurs fringues, dans leurs métiers...
C'était d'autant plus important dans ce cas, car la véritable histoire de Poltergay, c'est celle d'un type qui va perdre sa femme et essayer de la reconquérir. Il fallait que ce couple soit toujours présent. Or, la grosse difficulté, c'est que dans toute la deuxième partie du film, Julie n'est plus là. Mais j'ai voulu que cette intrigue principale, cette histoire d'amour, reste toujours présente.

Déjà, je voulais qu'elle quitte Marc pour de bonnes raisons. S'il n'avait pas cassé la gueule à son beau-père, s'il n'avait que des visions et qu'elle se barre, on aurait pensé que c'était une garce et il n'aurait pas été possible de croire à leur histoire d'amour. D'ailleurs, au moment où elle le largue, elle ne lui dit pas "Je ne t'aime pas" mais "Ce n'est plus possible". Elle l'aime toujours, mais elle ne peut pas rester. Mais elle sait qu'elle va revenir. Et il fallait, à ce moment-là, créer plusieurs temps obstacles. La base de l'histoire, c'est : est-ce que Marc va arriver à reconquérir sa femme? La réponse (et ne lisez pas si vous n'avez pas vu le film) est “oui”.

Filmer en décors naturels

Je souhaitais tourner en décors naturels mais encore fallait il trouver La Maison. Les repérages s'avérèrent longs et fastidieux... et à défaut de maison hantée par des fantômes homos, je m'apprêtais à me rabattre sur des studios hantés par des fantômes homos... quand soudain et tout à coup par un soir sans lune, alors que notre diligence parcourait les sentiers chaotiques de la mystérieuse et profonde forêt de Cergy Pontoise (en fait on était en Renault Espace sur l'A1 mais ça fait moins mystérieux) : je la vis : La maison... je ne vous donne par l'adresse exacte par respect pour la vie privée de nos amis fantômes.

Je me suis tout de suite dit : "Tiens, il peut se passer des trucs dans celle-là". Il y avait cet escalier central avec de beaux balustres en bois usé. Et là, tu te dis immédiatement que tu vas te régaler avec un bon petit travelling latéral et quelques visions subjectives. Ce qu'il fallait, c'est que le spectateur puisse voir et se familiariser avec la spatialisation de la maison. Je voulais que très rapidement, il puisse situer dans l'espace les différentes pièces et la cave. Ce qui est très difficile à rendre quand tu es en studio. Là, le spectateur suit le héros tout en sachant où il va. Il faut qu'il ait le sentiment d'une espèce d'écrin, comme si tout se passait dans une boîte. Au début, il n'a encore rien vu, mais il doit pressentir qu'il va arriver quelque chose. En un mot, il faut que la maison soit comme un théâtre.

La direction d'acteurs

La cuisine interne des comédiens, je ne la connais pas. Je ne sais pas comment Clovis prépare ses scènes et je ne m'en soucie pas. Pour Julie, c'est pareil. Sur le tournage, je ne rentre jamais en voiture avec les comédiens. Je ne crois pas au côté trop fusionnel et trop intense durant un tournage. Je ne cherche pas à ce que les acteurs soient mes meilleurs copains. Ce sont des “collègues de bureau” pendant un temps donné.
On a simplement parlé des personnages avant le film mais ensuite c'est : "Vous venez sur le plateau et vous jouez le truc". Si cela n'allait pas, je le leur disais. Comme nous sommes dans le registre de l'humour, il faut être relativement précis. Mais cela n'empêche pas qu'on puisse apporter des changements.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 52 979 entrées
  • Cumul IDF : 85 938 entrées

  • 1ère semaine France : 294 216 entrées
  • Cumul France : 546 535 entrées